Garçon, de quoi écrire

Chloé

Posted in Uncategorized by frichtre on 22 septembre 2009

Et si une idylle devait mal se finir ?

Chloé est dans son salon. Elle est découverte, en lingerie. Trois bougies sont allumées. Une seringue est sur la table basse.

Derrière les bougies, des médicaments, des pilules, ces pilules sont de toutes les couleurs. Elle est affalée sur son canapé. Elle pleure. Ses sanglots ne s’arrêtent pas. Elle nous donne l’impression de suer mais ce sont des larmes qui recouvrent son beau visage. Elle avait tué aussi bien son enfant que l’amour de Colin. Elle avait fait les deux en même temps, mais elle pensait pouvoir faire renaître au moins l’un des deux. Le dernier : la passion qui unissait ces deux êtres. Colin quant à lui, n’était pas prêt à lui confier une autre chance et préférait consacrer son temps à Laura.
Alors sur son canapé, elle ferme ses yeux. Sur son canapé, gris, les jambes écartées, elle se caresse tendrement. Sur son canapé, elle a l’autre main sur son ventre. Elle crie comme si la douleur de son avortement était rétroactive. Aujourd’hui elle a mal et ce n’est pas que pour elle qu’elle souffre. C’est pour son enfant, mort, pour son avenir proie à la destruction sans Colin.
Elle est toujours sur son canapé, seules les trois bougies éclaircissent la pièce, les volets sont fermés, et si Chloé ne gémissait pas autant, le silence régnerait en maître.
La cire des bougies se dépose lentement sur la table basse en verre.

À côté de Chloé, sous les coussins, des correspondances, des photos, de multiples objets appartenant à leur couple. Les enveloppes ne contenaient plus leur lettre, et celles-ci sont éparpillées sur le sol. Certaines lettres sont déchirées, d’autres froissées et enfin quelques-unes s’étalent sans l’ombre d’une pliure. Les photographies sont parfaitement intactes. Mais sur le canapé, elles font soit face au canapé, soit face au plafond. On remarque alors que sur chacune de celles dont on peut apercevoir l’image, elles représentent Chloé et Colin. Sur les autres, au dos blanc, on imagine qu’il s’agit d’eux aussi. Des inscriptions y sont portées. Elles sont numérotées. Il s’agit d’une lettre.

Elle regroupe les photographies. Elle commence par prendre difficilement celles qui exposent leur histoire. Chloé ne cesse pas de pleurer, malheureusement, ses larmes se versent sur certaines inscriptions s’estompant, se diluant subtilement, mais pas totalement.
Chloé les classe selon la numérotation établie. Banalement, elle suit la chronologie de leur vie de couple. Une fois toutes les photos regroupées, elle les pose sur sa table basse, près de la seringue. Elle attrape d’ailleurs cette dernière, s’enfonce dans son canapé, admire cet outil médical, la prend à deux mains, pose l’aiguille sur son ventre. Elle lui file un parcours mimant la découpe de son ventre, comme si une seconde fois, d’un barbarisme, on lui retirait ses organes, son cœur aussi est absent depuis qu’elle a perdu son bébé. Son enfant n’est plus là, alors on ne peut que voler ce qui n’a plus d’importance pour elle.

Elle appuie suffisamment la pointe de l’aiguille pour saigner. Une fois le tour de son ventre accomplit, elle la jette furieusement au fond de la pièce. La seringue se brise sur le mur et tombe sur le parquet du séjour.

Les mains sur son visage, Chloé n’a pas fini de pleurer, elle en est peut-être qu’au début. C’est au tour des autres photographies d’être révélées. Il y en a moins, beaucoup moins, une dizaine. Mais elle n’a malheureusement pas eu assez de place pour écrire tout ce qu’elle souhaitait.
Alors la main tremblotante, hésitante, elle s’empare de ces photographies. Elle les regarde une dernière fois, chose qu’elle n’a pas faite avec la première série. Elle continue de les regarder et pleure de plus belle.
Elle voudrait crier. Elle reprend sa respiration, pose sa main contre son ventre, étale son sang et tente de pousser un ultime hurlement. Mais elle n’y arrive plus.
Alors elle fait face aux illustrations.

Chloé s’effondre. Elle peine à respirer, elle peine à reprendre vie.  Ses délires la perdent.
–    Tu m’as volé à lui, et aujourd’hui tu me l’as volé.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Si tu savais à quel point je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je…
Je…
Je te… hais.

Chloé ne récupère pas son souffle. Elle a mal au cœur, et cette fois c’est physique. Son cœur le relance, mais il est absent. Alors ça lui fait encore plus mal. Sa main remonte de son ventre à sa poitrine qu’elle presse violement traçant une ligne rouge, une ligne de sang, jusqu’à l’emplacement de ses absences. Elle se met encore plus à larmoyer. Ses lèvres tremblent, son corps tremble, ses jambes s’agitent sans pourvoir les retenir.
Elle pose alors ses photos, ses photos qui la tuent. On peut alors s’étonner d’avoir l’aperçu des images, qu’elle peine à faire face et qu’elle avait retourné sur le canapé pour ne pas avoir à souffrir davantage.

Sur ces clichés, Chloé est présente. Souriante, mais le regard ailleurs. Elle ne regarde jamais l’objectif d’un appareil. À côté d’elle, une femme. À côté d’elle, son ex. Celle avec laquelle elle souhaitait mettre un terme à ses interrogations. Elle a réussi à le faire. Mais si elle est restée autant de temps avec elle, c’est parce qu’elle se sentait bien. Elle était intelligente, douce, à son écoute, et que si ce n’était pas déplaisant de coucher avec une femme, il n’en restait pas moins que cela n’égalerait jamais ses instants partagés avec Colin.
Cette femme, Colin la connaît. Cette femme, c’est Laura et on la découvre sur ces photos, qui a notre tour, nous prennent au cœur. Notre respiration s’affole, et suit le rythme de Chloé. Un tourbillon, ce tourbillon amoureux dont Colin parlait dans son cahier rouge. L’image tourne et enivre les personnes de ces photographies qui par procuration s’aiment et maintenant se détestent. En tout cas, Chloé ne supporte plus cette vie. Celle de voir Laura près de Colin. Elle ne supporte pas de voir Colin innocent. Il refuse toute discussion. Il ne sait pas qui est Laura, lui qui déteste, voire hait, tant cette femme qu’il aime par dessus tout.

Les photographies, évidemment séparées en deux catégories, mais à destination de la même personne, Colin, sont posées sur la table basse. D’ailleurs, avare de mouvements, Chloé attrape en même temps les pilules qu’elle s’est destinée cette nuit. 4 flacons. Chacun de ces flacons contient des pilules avec une couleur propre. Alors, presque à l’image d’une hystérie, mais le stress commandant plus le comportement de Chloé, elle verse le contenu de ses flacons sur le canapé, mélangeant les pilules. Elle trouve que ça fait joli. Elle bascule finement la tête sur le côté, en direction de la table basse, et sourit. Elle passe le bout de ses doigts parmi ces petits éléments ayant l’air absolument inoffensifs. Elle les rassemble ensuite pour faire un tas. Elle s’amuse, hoche la tête rapidement avec une amplitude limitée. Elle aplanit la surface car la formation d’une pyramide de pilules la gêne.

Inexorablement, elle finit par faire de petits tas. 4 petits tas. Autant de flacons. Autant de couleurs.

Elle prend le premier tas dans sa main. Ouvre sa paume et se la présente. Les pilules à l’intérieure de celle-ci, elle récolte pilule par pilule grâce à son autre main, libre, et les jette. Elle balance ses pilules derrière elle, à ses pieds, au fond de la pièce, dans la cheminée, dans le couloir, encore une fois derrière elle. Elle les balance jusqu’à ne plus en avoir.
Chloé reste immobile. Elle observe le reste des pilules et s’interroge. Elle se lève, part dans la cuisine et se sert un verre d’eau qu’elle ramène avec elle sans s’en abreuvoir. Elle s’affale sur le canapé et détruit ses tas qu’elle recompose immédiatement.

Chloé ne pleure plus. Elle tremble.
Elle pose son verre sur la table basse. Elle se lève de nouveau, se rend dans sa chambre et prend son téléphone.
Elle regagne son canapé. Elle numérote le 123. Tombe sur son répondeur.

« Vous n’avez pas de nouveau message
Menu principal
Pour écouter vos messages archivés : tapez 1.
Pour modifier votre message d’accueil. Tapez 2.
»

Chloé tape 2 et modifie son message d’accueil.
« Au revoir. Nous ne nous reverrons plus. Je vous aime. Je t’aime. »

Une fois son message changé, elle écrit un sms qu’elle envoie à Agathe.

«Passe à l’appart. C’est urgent. Mais n’oublie jamais que je t’aime. Chloé. Milliard de baisers. »

Elle éteint son portable, et comme les premières pilules, le jette derrière elle. Elle se penche pour empoigner son verre d’eau. Elle prend une première poignée de pilules et se motive de s’y prendre rapidement.
Elle l’avale. Quelques gorgées d’eau plus tard, une seconde poignée, puis une troisième, ensuite un peu d’eau pour ne pas avoir à recracher ce qui doit la tuer.

Chloé jette son verre sur son mur.

Il se brise.

Elle est brisée.

Elle est morte.

Son enfant, son compagnon, sa maîtresse, Agathe, ses relations aussi…

Mais en tout honnêteté, c’est partie qu’elle se protège le mieux.

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