Garçon, de quoi écrire

Flore (Chap 4 des Enfants migrateurs)

Posté en Les enfants migrateurs par frichtre à 27 octobre 2009

Les conflits générationnels ou ethniques ne nous plaisaient pas. Si on pouvait nettement distinguer une proportion dominante de ces guerres  mettant en cause religion ou appartenance communautaire, ce qui nous inspirait aujourd’hui étaient les conflits d’ordre psychanalytique.

Je laissais Gabriel choisir le champignon qui conviendrait le mieux à l’accomplissement de  notre quête.  Il ferma les yeux  et en tira deux. D’habitude, le processus nous ordonnait de ne mastiquer que quelques bouchées. En abuser pouvait avoir des conséquences dramatiques, ce sur quoi nous ne parions jamais. Au bout de ces deux champignons pendaient à nouveau une notice explicative mais d’une couleur étonnante. Nous n’avions pas eu encore à utiliser ce thème complètement inconnu. Une main invisible Smithienne semblait avoir guider Gabriel et curieux nous nous dépêchâmes de lire la note.  Celle-ci était absolument fantastique. Elle nous permettait apparemment de remplir un esprit quelconque et d’assister à tout ce que vivait une personne de son intérieur.

On pouvait aussi, et c’était cela qui nous intéressait, ressentir tous les sentiments, toutes les frustrations et toutes les autres sensations humaines qu’éprouvaient les corps que l’on habiterait.  La seule interdiction était de ne pas rentrer en contact avec l’esprit habité. AUCUN CONTACT NE POUVAIT ETRE TOLERÉ.  Effectivement, on devait craindre que ce dernier ne veuille plus nous laisser quitter ses synapses, et avec une volonté suffisante, nous pouvions quant à nous perdre notre raison.

Intéressés par cet effet, nous décidâmes de les avaler après avoir choisi le but de notre voyage sans plus de précision. Notre inconscient servirait à nous orienter et grâce à quelques manipulations inexplicables  nous pourrions jouir d’un spectacle vu des loges.  Réflexion. Concertation.  Re-réflexion (on ne sait jamais). Concentration. Concertation. Décision : INONDATION JOUISSIVE. Moi j’avais proposé « jouissance » et Gabriel « inondation ». Il ne devait pas tout à fait avoir compris. Finalement « inondation jouissive » pouvait s’interpréter de façon très  elliptique, alors nous avons convenu de cet aphorisme.  Sur les fesses, nos couches englués de sables, Gaby et moi avalâmes, sans même  mâcher, ces champignons. Champignons qui  attestaient toutes nos espérances.
Je ne me rappelle plus très bien du moment entre lequel j’ai avalé le faux parisien et celui où je me suis retrouvé dans un immense espace sombre. Je m’en attriste fréquemment, mais toujours est-il que toutes perceptions physiques me quittaient.  Un léger vent frais soufflait pendant notre festin, et petit à petit, celui-ci disparu. Les fourmis de mes jambes s’évadaient promptement. Le sifflement persistant qui s’était logé dans mes pavillons lors des attaques s’estompait irrémédiablement.  Sans oublier l’affreuse faim qui nous avait obligé d’atterrir quelques chapitres plus tôt. Dois-je vous le rappeler :  NOUS N’AVIONS TOUJOURS PAS MANGÉ.

Cet espace sombre ne me représentait pas. J’avais beau essayé de me regarder, je voulais au moins me rassurer, remarquer mes petites mains, mes pieds ridicules, mes habits, ma couche sale, mais RIEN.
Aussi je me retrouvais seul. Mais où pouvait bien se trouver Gabriel ? « GABRIEL ? BORDEL, OU ES-TU ? TU N’ES VRAIMENT PAS DROLE ! GABRIEL, S’IL TE PLAIT, NE ME LAISSE PAS SEUL ! S’IL TE PLAIT ! MONTRE-TOI IGNOBLE JUMEAU ! TU N’ES PLUS MON FRERE ! JE NE TE PARLERAIS PLUS JAMAIS DE MA VIE SI JE TE REVOIS ! » Décidément il n’était pas avec moi. Avait-il eu le courage d’avaler nos atouts ? Je ne sais pas. Quant à moi, pendu dans le vide à aucune corde organique, je sentais recommencer le début de ma vie, en solo cette fois. Hésitant et déjà si fatigué, je décidais de rester à ma place tant qu’une solution ne se présenterait pas à moi. Je songeais à tous les moyens pour me réapproprier mon corps qui faisait outrageusement défaut. Le pire dans cette histoire était de penser mon corps ; je l’imaginais et le sentais sans en avoir la jouissance. Mon esprit commandait mes mouvements sans que pour autant je pusse en distinguer l’effectif accomplissement. Il fallait bouger ! N’importe comment, mais je devais, cela était vital, récupérer la conscience de mes membres fixés par quatre, voire cinq ou six, voies de ma dépouille. Je m’imaginais gesticuler, balancer mes bras et mes jambes. Je m’imaginais courir en rond, sauter, sautiller, ma tête effectuait des ronds mimant l’échauffement d’une gymnastique. Savais-je toujours voler ? Il ne me semblait pas. Alors si certains de mes sens ne réapparaissaient pas, il fallait  continuer à tester tous les autres. La vue disparut. Je n’entendais guère plus que le silence. L’ouïe périt. Vous avez vous-même attesté du ridicule de la saga de mes mouvements défunts. Et l’odorat ? Mon nez remplissait-il encore ses fonctions ? J’arrachai ma couche, enfin, pensais-je arracher ma couche, puis pensais-je la présenter à mon nez – je n’étais pas encore un garçon très responsable de sa propreté – et j’attestais à cet instant que toutes mes issues refusaient leurs responsabilités.
Découragé, abattu, je décidais de me laisser m’abandonner à cet endroit inconnu. Comment y étais-je atterri ? L’unique information surplombant la simplicité de mon esprit était que mon frère avait de la chance de ne pas être avec moi. Il ne l’aurait pas supporté. Mes démons réapparaissaient, ils avaient quitté ma chambre pour venir me rejoindre. Calme et détendu, je les voyais se moquer de moi. Golgotha survolait mes craintes de ne plus jamais sortir de cette grotte peu confortable. Il était aussi ironique de parler de confort alors que je n’avais plus de corps. Cependant, il s’agissait bien de cela.  J’étais dans l’incommodité la plus complète à cause de cette absence.  On ne pouvait plus m’atteindre alors je m’assoupis.

•••

Je ne pensais plus. D’ailleurs, je n’essayais plus  de penser. Autre temps, autre donne ? J’opterais dans mon état à autre lieu, autre donne ou autre condition, autre donne. Je n’avais plus les mêmes cartes en main et hors de mes circonstances habituelles, je pouvais paniquer. JE PANIQUE. Je sentais que l‘on voulait me faire bouger. On m’empoignait et me secouait violemment. De faibles cris résonnaient dans mon cerveau imaginaire, sans pour autant en distinguer les lettres, les voyelles, les consonnes, les syllabes, en gros, les sons. Plus je me calmais, plus il se faisait présent, plus fort, plus incommodant. On me balançait sans retenue, et ce que je faisais il y a quelques minutes pour sentir mon unité devenait extrêmement désagréable. Puis on me lâcha, si bien que je percutai d’une violence inouïe un carrelage froid, d’un accueil désinvolte. Puis on me gifla, si bien que je vis un homme au teint mat, barbu et moche, les cheveux bruns et sales, aux dents incisives jaunes et rongées. Qu’il me mangeât, je mourus sur le coup. Il fut éjecté d’une manière atrabilaire par une femme ; grande, des yeux bleus au centre, tellement rouge autour, les cheveux s’enroulant autour de ses doigts, son nez empruntant le coloris de ses mirettes. Elle m’interrogea :
-    Waou ! C’était quoi ton trip ? J’veux le même ! disait-elle.
Je ne pouvais répondre. Je souhaitais me prononcer d’un simple « QUOI ? » lorsque subitement :
-    Mais quel trip ? t’es chiante ! Laisse-moi ! File-moi le plateau tu veux ! m’entendais-je dire.
-    C’est toi la chiante ! tu te balançais dans tous les sens, bras et pieds déliés, puis t’as enlevé ta culotte et tu t’es mise à la renifler ! C’est qui Gabriel ? Tu sautais partout, regarde les meubles, tu les as tous fait tombé ! Il est mignon Gabriel ? Heureusement que Diego était là, sinon tu te serais balancée de l’étage. Tu crois savoir voler petite garce ?
-    Tu dis vraiment n’importe quoi ! File-moi le plateau !

Et je me présentais à leur groupe sans demander leur permission.

Ils étaient près de sept personnes. Le calme étant revenu, ils reformèrent un cercle autour d’une table basse, le fameux plateau à la surface, dans un second thème d’obscurité toujours plus clair que là où j’avais logé durant quelques pénibles instants.  La pièce était déprimante. Le papier peint tombait, les murs s’effritaient du fait d’une humidité surabondante, l’ampoule faiblarde grésillait sans griller en l’absence d’abat-jour, les volets claquaient sans cesse jusqu’à creuser le crépit. Les canapés et chaises empruntaient une surface bancale, le cuir du premier laissait s’échapper de la mousse un peu plus chaque jour, et l’osier des seconds se rompaient sous la pression veillotte du temps et de ses utilisateurs.  La porte restait l’unique objet contemporain. Aux couleurs vives s’ajoutait une dorure éclatante de la poignée. Une représentation grossière de Naissance du jour de Miro peignait l’ensemble de cette entrée.  Il est temps de vous avouer, même si vous l’avez d’ores et déjà compris, que j’étais dans le corps d’une femme. Le parc, le vol, Jérusalem, les champignons, Gabriel absent, tout me revenaient en mémoire ainsi que les contraintes imposées par la notice. J’assistais donc depuis le corps d’une femme à une scène morbide que je ne m’étais encore jamais imaginée. Un homme se leva et attrapa un sachet dont la contenance m’était résolument inconnue. Dans une armoire allongée sur le sol où certains carreaux sautaient, il en sortit une malle suffisamment petite pour s’y cacher. Deux cadenas  retenaient son ouverture et, dans l’excitation, furent éclatés d’un coup de pied. Rien d’extraordinaire. La malle, en bois, était rongée et complètement pourrie. Ce n’était pas les cadenas qui avaient cédé mais le capot du coffre qui éclata en lambeaux. Il revint à sa place, ouvrit le sachet et déversa en sanglotant son contenu. Cet homme pleurait et éjecta sa chaise. Accroupi, il suppliait son dieu (le même que celui de maman ?) de lui pardonner. Il ne recommencerait plus, il arrêterait de consommer, il cesserait d’en proposer à ses nouvelles rencontres. Il semblait tellement blessé que les autres se mirent à le singer. Certains pleuraient aussi, d’autres détournaient le regard en lui demandant d’accélérer l’acte. Mais il continuait en tremblant d’étaler son produit sur le plateau argenté. Quelques larmes bavaient sur son visage quand tout à coup il se leva pour pouffer de rire. Sa bouche grande ouverte laissait sortir de terribles sons d’hilarités, des éclats de rires envahirent la pièce et désarçonna le reste du groupe. Il se recroquevillait par terre, les mains sur le visage tout en se roulant sur les couches de poussières qui réussirent à le faire éternuer et donc permirent de le calmer. Dans un ordre des choses assez logique, il se releva et reprit sereinement la préparation de son plat. Au milieu du salon, le tapotement d’une fine plaque de fer se mélangeait aux murmures des impatients. Puis le plateau finit enfin par faire le tour de la clique. Puis le plateau finit enfin par faire le tour de tous les nez. Aucun ne se dérobait. Tous se pavanaient à extraire de leur mémoire toutes morales, toutes références éthiques quant aux effets que pouvaient avoir la consommation de produits aux déliquescents ravages. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un acte répréhensible ou immoral. Loin de là. Je ne considère pas avoir le droit de juger une initiative qui m’échappe totalement. Pourquoi cela pouvait-il être considéré comme mauvais ? Signe autodestructeur ou plutôt jouissance immodérée ? Beaucoup trop compliqué pour moi, je n’ai que deux mois et maintenant deux mois et quelques années fictives. Bref, c’était bien de la cocaïne qui s’engloutissait dans le circuit respiratoire de ces hommes et de ces quelques femmes, dont moi. Un premier tour venait de s’accomplir. Chacun avait sa paille, gardée précieusement au creux de leur paume, pour exécuter un mécanisme bien rodé. D’une main, un individu faisait glisser le plateau  vers son ami de droite. Ce dernier attrapait l’offrande des deux mains pour l’orienter à sa convenance. Le choix d’un rail était aléatoire car tous présentaient exactement le même profil. Droitiers et  gauchers appuyaient respectivement sur leur narine gauche et droite, introduisaient leur paille profondément mais pas trop, et balançaient leur tête vers l’avant aspirant salement ces éléments tant désirés. Ce rythme se répétait continuellement, sans arrêt, sans pause, juste le temps que le produit effectuât  son tour.  Lorsque la vitrine se vidait de son contenu, ils s’attachaient à la rendre présentable. Une nouvelle fois, j’assistais à une surconsommation de cocaïne qui au fil des passages ne me choquait plus. De toute manière, tout le monde restait inactif, paralysé par leurs attentes, ils ne bougeaient que pour sniffer. Les effets s’absentaient composant un hymne à cette bataille contre l’ennui. Aucune conversation ne résonnait, et je me sentais bien seul. Encore fallait-il réengager leur passion, néanmoins ils n’auraient jamais eu le courage de les affronter sans artifices. Blasés par la répétition de leurs mouvements, ils finirent par regagner leur chambre. Se levant les uns après les autres à la suite un dernier essai tapé puis transformé, la salle se vidait sans pour autant perdre son ambiance.
Laura et Flore restèrent seules.
Allongées sur le canapé, immobiles, ces deux femmes ne pouvaient faire guère plus de mouvements. Tout avait disparu, rien n’allait réapparaître, une caisse vide, vidée, un plateau blanc, blanchi, des sensations d’épuisements, complètement découragées elles réussirent à fermer les yeux. Laura avait l’air de s’enfoncer de plus en plus dans ses songes. Quant à Flore, celle qui m’abritait, elle ne se sentait pas d’humeur à dormir. Elle n’arrivait pas à fermer les yeux. J’ai pensé un instant que j’en étais la cause. Je n’avais pas du tout envie de rêver. Je me retrouvais déjà dans un horrible cauchemar qui à mon âge était inimaginable. Je demeurais loin de ces concepts, et en aucune façon je n’aurais pu penser que cela eût un goût de réalité. Flore se leva très brutalement pour prendre l’air. Ainsi, elle ouvrit la fenêtre et fit pénétrer dans ses narines quelques substances plus essentielles, de plus vitales. Quelque chose de moins dangereux peut-être, mais où se situait le danger ?
Des cris surgirent, des enfants s’agitaient à l’extérieur, il n’était pas tard. Un soleil éclatant se vantait d’exister et ses rayons brisèrent la vue de Flore.
-    Buenas tardes Flora, que tàl ? interrogea une femme dans le petit parc situé au pied de l’immeuble.
Flore ne répondit rien et s’enferma de nouveau.
Lentement elle prit la direction du canapé car elle sentait que ses membres la quittaient.
Subitement, sa direction changea et s’agenouilla face à l’armoire démontée.
Frénétiquement, elle fouilla toutes les parties dépouillées depuis son séjour de ce meuble mort.
Fébrilement, Flore dépeçait le reste de ce contenant à la recherche d’un rabe de poudre blanche.
D’un geste sec, elle feignit d’arrêter ses recherches et reprit sans tarder. Mais l’armoire ne recelait plus rien d’excitant. Tout juste contenait-il ses quelques planches servant à y déposer des vêtements. Sa quête ne la décourageait pas, bien au contraire : Flore s’excitait davantage quand une nouvelle fois, un lieu envisagé comme probable se révélait finalement inintéressant.  Tombant nez à nez face au premier coffre, elle le heurta violemment ce qui eut pour effet de le briser une seconde fois. Hystérique, elle reprit le coffre en main et le balança à travers  la pièce, ce qui permit d’en libérer un étrange chargement.

•••

Sans hésitation, mon nouvel abri se précipita récupérer le sachet dévoilé par la boîte. Ce qu’elle vit lui paraissait bien insuffisant, toutefois elle s’en satisfit sans l’ombre d’un problème. De retour sur l’inconfortable canapé, elle s’attacha à organiser une nouvelle série de traits. Ses gestes étaient imprécis, ils traduisaient l’inexpérience des nouveaux initiés, je remarquais alors la peine empruntée à sa faible pratique. Elle s’était toujours contentée de renifler ce que l’on lui proposait, au début avec méfiance, ensuite avec jouissance. Flore n’avait plus la possibilité de refuser. Les propositions fusaient, s’orientaient vers une forme d’habitudes malsaines, se transformaient en demande contingente à ses états psychologiques, coutume désormais prise même lorsqu’elle se sentait revigorante, heureuse, vivante.  Elle était passée de sujet à objet, la cocaïne servait alors à accorder les conditions de cette jeune femme.
Une fois que les rails fut confectionnés, Flore les contempla avec satisfaction. Durant de longues minutes, elle observa ses créations tout en se félicitant. « Bravo ma Flore ! tu te maquilles aussi bien que tu ne te drogues ! » disait-elle l’air enchantée avec un sourire redessinant et illuminant tout son beau visage. « Tu as le droit de te les taper maintenant. Régale toi ! »  et sans perdre une seconde de plus, elle s’enfila les trois lignes en deux secondes montre en main. Moins d’une seconde par ligne. Soixante-six centièmes de seconde par ligne exactement. Le calcul était simple. La situation beaucoup moins. Ses angoisses m’envahirent, me submergèrent aussi rapidement qu’elle n’avait consommé sa cocaïne. Tout s’arrêta net chez elle pour que ses névroses puissent prendre le dessus sur moi. Elle s’étala sur la table basse. Son nez déversa une quantité impressionnante de sang.  J’emmagasinais toute son âme en la vidant à son tour. Je la sentais toujours vivante, mais elle ne tarda pas à se plaindre d’un point au cœur. Il la faisait souffrir au fur et à mesure qu’elle s’en souciait. On la poignardait sans que cela en vaille véritablement la peine et Flore souhaitait avec force se débarrasser de ses assaillants.  Sur le ventre, elle se retourna, s’orienta face au plafond et entreprit de comprimer son cœur à la place de sa drogue. Une overdose n’était pas la bienvenue, elle ne voulait pas être tué par autre chose qu’elle-même. Un suicide pouvait être une solution face à un état de dépression gravement avancée. Mais c’était moi qui déprimais. C’était moi qui recevais continuellement ses doutes et ses souffrances. Les procurations devraient êtres certifiées par un comité dûment établi et aujourd’hui, elles auraient été complètement désapprouvées.  Encore que la notice ne précisait pas ce risque, je tentais de rester placide face aux actions de Flore, qui inconsciemment, devait très certainement sentir ma présence. Elle se leva et se chargea en vain de réveiller Laura.
-    Laura, ne me laisse pas mourir ! Je meurs ! Mon cœur ! Tu te réveilles petite conne ! Laura ? t’es morte toi aussi ?
Laura continuait de se blottir ailleurs que dans notre matérialité abandonnant Flore a ses incessantes crises. Sans arrêt, ses maux progressaient.  D’un vœux je déchargeais à mon tour mes craintes de fondre dans un suaire dont je n’étais pas le destinataire. Mes interrogations se déversaient avec fracas dans une nouvelle partie de Flore encore vierge d’existence. Sans état d’âme, je lui rendais toutes mes frustrations accumulées. Elle fût inondée par l’excitation de sa drogue, par la crainte de sa mort, par la dépression de son absence en France, par l’abattement de ses proches, par l’imagination  de tout ce qui serait provoqué  à son départ prématuré mais si tenté ! Je l’en accablais presque avec délice et sans remord. Il fallait que je m’échappe pour ne pas perdre ma raison comme le champignon me l’avait si bien expliqué. Je me sentais déjà en train de partir, je craignais d’avoir franchi un seuil de non-retour. Une fois soulagé, mais toujours présent en ma créature, je m’interrogeais sur mon hypothétique recommencement. Comment quitter Flore ? Comment la quitter sans briser le pacte implicitement décidé avec Gabriel ? Et bien, ne voyant aucune issue, je poursuivais mon projet. Malicieusement, j’engorgeais Flore de frustrations, de dépossessions  quitte à en provoquer une fin tragique. Elle se releva de sa table, marcha sur les genoux en direction de la fenêtre. Elle s’allongea plusieurs fois en essayant de rejoindre une sortie, la plus proche, celle visée, la lucarne la tentait jusqu’à ce que je la vis réussir à s’y traîner. Elle se redressa, une main lui permettait de garder l’équilibre, l’autre servait à déchirer ses vêtements. On l’étouffait, alors la seule solution selon elle était de lâcher ses habits. Son sang n’avait pas fini de gicler et s’il fallait qu’une chose sombre, ce serait-elle.  Elle noyait la pièce de ses hématies, qui hors d’un corps, n’accomplissaient plus leur fonction.
C’était au milieu de la Colombie, où Laura, dix-huit ans, travaillant pour une organisation humanitaire à enseigner de nombreuses matières à de nombreux enfants, que Flore, du même âge, la rejoignant pendant ses vacances, sauta de son étage quoique peu élevé. Pourtant de vieilles caisses l’accueillirent et la poignardèrent. Elles étaient sa mort et son cercueil.

Je reviendrai

Posté en Uncategorized par frichtre à 22 octobre 2009

Ses qualités lui font défaut.

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 14 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #8 de Madame Kevin

“J’exige …

Je veux…

Je veux…

Je veux…

Je t’interdis… (trois fois !)

J’exige…”

Ça c’est une réponse !

Pas de simple : “je te veux”.

Pas de simple : “je t’aime”.

Pas de simple : “j’ai envie de toi”.

Je n’ai plus de force. Je la tiens à peine, mes forces me quittent. Je tirais mes volontés de l’illusion que je me faisais de son Amour.

“Laura, donne moi ton bas”.

Elle ne bouge pas.

Mes yeux s’embuent.

Doucement, mes doigts se délient, filent à plat entre ses seins, tirent une ligne vers son ventre, choisit un chemin, à gauche, et crochètent l’élastique de ses bas. Des deux mains, sans énergie, je comprime sa cuisse puis son mollet et enfin son pied.

Je suis à genoux.

Je prie Dieu. Lui qui reste en embuscade. M’empêchera-t-il d’agir ? Lui qui a tout manigancé avec ses mariages à la con.

L’éprouvée me dévisage. Inexpressive. Attentiste. Impatiente. Charnelle. Capricieuse… naïve.

Les genoux plantés dans la terre, j’étire le bas.

Les pieds enracinés dans le Jardin d’acclimation, je me rapproche d’elle.

Les deux mains tenant un bout de son dessous. Les deux mains se partageant chacun un membre. Ils remontent sans empressement vers la hanche. Pas fatigués, mes extrémités se jouent des aisselles de la belle. Occupés par le vêtement, ils reviennent à leur gorge qui n’a pas eu le temps d’effacer les traces de l’étranglement.

Laura est là.

Laura se crispe.

Je ne suis plus moi-même.

Alors Julien lui glisse à l’oreille, sur le pavillon de sa conscience : ” Moi, je t’aime. Tu sais pourquoi tu ne sais pas le dire ? Parce que tu n’éprouves rien. Tu es frigide. Non. Pas de ton sexe, mais de tes profondeurs. Moi, je t’aime Laura.”

Alors Julien lui glisse autour du cou son nylon.

Alors, celui qui ne me ressemble pas, emballe ses mains des extrémités de l’arme, car il pense que même s’il ne boxe pas, il aura moins mal. Mais c’est pas comme cela que l’on se protège.

Alors Julien verrouille, relève le chien, pose son doigt sur la détente, sue mais ne réfléchit pas.

Alors Julien retourne aux souvenirs de Laura : ” -Je t’aime-. C’était simple pourtant. Je n’attendais que ces mots de toi. Désormais, tu n’exigeras plus rien de moi. Et la souffrance de te tuer me sera moins pénible de savoir que tu ne m’as jamais aimé .”

Enfin, Julien appuie sur la détente, Laura n’a pas le temps de répondre, elle prend sa respiration, fixe J. du regard, se met à suffoquer, tente de trouver de l’air, se révolte, elle essaie de lui glisser un message. Elle se débat. Elle le griffe, elle l’empoigne, le frappe. Elle ne sait pas. Doit-elle le frapper ou tenter de se libérer ? Elle fait les deux. Elle se perd mais n’est pas revengearde. Son visage blanc passe à rouge, puis bleu. Ses mains puissantes s’affaiblissent.

Julien ferme les yeux.

Julien ne trouve plus de résistance.

“Je t’aime. C’est simple pourtant ?”

les vacarmes haletants

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 13 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #7 de Madame Kevin

“pour résumer :

tu te maries avec l’homme qui t’indiffère et tu baises celui que tu aimes. tu te prives de la présence de celui que tu aimes pour la partager avec celui qui te laisse indifférente. tu contruis ta vie avec l’homme inconnu pour laisser sombrer l’être dont aucun secret ne t’échappe. tu planifies tes journées/week-end/vacances/sorties avec une absence tandis que tu te prives de celui qui t’exalte. tu te vois finir avec une personnalité plate alors tu refuses de commencer avec les reliefs de la mienne, de personnalité. tu ne partages pas tes souvenirs/passions/rêveries avec le phallus qui t’a fait jouir, les récits qui t’ont bercés et les blagues qui t’ont fait rire. Dans ton appartement, tu contemples les livres qu’il ne lira jamais, les films qu’il déteste, la musique qui l’insupporte. dans ton agenda, tu notes tes rendez-vous avec lui de mes initiales. Ton porte clé est toujours celui que je t’ai offert, ton pyjama est toujours celui que tu portais lors de nos nuits universitaires, ton stylo fétiche est celui que nous avons volé ensemble lors de notre stage à la préfectorale.

Je me rappelle.

Tu prenais mon téléphone et interchangeait les noms et numéros. Quand ma mère m’appelait ton prénom apparaissait. “Alors grosse pute, c’est à cette heure que tu m’appelles ?” “Juliiiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeennnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn !” “Oh maman ??? je te prie de m’excuser, c’est Laura. Elle m’a fait un sale coup” “Et tu lui parles comme ça à Laura ?”

Je me rappelle.

tu te maries avec un homme avec lequel tu ne passes pas ta nuit de noce. tu n’as pas non plus ouvert ton bal de mariage avec lui. il déteste danser. nous nous sommes élancés dans une valse, romantique et pathétique. à votre appart’, la porte des toilettes, j’imagine qu’elle est toujours fermée. J’imagine que tu l’envoies sans ménagement faire les courses. j’imagine que tu n’aimes que l’on te voit avec. j’imagine que tu essaies soit de dormir le plus tôt possible ou le plus tard possible, faisant semblant de dormir dans le premier cas ou lui comateux dans le second. j’imagine que ta collègue que tu ne vois qu’au travail en sait plus sur ta vie que lui, cet homme avec lequel tu t’es liée… tu t’es liée d’amour, de raison, pour le meilleur du pire et le pire du meilleur, jusqu’à ce que la mort la plus précoce vienne le faucher. tu t’es liée à un homme qui pourtant t’aime, éprouve des sentiments pour toi, doit souffrir pour toi, voudrait tout recommencer pour que tu l’aimes, lui, comme il t’aime. Mais il te dira : “tu ne m’aimeras jamais comme je t’aime”. tu lui siffleras ” tu as raison mon chéri, je ne t’aimerais jamais comme je l’aime. d’ailleurs, je ne t’aime pas. tu m’es tout juste indifférent. tu as juste une utilité sociale supérieure, voila mes sentiments à ton égard. tu auras de moi à peine un enfant, et encore, il ne sera certainement pas de toi”. tu t’es liée à un homme brave, courageux, intelligent, riche, beau selon la lumière, disponible et affectueux. tu t’es liée à un homme qui ne me ressemble pas pourtant tu as fait avec lui la seule chose que l’on ne vivra jamais. tu ne partages rien avec cet homme. je ne partage rien de commun avec cet homme. tout nous sépare, il t’a, pas moi. il est blond. je suis brun. c’est un bucheur. j’ai toujours été partisan du moindre effort. il aime tout le monde. tout le monde m’aime. pourtant, cet homme a quelque chose que je n’aurais jamais. non. pas toi. toi, je t’ai déjà eu, bien plus qu’il ne t’aura jamais. voila, c’est ça, lui, il t’a à jamais !

ta mère est une pute, ton père est un proxénète, tes grands-parents sont des marchants de petites filles.

c’est idiot en plus.

vous êtes des roturiers !

tu t’es liée à un homme qui ne te comprendra jamais. tu t’es liée à un homme dont le seul mérite est… non, je me refuse de m’abaisser si bas. tu sais que 3 enfants sur 5, étude scientifique à  l’appui, ne sont pas du père officiel alors que celui-ci en a la certitude. et bien toi, étude divine à l’appui, tu ne lui appartiens pas ! et je vais te le prouver.”

julien somme Laura de quitter la table. ils abandonnent leur plat, leur vin et leur pain. empruntant les cuisines, ils échappent à la surveillance d’un orchestre de cuisiniers concentrés sur les denrées qui seront englouties par les clients en salle. les instruments de ces musiciens entonnent une musique de mort. tout s’accélère. les acteurs de cet amour manqué courrent dans le jardin du restaurant sans chercher leur chemin. ils sautent les haies. les galops des chevaux de l’hippodrôme reprennent en coeur les chants des cuisiniers. une symphonie fantastique. subitement, julien pousse laura avec une force qu’il ne maîtrise pas. la mariée frappe le sol qui étouffe l’attentat. Le diplomate se jette sur elle, serrant son cou de plus en plus fort. Laura ne se débat pas. Elle se laisse convaincre de sa fin. elle qui a toujours décidée pour deux laisserait cette conclusion à son véritable second coeur.  les regards échangés sont profonds, directs, sans haine. les doigts se resserrent, les genoux compriment le thorax de la fille au tailleur, quand sans remord Julien relâche de la pression. dès lors, le sang circule plus facilement, le teint violacé de Laura s’estompe et Julien demande :

- Convaincs moi de te laisser à lui.

Correspondances

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 11 octobre 2009

Lire avant les épisodes suivants :

  1. In a sentimental mood # 1 (Madame Kévin)
  2. Réunion diplomatique, réunion de la trique (Frichtre)
  3. In a sentimental mood # 2 (Madame Kévin)
  4. Réunion diplomatrique deuxième (Frichtre)
  5. In a sentimental mood # 3 (Madame Kévin)
  6. Fesse à fesse (Frichtre)
  7. In a sentimental mood # 4 (Madame Kévin)
  8. Toy boy (Frichtre)
  9. In a sentimental mood # 5 (Madame Kévin)
  10. Branle-bas de Laura (Frichtre)
  11. In a sentimental mood # 6 (Madame Kévin)

Pas question de laisser tomber mes plans !

Pas question de laisser tomber mes plans !

Pff.

Elle a toujours cru que l’intellectuel entre nous, c’était elle. Or c’est bien ici l’origine de nos… de mes malheurs, de mes errances, de me doutes à son égard. Je l’entendais raconter sa passion pour la littérature sans qu’elle comprenne que j’en étais aussi passionné. Idem pour le théâtre ou l’opéra. À l’Amphithéâtre Richelieu lors d’une conférence, dans son studio d’alors, dans le bus avant de payer à ma place l’amende que j’écopais pour ne pas avoir valider mon billet, Laura me racontait ses lectures comme si elle en avait été l’héroïne. Or elle ne semble pas remarquer qu’aujourd’hui c’est pour de vrai. Une bonne et grosse histoire gloutonne. Grosse comme un cliché. Elle en connaîtra bientôt l’issue. Une fin à la Vian, pas vraiment réjouissante.

Elle invente mes préférences et mes références.

Gide ? Je n’aime pas Gide ? Moi ? Moi, Julien de Cotentin, seul du nom, je n’aime pas Gide ? Seulement a t elle oublié que j’ai réalisé mon mémoire sur la résistance et la littérature. Cette étude m’avait invité à étudier la naissance de la Collection de la Pléiade fondée par Jacques Schiffrin. Ces deux hommes ont échangé une correspondance passionnée. Mais comme Gide a refusé en son temps de publier Du côté de chez Swann, Laura n’a jamais vu en moi un homme qui valait la peine d’être aimer. Une baise dans les chiottes, un pipe dans l’amphi, une branlette dans le métro, qu’avons-nous déjà fait de moins hormonal ? Peut-être se saluer avant les étreintes.

Je lui demande de sortir de la voiture. Enlevant ses chaussures, Laura ne fait rien comme les autres. Elle sort du côté conducteur sans difficulté.

Les pieds sur le goudron, je la prends par la main.

- Tu ne fermes pas la portière ? me demanda t elle.

- Non. Comme dans les films, on retrouve toujours sa voiture intact à la fin.

Nous traversons la route, entamons un bout de chemin dans l’herbe fraîche du Jardin, zigzaguant entre les arbres. Des joggueurs se font doubler par des cyclistes. Des hommes, la tête basse, traversent le parc sans y appartenir. Des préservatifs jonchent le sols, certains pleins, d’autres éclatés, d’autres à peine sortis de leur étui en aluminium et quelques uns inutilisés. Au loin, entre les feuillus, nous pouvons distinguer le restaurant La Grande Cascade.

Il est 11h54.

Laura me suit sans poser de questions.

- Monsieur, bonjour.

- Bonjour, je voudrais une table.

- Monsieur a t il réservé ?

- Non et nous ne serons que deux.

Le maître d’hôtel scrute Laura de haut en bas. Étrangement, il ne bronche pas à ses pieds déchaussés. Celui-ci finit par nous accompagner à une table, discrètement installée près des cuisines. Une façon de nous faire comprendre que l’on ne vaut pas mieux que le gigot découpé à l’assaut du chef cuisinier.

Branle-bas de Laura

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 9 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #5 de Madame Kevin

On les appelle les Témoins de Matignon. Ils assitent à notre départ mais ne savent rien de ce qui se prépare.

On les appelle les Témoins de Matignon. Ils assitent à notre départ mais ne savent rien de ce qui se prépare.

Partons dignement. De toute façon, je ne me rappelle plus du problème. Nous nous livrons une bataille dont je ne me rappelle même pas les enjeux. Laura me regarde avec un sourire narquois. Sa main se ballade sans autorisation sur ma cuisse. J’avance à l’allure d’un enfant qui rampe, les graviers s’entrechoquent, pétillent sous la voiture, les grilles du parc s’ouvrent et la rue de Varenne est à moi !

J’ai bien une flopée de rendez-vous aujourd’hui : une conférence à l’Ifri, un déjeuner au ministère des affaires étrangères puis une commission à l’Unesco avec enfin, une petite pause avant d’attaquer mes verres de blanc à 1 euros 50 rue des canettes ! Le temps de penser à tout cela, Laura ne m’a pas quitté des yeux, ses ongles vernis massicotent mon pantalon et on se trouve déjà près du Bon Marché.

Nous n’échangeons aucun mot. Je remonte vers Sèvres-Babylone, boulevard Raspail jusqu’au carrefour de la rue du Bac-Boulevard Saint Germain pour gagner les quais. Une fois le Louvre et le Jardin des Tuileries contemplés depuis la Rive Gauche, je nous embarque direction le Champs de Mars.

Toujours aucun mot échangé. Elle reste attentive à notre road movie sans attendre la fin. Peut-être s’imagine-t-elle quelque chose. Quoi ? Je ne suis pas assez fou pour avoir les mêmes idées qu’elle. Même si je m’essayais, ma névrose n’est pas aussi développé pour être créatif. Quant à elle, c’est une artiste. De toute façon, pour peindre ses ongles comme elle le fait, il faut une sacré dose de talent !

Je remarque que nous n’avons pas accroché nos ceintures. La voiture hurle à la mort mais personne ne bouge. C’est la première fois qu’à Paris j’enchaîne les feux verts. Rien ne nous résiste, mais Laura, elle, saura-t-elle être forte face à ce que je lui prépare.

Je ne suis pas d’humeur rancunière. Il faut me laisser un peu de temps pour oublier. Toutefois, je conçois les offenses comme les sciences. Elles sont cumulatives et non sélectives. Et là, le seuil de tolérance est maintenant dépassé, plus de retour en arrière possible, je feins mon indifférence et mon calme. Elle va le regretter.

J’emprunte le pont de l’Alma, bifurque vers Monceau pour rejoindre l’Étoile. D’ici, je tourne le volant jusqu’à la porte Maillot et mes roues motrices serpentent au cœur du Jardin d’acclimatation.

Je m’arrête comme un homme pressé alors que j’ai décidé de prendre tout mon temps. C’est ici que tout doit s’arrêter. Aucune autre issue n’est possible. Je sais qu’elle se laissera faire.

“Laura tient le coup, on en a plus pour longtemps” lui dis-je.

Toy boy

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 7 octobre 2009

Lire avant Madame Kevin, In a sentimental mood #4

Il n'en faut pas plus à Laura pour remplir la pièce de sa présence.

“Je suis un Kennedy ! Et ma chute sera brutale ! Comme celle des Kennedy ! Toi, par contre, tu es aussi une Kennedy. Mais les Kennedy par alliance. Les Kennedy salopes. Celles qui chopent les amants/époux/hommes des autres, un peu comme Jacky qui a volé Onassis à Maria Callas ! Tu sais que ça l’a tué la pauvre Maria ? Tu sais qu’elle était tellement abattue que LA Callas passait ses Noël toute seule ? Rends toi compte que tu fais pareil. Tu papillonnes avec les hommes tout en te fixant avec un pauvre aristocrate ruiné RMIsé à l’ANF. La lente destruction de la diva, finalement, on te la doit ! C’est toi qui a tué Maria Callas !  Une Kennedy ! Je ne te le pardonnerai jamais !”

“Pauvre fou” me répliqua-t-elle. Mais je savais que j’avais raison. Toutefois, je n’irais pas jusqu’à dire que Laura a tué Maria Callas mais l’esprit est là. Elle est au dessus de moi faisant semblant de me maîtriser. Les femmes ont tant à apprendre des hommes. Elles pensent invariablement que bander est un signe de flatterie à leur égard, une preuve d’affection réfléchie ou encore une soumission à leur désir. Or, malheureusement, c’est plus automatique que ça. C’est notre simulation à nous. On bande un peu quand on veut sans pour autant prendre du plaisir. On éjacule aussi un peu quand on veut sans pour autant jouir. Ce sont dans ces automatismes que nous leurrons avec délice ces femmes qui pensent avoir le monopole de la comédie amoureuse, voire orgasmique. C’est idiot pourtant d’imaginer qu’un homme serait aussi binaire que bande-bande pas, synonyme de jouit-jouit pas. Je m’apprête à en faire la démonstration.

Tandis que Laura est à califourchon sur moi, son téléphone sonne. Surprise, elle relève la tête, bousculée par cet élément extérieur qui vient perturber ses plans. Je m’empare de cet allié pour lui attraper les poignés et l’installer durement, à son tour, sur le dos. Ses cheveux recouvrent son visage. Elle agite la tête pour tenter de se dégager un angle de vue lui permettant d’analyser mes moindres faits et gestes. Hystérique, elle n’y arrive pas. Elle se calme. Elle se reprend, recommence et grogne. Désarmée, cette conseillère technique si habile avec les mots et les sophismes devient subitement débutante avec ses sentiments. Sans savoir ce qu’elle doit faire, elle stoppe ses gesticulations désordonnées.

- Julien

- Oui

- Lâche moi

- Assurément

- C’est vrai ?

- Non

- Julien

- …

- Je m’en veux…

- De quoi ?

- De tout, de rien, même si je n’oublie pas que le salaud c’est toi dans l’histoire, je m’en veux…

- Ce ne sont pas des choses à dire dans ta position

- Tu bandes toujours… qu’attends-tu pour me baiser ?

- Mais je n’ai pas envie de te baiser !

- Je sais que tu veux me prendre, ça se voit, ça se sent, je le sais.

- Amen

- Tu n’as presque rien à faire. Je me laisserai faire. Je te rendrai la tâche plus facile. Je ne lutterai pas. Au contraire. Je sais que tu prendras soin de moi, de mes envies. Je sais que tu te rappelles mes préférences. Tu connais mon corps. J’ai envie du tien. Pourquoi nous priver l’un de l’autre ? Je te l’interdis ! Je t’interdis de ne pas me sauter !! Sur le parquet, sur le tapis, sur le bureau, sur la chauffeuse, sur mon fauteuil, sur mon bureau, dans la salle d’eau, face à la fenêtre, où tu veux. Tu peux me prendre où tu veux comme tu veux. Tu sais ce que je porte ?

- …

- Un boxer… Je sais que c’est ce que tu aimes… Tu sais ce que je porte encore ? Bon, ça, tu l’as vu !

- …

- Des chaussettes hautes… les hommes mal avertis les prennent pour des bas. Mais tu as vu ce petit nœud ? Je trouve ces chaussettes hautes tellement plus jolies et sexy que de vulgaires bas. Je trouve que les bas ça fait vraiment salope, n’est ce pas ?

- …

- Mais dis quelque chose ! Tu me veux ? Moi je te veux en moi, te sentir. Laisse moi toucher ta poitrine, tes fesses aussi, ta joue, ton ventre. Laisse moi enfin t’embrasser.

La tension monte. Je ne réponds pas à ses avances. Mes mains ne se déverrouillent pas et emprisonnent toujours Laura. Délicatement, mon visage se rapproche du sien. Son souffle caresse mon visage. Mon nez dégage peu à peu les cheveux de son visage. Peu à peu, je me rends compte que résister sera une mission terriblement difficile. Je laisse mes lèvres parcourir son front, descendre sur sa tempe jusqu’au coin de sa bouche. Ma prisonnière lance une première tentative d’OPA sur ma langue. Loupée. Mon entreprise poursuit son développement seule, étape obligatoire : conquérir le marché des oreilles, du menton et du cou. Je prends facilement des parts de marché et je deviens un monopole sur un secteur où aucun concurrent ne vient me faire de l’ombre. Laura se soulage peu à peu. Sa respiration s’accélère. J’entends son souffle qui, ostensiblement, tente de doper mon désir. Mes jambes sont entre les siennes. Je les écarte doucement ce qui, inévitablement, retrousse sa jupe. Celle-ci s’arrête au niveau de ses hanches, elle ne m’a pas menti : son boxer est divin. Je crois que si j’avais loupé mon train du matin, un autre homme aurait défait les nœuds de ces chaussettes hautes. Dès hier soir, elle était préparée à ce moment. Mon égo en prend un coup.

Laura ferme les yeux. Complètement soumise à mes désidératas, elle en oublie que ses mains sont libres. Les miennes se baladent sur ses seins, bifurquent sur son ventre, se posent sur son sexe chaud. Elle maugrée des mots incompréhensibles tout en se tortillant, en se laissant faire comme si, en face d’elle, cet homme ne l’avait jamais quitté et lui avait fait l’amour la veille.

Les sourires extatiques de Laura

Les sourires extatiques de Laura

Je suis déjà debout. Seule sur le sol, ses doigts ont repris le relais s’activant sur son clitoris.

- Juliiiiiiieeeeeeeeennnnnnnnnnnn!

Mon prénom résonne dans tout Matignon.

Son image n’est plus qu’un souvenir. Je suis sorti du bureau.

Fesse à fesse

Posté en In a sentimental mood par frichtre à 6 octobre 2009

Lire avant In a Sentimal Mood #3 de Madame Kevin

Deux ans. Deux ans que nous ne nous sommes pas vus. Deux minutes. Il lui a fallu deux minutes pour qu’elle sache que je l’avais toujours en moi.

Elle m’a toujours fait des sales coups.

Quand nous rentrâmes de Strasbourg après avoir passés nos piteuses années à l’École de l’élite républicaine, j’ai du lui mentir sur mon adresse. Elle aurait été capable de tout. D’ailleurs, elle a été capable d’idioties plus grosses qu’elle. Autour d’un pot, elle me raconte qu’elle avait sonné à tous les interphones de la rue Dragon pour me retrouver. Elle pouvait toujours chercher, j’habitais Rue Saint-Honoré. Toutefois elle ne pouvait pas se douter que j’abandonnerais ma Rive Gauche.

Une autre fois, trente appels en absence. Complètement névrosée la pauvre ! Je reçois un texto : “le numéro secret de votre messagerie est le 0000″. Mais je n’y crois pas ! Elle essaie de rentrer dans ma boîte vocale. Le lendemain, impossible d’écouter les messages. Elle m’envoie un sms : “Salaud, tu n’es vraiment qu’un pauvre salaud !” Fissa, j’appelle le service clientèle de mon opérateur, je lui raconte la blague et il réinitialise mon code secret. “Vous avez un nouveau message : – bonsoir Julien, c’est Oriane. Je suis seule à la maison, mon mari est en week-end avec les enfants. Je ne suis pas très bien. Tu peux passer à la maison ? On boirait un peu de rouge”. Merde, mais c’est qui celle là ?

Bref, la coupe est pleine.

Je frappe à la porte à pleine paume. Je n’attends pas la réponse. J’ouvre.

- CONNASSE !!!!! lui balancé-je à la figure en la cherchant du regard.

- Mais… Mais… Monsieur !

- Oh ! je vous prie de bien vouloir m’excuser, je me suis trompé de porte !

Je crois qu’à cet instant, tout le sang ayant irrigué ma verge est remonté en un éclair à mon visage le rendant écarlate, rouge, rouge de honte. La secrétaire était interloquée, elle suffoquait encore plusieurs minutes après cette peur. Une peur qu’elle racontera longtemps à ses petits-enfants. Une anecdote tellement terrifiante qu’elle rivaliserait avec les récits des anciens combats d’Irak et d’Afghanistan les plus endurcis. Je remercie le ciel qu’elle n’est pas été cardiaque. Parce que moi, je n’offre que les petites morts.

- …

- Une nouvelle fois, excusez-moi.

- Calmez vous et j’espère que vous ne serez pas aussi terrifiant après avoir poussé la bonne porte, me dit cette assistante chevronnée.

Je referme la porte délicatement, comme pour effacer des mémoires de ces couloirs ma violence, voire pour la récupérer car il n’en reste pas moins que Laura devait payer.

Dans tous les cas, j’ai du crier tellement fort qu’elle a du le prendre pour elle tout aussi violemment que cette secrétaire. Ma vision d’horreur en moins.

Je reprends ma serviette, je l’ouvre, j’attrape mon blackberry et cherche un email de Miss Pigale. Ah. B 1574. J’y étais presque. J’y retourne. Les plis de mon costume rayés de la carte. Mes cheveux remis en place. Les pieds joins. La main gauche dans la poche. La main droite posée sur la poignée. Je la tire vers le bas, pousse la porte et esquive un premier pas en direction de ma proie. Son bureau est petit, je le découvre au fur et à mesure que l’entrebaillement de la porte s’élargit. Des piles de dossier recouvre le sol, la table de réunion, les chaises et les bibliothèques. Tout doucement, je commence à apercevoir son bureau et sa veste est posée sur son fauteuil. Le téléphone est décroché en même temps que son portable traîne sur son agenda. C’est en visualisant la sompteuse musique de l’une des dernières scènes de l’Elixir d’amour de Donizetti que j’avance. Una furtiva lacrima. Cet homme crie sa peine de toutes ses forces. Il lui semble que c’est fini et que tout doit s’arrêter net. Je ne suis pas d’accord. Alors bien que le même déchirement m’habite je prends le risque de continuer, de progresser sur un terrain inconnu tout en gardant les yeux ouverts. Mon rythme cardiaque ralentit, comme si cette faculté me permettait de percevoir le moindre mouvement de cette pièce. Les secondes passent mais je n’ai toujours pas franchi le seuil de la porte. C’est alors que je me décide de le faire lorsque celle-ci se referme en claquant férocement. Laura me gronde dans les oreilles “CONNARD !!!!” Imaginez vous un enfant criant BONJOUR dans les oreilles de ces parents alors qu’ils sont dans leur lit, à peine réveillés. Effet assuré. Elle en profite pour me taper sur l’épaule ce qui inévitablement me fait tomber. Je vrille d’un demi tour, je me retrouve sur le sol, comme une larve impuissante, j’implore son pardon. Mais elle n’est pas dupe. Laura esquisse un sourire en demi teinte, elle m’ordonne de rester au sol et écrase mon sexe avec la pointe de son talon. Mes sueurs sont tellement intenses qu’elles m’ont quitté. Je redoute le moment où sa névrose explosera. Toutefois, elle se reprend et songe intelligemment à retirer ses accessoires.

Ma position m’offre de nombreux avantages comme de distinguer la naissance de ses bas.

Réunion diplomatrique – deuxième

Posté en Le monde est plat par frichtre à 4 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #2 de Madame Kevin

(Sur l’air de Mirza, Nino Ferrer)

Z’avez pas vu Laura !

Je la cherche partout !

Où est donc passée cette chienne !

Je la cherche partout !

Où est donc passée cette chienne !

Elle va me rendre fou !

Où est donc passée cette chienne !

Ooohh ça y’est je la vois !

Veux-tu venir ici ! Je ne le répéterai pas ! Veux tu venir ici ! Mmh sale bête va ! Veux tu venir ici !

Elle est repartie !

TU M’AS EU. Comme toujours. Comme toujours tu me ridiculises. Tu te joues de moi. Mais cette fois, j’abats mes cartes, je remporte la main. Et ne pense pas que tu peux m’échapper. Où es-tu ? Elle a du filer dans son bureau. Qu’as-tu voulu prouver ? Que je pouvais bander pour toi ? Devant tout le monde ? Tu voulais te remémorer le bon vieux temps ? Tu as raconté à ton père notre partie de jambe en l’air dans son bureau alors qu’il se trouvait dans le petit salon… en compagnie de ton fiancé ? C’est sur, tu as bien fait de l’épouser cet idiot. Tu avais tes séances shopping avec lui et tes orgasmes avec moi… Tu auras des p’tits cons de moi avec lui et tout le monde sera content.

Je n’en reviens toujours pas.

Je ne bous qu’à l’intérieur. Je ne presse pas le pas. Mon assurance a repris le dessus, l’humiliation est passée. Non. L’offense est confortablement rangée au fond de ma poche. Un mouchoir le recouvrant de toute sa douceur. Cette vengeance, je te la réserve.

Je sors de la salle de réunion, des regards m’accompagnent. “Monsieur…”. Ce silence assourdissant me pousse à continuer tandis que l’on me réclame. Je traverse le péristyle. Je descends les escaliers. Un grand hall, des tableaux de maître, deux huissiers me saluent. Enfin, je me dérobe derrière une porte en trompe l’œil. Je remonte de petits escaliers, enfile un interminable couloir, je ferme la veste avec mon premier bouton. Mes talons frappe le sol, résonne dans tout le bâtiment. Au moins, elle est prévenue. Je te prendrais pas en traître. Je vise la chaise installée près du photocopieur, calmement j’y balance ma serviette Hermès.

Je m’arrête.

La porte est fermée.

B. 1564. C’est ici.

J’attrape le bas de la veste de mon costume de chaque main. Tirant d’un coup sec pour éradiquer le moindre pli, je passe une main dans mes cheveux, les pieds joins, c’est moins facile quand on y est. Te dégonfle pas et ouvre cette porte !

Réunion diplomatique, réunion de la trique

Posté en Le monde est plat par frichtre à 3 octobre 2009

Liminaire : Je fais suite au billet de Madame Kevin, In a sentimental mood. À sa lecture je me suis demandé si je n’allais pas écrire un billet sur le détournement d’usage de la cravate comme elle le mentionnait. J’ai abandonné l’idée jusqu’à ce qu’elle me le demande. Imaginez-vous : Madame Kevin qui vous envoie un email ! C’est déjà un honneur mais si en plus elle vous demande de rédiger quelques lignes après l’un de ses textes… c’est mieux que la Légion d’honneur : un siège à l’Académie Française ! Donc, je me suis laissé le temps de la réflexion. Mais finalement, je me suis dis que je rédigerai cette histoire selon la vision d’un homme. Et un homme voit moins la cravate comme un objet érotisant que la chaussure d’une femme. Je vous livre donc un petit texte comme nous le sentons et le vivons quotidiennement. Bonne lecture.

FICHU TRAIN. Tous les mêmes. Pas un pour rattraper l’autre. Ce n’est pas que je suis un homme ponctuel mais pour une fois que je me lève tôt.

Plus qu’une dizaine de minutes. Le chauffeur doit m’attendre à la gare, sauf s’il n’est pas déjà parti. Si c’était le cas, je ne lui en voudrais même pas.

Ouf, il est là. Direction Matignon. Je reviens de Bruxelles et j’enchaîne avec une réunion sur l’intégration de la Turquie dans l’Europe. Faut une position officielle. Je croyais qu’on en avait une. En fait pas vraiment. Si ce n’est qu’on se réfugie officiellement derrière le génocide arménien pour les empêcher de jouer les démocrates occidentaux avec nous. Il y a bien une autre raison… Bon… le chauffeur me dit que la réunion est décalé, le Premier Ministre veut me voir. Il est avec son Ministre d’Ouverture, son Secrétaire d’État aux affaires européennes et son conseiller diplomatique. Politesses. Re Re Politesses. Quelques blabla d’introduction et on entre dans le vif du sujet. En gros, il me sort la conclusion de la réunion que l’on a même pas débutée.

- Vous comprenez, nous ne pouvons pas nous le permettre.

- Oui Monsieur le Premier Ministre.

- Très bien, passons à côté. On nous attend. Il y a un petit buffet fait de viennoiseries. Nous commencerons après.

Nous sortons du bureau, nous passons par l’antichambre, puis par une flopée de bureaux pour accéder à une première salle transformée en réfectoire de luxe. Là, une 20aine de personnes. J’en connais déjà pas mal. Le Premier Ministre me sollicite pour un dernier échange, pas eu le temps de visualiser mes ennemis. Car à ce moment précis, je suis seul. Le Locataire de Matignon me le rappelle. On entre.

Une belle table de réunion en U.

Les noms sont affichés à chaque place. Je cherche la mienne. Je ne suis pas encore dans la salle même si mon corps tente de se frayer un chemin jusqu’à ma chaise.

HORREUR.

Elle est là. Pas possible. Pas possible de m’installer ailleurs. Pas possible de faire demi-tour. Pas possible de feindre un malaise. La Grippe A ? Non. Non.

Elle m’accueille avec son plus beau sourire. Elle se présente.

Mais je sais qui tu es… Laura.

Ma gorge est sèche avant même d’avoir débuter mon exposé. Je me pose à côté, celle dont j’étais raide amoureux à Sciences Po, qui m’a suivi à l’ENA, et qui m’a lâchement abandonné avant même que l’on fasse connaissance. Je suis comme ça : quand j’aime, je fuis. Laura est en tailleur – un balmain certainement. Je sais les reconnaitre. Elle est… Je suis mal.

Ma gorge se noue mais je remonte ma cravate. Nouée par un demi-windsor. Je le préfère au Windsor. Certes, il est moins symétrique mais il est plus fin, un peu plus long et correspond plus à ma taille et à la morphologie de mon visage. Ma cravate ? Une Céline. Je ne porte que des Céline ou des Lanvin. Signe d’excellence, de classicisme et de goût. Laura est tout ce qui correspond à ces critères chez une femme.

- Monsieur de Contentin, nous vous donnons la parole.

J’en veux pas. Je ne peux pas parler. Laura me regarde. Elle me sourit. Est-ce pour me narguer ? Je prends ma respiration, j’éclaircis ma voix, une main à la base du noeud de ma cravate pour lui donner cette forme parfaite que les jésuites nous apprennent à faire.

- Merci Monsieur le Premier Ministre (Elle me regarde encore ? Non, ne la regarde pas… elle éloigne sa chaise… ses jambes). Je vous remercie pour votre brillant exposé toutefois, vous m’avez récemment demandé de plancher sur une position qui régalerait les intérêts français et européens en la matière… (Non non non, ne remonte pas ta jupe, ne me sourit pas, arrête Laura) en la matière du tweed… euh… Rappelons les arguments donnés par les défenseurs d’une intégration de… (Oh ses genoux… Laura… il fait chaud… arrête… qu’elle est belle…plantureuse… oh il fait chaud.. un verre vite… un autre…) de la Turquie. Nous ne pourrons pas tenir éternellement notre position. Je… (Je tiendrais n’importe quelles positions avec elle. Je la trouve trop sexy… putain… 19 hommes dans cette pièce, 1 nana… il a fallu que ça tombe sur ELLE) Je… (J’en peux plus… ses formes, ses courbes, ses seins… il fait sacrément chaud ici quand même !! la clim ? Mais ils vont la foutre cette putain de clim !)… Je souhaite donc vous proposer d’utiliser à votre avantage un outil récent qui saura répondre… (ils ne vont pas la mettre c’te clim… j’en peux plus…  je desserre un peu cette cravate qui m’étouffe…)… donc je disais… un outil qui saura répondre à nos… (fais péter ce premier bouton de chemise)… à nos intérêts…

- Monsieur de Contentin, et si vous alliez à l’essentiel et plus rapidement s’il vous plait.

- (Gros naze, c’est pas toi qui te tape en gros plan les cuisses de ta conseillère !).. Oui Monsieur le Ministre… je propose qu’en demandant, par des voies moins officielles… (moi ici, il y a bien certaines voies que j’aimerai prendre… elle me glisse un mot… son numéro de portable… ça y’est j’en peux plus… cette cravate m’étrangle… je tripote son noeud dans tous les sens… on va me demander ce qu’il m’arrive…) demandons à la Cour Pénale Internationale de trancher sur la question arménienne. Elle est bien chargée de juger les crimes de guerre et crime contre l’humanité…(c’est d’avoir mis Laura à côté de moi qui est un crime…)… d’autant que les génocides sont imprescriptibles.

- Monsieur de Contentin, vous êtes malade ?

- Non Monsieur le Premier Ministre, j’ai juste un peu chaud…

- Foutez-vous de moi. Saisir la Cour Pénale Internationale contre la Turquie ?

- (Je sais que c’est mal barré… si je me fais rembarrer sur mon dossier… bye bye la belle Laura…) Faire en sorte que le Procureur Moreno-Ocampo le fasse. Au moins pour mobiliser l’ensemble de la communauté internationale, lancer un débat au plus haut niveau et établir une vérité officielle, une condamnation et une réparation… (Ouf… je l’ai dit sans respirer… j’ai chaud et je fais de l’apnée…)

- Laissez votre cravate tranquille voyons ! que vous arrive-t-il ?

- Rien, j’ai juste un peu chaud… (Putain, faut que je l’enlève cette cravate… et Laura qui commence à enlever ses chaussures… à jouer avec ses chaussures… c’est inhumain…) Pour reprendre Monsieur le Premier Ministre, la Turquie est un allié des États-Unis, une place géo-stratégique unique en Asie Médiane et Moyen-Orient… (ARRÊTE ! LAURA ! reste fort ! ne la regarde pas ! Mais ce n’est pas possible !)… Avoir la Turquie au sein de l’Union, aussi proche des États-Unis… n’en fera pas un de nos soutiens… (J’en peux plus… je dois l’enlever sinon je vais exploser… desserre là encore un peu et bois un coup…) Sachant que les USA n’ont pas ratifié la CPI, que les Turques s’apprête à signer le Traité de Rome… On fait d’une pierre deux coups. (ouf… ça au moins, c’est dit… reste plus qu’à faire semblant que tout va bien…) En plus, le Gouvernement turque n’aurait pas à affronter son opinion publique, elle ne le ferait que dans un second temps… pour montrer que la conscience collective du pays a pris elle-même la mesure de ce tragique épisode. L’Europe ne passerait pas non plus pour les anti-musulmans de base… en internationalisant le problème on s’évite tous les écueils d’un affrontement diplomatique EU-Turquie.

- Mmmh je comprends, je comprends. Vous pouvez vous rasseoir, renouer votre cravate et distendez votre marque virile d’affection que vous avez pour Mademoiselle Laura Stroobants… sauf si c’est pour l’un d’entre nous. Vous prendrez vos costumes moins taillés la prochaine fois.