Garçon, de quoi écrire

Hystérie des sexes

Posted in Inutile by frichtre on 30 septembre 2009

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Séquence 1

Plongé dans le noir, un projecteur s’allume et éclaire un homme sur le côté droit d’une scène. Il se dirige doucement, délicatement, presque sur la pointe des pieds, vers le centre de la scène.

L’homme (Voix Off)

Quand je me déplace

Je me débats

Je me présente à d’autres gens

D’autres personnes

Des inconnus

Des amis parfois

Mais il n’y a personne

Je ne vois rien

Un groupe désuni, désorienté

Ils ont confisqué mes intérêts

Je ne rentre plus dans le rang.

Il tourne en rond comme s’il ne reconnaissait pas l’endroit où il se trouve. Il est perdu et affolé.

L’homme (Voix Off)

Mais où suis-je ?

Dites- moi que je me retrouverais

Mais où suis-je ?

J’ai mal

Je dois me lever, m’élever

Mais où suis-je ?

J’assure mes relations

Je préfère me confondre avec leur silence

C’est plus parlant.

Il s’allonge alors et s’endort. Le projecteur s’éteint.

Séquence 2

À gauche de la scène, un second projecteur illumine une femme recroquevillée tenant ses genoux sur sa poitrine. Elle ouvre les yeux. Elle allonge son corps, prend de l’ampleur tout en restant sur le côté.

La femme (Voix Off)

Je dois me lever, m’élever.

Trop basse

Je récolte trop de poussières

C’est pourtant de son attention

Dont j’ai besoin

Changer d’amourettes

Troquer ces éternuements

Contre des sentiments.

Elle se lève ensuite et se dirige vers l’homme.

La femme (Voix Off)

Où est-il ?

Je ne le vois pas.

D’habitude, il dort près de moi

Ce matin

Il a cette capacité à être absent

C’est presque un don

Il est toujours absent.

Le premier projecteur se rallume sur cet homme profondément endormi.

La femme (Voix Off)

Je le vois

Il dort

Il somnole ?

Non il dort.

Mais pourquoi ?

Elle s’accroupit. Il ne se réveille pas. Elle le bouscule légèrement. Il ne se réveille toujours pas.

La femme (Voix Off)

Ce n’est plus l’heure de rêver.

Il doit être avec moi, pour moi, en moi à cette heure.

Il aurait dû me réveiller

Me caresser

Il aurait dû me prendre

Me caresser, m’embrasser, me pénétrer à cette heure.

Il sait que j’aime ça.

Mais il ne se réveille pas.

Le projecteur le pointant s’éteint. Elle se lève tremblotante. Elle retourne à sa place d’origine.

La femme (Voix Off)

Il y a pourtant plus confortable que ce sol.

Ma persévérance fait défaut.

Je devrais retourner dormir.

Le second projecteur s’éteint une nouvelle fois.

Séquence 3

Le projecteur éclaire là où nous avons trouvé en premier lieu l’homme. On y voit cette femme criée.

La femme (Voix Off)

Non

Ce n’est pas possible

Pas gérable

Pas croyable

Inadmissible

Elle crie férocement.

La femme (Voix Off)

Pour qui se prend-t-il ?

Mais ce n’est pas vrai !

C’est hallucinant

Lancinant

Intolérable !

Elle gesticule de façon désordonnée. Ses mouvements sont amples et brutaux.

La femme (Voix Off)

Mais qui suis-je ?

Moi et elle en même temps.

Celle-ci puis celle-là.

Un vent, un tourbillon

Une enclume, une plume

Je m’emporte

Mais comment ne pas s’emporter

Quand on est inexistant ?

Elle se roule par terre et se lève immédiatement.

La femme (Voix Off)

Je n’y crois pas

Je le déteste

Qu’il me fasse l’amour

Qu’il m’aime

Qu’il m’emporte

Je le déteste.

Quel homme

Je le déteste.

C’est délirant

Histoire de s’engueuler

À croire qu’il le fait exprès.

Elle occupe toute la scène. Elle fait des bonds, sautille. Elle continue de parcourir la scène en sautillant, en écrasant le sol, en sautant à pieds joints.

La femme (Voix Off)

Je ne veux plus qu’il me touche

Il me brise

Je me caresse

Ne peux m’embrasser seule

Mais ce n’est pas important.

Elle se fatigue.

La femme (Voix Off)

Alors mon corps se fait pénétrer

Se fait consumer

Par l’impatience

Par l’ironie

Par un rêve achevé

Elle s’allonge alors sur le bord de la scène. Sa jambe et son bras pendent dans le vide.

La femme (Voix Off)

D’un couple

De notre couple

De mon couple

Brouillé

Détruit

Désatomisé

Inexistant.

C’est alors que nous replongeons dans le noir total.

Séquence 4

La femme continue de crier. On ne voit plus rien. Nous sommes plongés dans un noir éperdument sombre. Elle s’amuse à postillonner violemment.

Séquence 5

Le projecteur se rallume sur l’homme. Il dort toujours. Il est immobile.

L’homme (Voix Off)

Je m’enfonce dans mon insouciance

Je ne partage pas mes rêves

Je les vis à peine

Je pends mes ambitions

Je fusille mes bienveillances.

Le projecteur s’éteint.

Séquence 6

On rallume le spot sur notre femme. Elle est allongée à la place de l’homme.

La femme (Voix Off)

Encore une fois

Ça s’enchaîne

Cette fois-ci

Il est parti

Un second projecteur l’éclaire.

La femme (Voix Off)

Mais il a bien fait de fuir

Je l’aurais chassé

Elle se tient comme son compagnon mais très vite elle s’installe sur le dos.

La femme (Voix Off)

Mais je l’aimais moi

Je me sentais aimer

Je faisais l’effort de croire en lui

Ses membres sont écartés et étendus. En silence, elle se désarticule. Elle bouge incongrûment.

La femme (Voix Off)

Aie

Cette douleur

Qui tape ?

Mais qui me tape ?

Aie

C’est insupportable

Qu’il s’en aille

Je le retrouverais

J’en trouverais bien un autre

Elle s’étire, se tire, dans tous les sens.

La femme (Voix Off)

Une cigarette qui fume

Blanche

Rougeâtre

Teintée de gris

Grande

Fine

Ridicule.

Ridiculement écrasée

Elle fume toujours

Aie

Puis elle se lève et se retire du plateau. Sa voix s’apaise.

La femme (Voix Off)

L’exile est mon seul recours

Avant d’être jetée aux ordures.

Tout s’éteint.

Séquence 7

Notre homme est allongé sur le dos. Un projecteur éclaire uniquement son visage. Subitement, il ouvre ses yeux et se met à crier comme pour se sortir d’un écœurant cauchemar.

4 Réponses

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  1. Izzie said, on 30 septembre 2009 at 5:23

    Ce que j’aime vraiment, mais vraiment beaucoup sur ce blog, c’est à la fois cette diversité de style et d’histoires, avec toujours un esprit novateur et une exigence de qualité.

    • frichtre said, on 30 septembre 2009 at 6:00

      Demain je passe aux recettes de cuisine et aux leçons de maquillage.

      • Izzie said, on 1 octobre 2009 at 9:11

        Et moi je fais la bricol’girl.

        • frichtre said, on 1 octobre 2009 at 11:13

          Alors pour un prochain billet, tu t’habilles en bricol’girl j’apporte l’appareil photo et on publie une notice sur : comment construire un blog digne de ce nom !


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