Garçon, de quoi écrire

les vacarmes haletants

Posted in In a sentimental mood by frichtre on 13 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #7 de Madame Kevin

« pour résumer :

tu te maries avec l’homme qui t’indiffère et tu baises celui que tu aimes. tu te prives de la présence de celui que tu aimes pour la partager avec celui qui te laisse indifférente. tu contruis ta vie avec l’homme inconnu pour laisser sombrer l’être dont aucun secret ne t’échappe. tu planifies tes journées/week-end/vacances/sorties avec une absence tandis que tu te prives de celui qui t’exalte. tu te vois finir avec une personnalité plate alors tu refuses de commencer avec les reliefs de la mienne, de personnalité. tu ne partages pas tes souvenirs/passions/rêveries avec le phallus qui t’a fait jouir, les récits qui t’ont bercés et les blagues qui t’ont fait rire. Dans ton appartement, tu contemples les livres qu’il ne lira jamais, les films qu’il déteste, la musique qui l’insupporte. dans ton agenda, tu notes tes rendez-vous avec lui de mes initiales. Ton porte clé est toujours celui que je t’ai offert, ton pyjama est toujours celui que tu portais lors de nos nuits universitaires, ton stylo fétiche est celui que nous avons volé ensemble lors de notre stage à la préfectorale.

Je me rappelle.

Tu prenais mon téléphone et interchangeait les noms et numéros. Quand ma mère m’appelait ton prénom apparaissait. « Alors grosse pute, c’est à cette heure que tu m’appelles ? » « Juliiiiiiiiiiiiiiieeeeeeeeeeennnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn ! » « Oh maman ??? je te prie de m’excuser, c’est Laura. Elle m’a fait un sale coup » « Et tu lui parles comme ça à Laura ? »

Je me rappelle.

tu te maries avec un homme avec lequel tu ne passes pas ta nuit de noce. tu n’as pas non plus ouvert ton bal de mariage avec lui. il déteste danser. nous nous sommes élancés dans une valse, romantique et pathétique. à votre appart’, la porte des toilettes, j’imagine qu’elle est toujours fermée. J’imagine que tu l’envoies sans ménagement faire les courses. j’imagine que tu n’aimes que l’on te voit avec. j’imagine que tu essaies soit de dormir le plus tôt possible ou le plus tard possible, faisant semblant de dormir dans le premier cas ou lui comateux dans le second. j’imagine que ta collègue que tu ne vois qu’au travail en sait plus sur ta vie que lui, cet homme avec lequel tu t’es liée… tu t’es liée d’amour, de raison, pour le meilleur du pire et le pire du meilleur, jusqu’à ce que la mort la plus précoce vienne le faucher. tu t’es liée à un homme qui pourtant t’aime, éprouve des sentiments pour toi, doit souffrir pour toi, voudrait tout recommencer pour que tu l’aimes, lui, comme il t’aime. Mais il te dira : « tu ne m’aimeras jamais comme je t’aime ». tu lui siffleras  » tu as raison mon chéri, je ne t’aimerais jamais comme je l’aime. d’ailleurs, je ne t’aime pas. tu m’es tout juste indifférent. tu as juste une utilité sociale supérieure, voila mes sentiments à ton égard. tu auras de moi à peine un enfant, et encore, il ne sera certainement pas de toi ». tu t’es liée à un homme brave, courageux, intelligent, riche, beau selon la lumière, disponible et affectueux. tu t’es liée à un homme qui ne me ressemble pas pourtant tu as fait avec lui la seule chose que l’on ne vivra jamais. tu ne partages rien avec cet homme. je ne partage rien de commun avec cet homme. tout nous sépare, il t’a, pas moi. il est blond. je suis brun. c’est un bucheur. j’ai toujours été partisan du moindre effort. il aime tout le monde. tout le monde m’aime. pourtant, cet homme a quelque chose que je n’aurais jamais. non. pas toi. toi, je t’ai déjà eu, bien plus qu’il ne t’aura jamais. voila, c’est ça, lui, il t’a à jamais !

ta mère est une pute, ton père est un proxénète, tes grands-parents sont des marchants de petites filles.

c’est idiot en plus.

vous êtes des roturiers !

tu t’es liée à un homme qui ne te comprendra jamais. tu t’es liée à un homme dont le seul mérite est… non, je me refuse de m’abaisser si bas. tu sais que 3 enfants sur 5, étude scientifique à  l’appui, ne sont pas du père officiel alors que celui-ci en a la certitude. et bien toi, étude divine à l’appui, tu ne lui appartiens pas ! et je vais te le prouver. »

julien somme Laura de quitter la table. ils abandonnent leur plat, leur vin et leur pain. empruntant les cuisines, ils échappent à la surveillance d’un orchestre de cuisiniers concentrés sur les denrées qui seront englouties par les clients en salle. les instruments de ces musiciens entonnent une musique de mort. tout s’accélère. les acteurs de cet amour manqué courrent dans le jardin du restaurant sans chercher leur chemin. ils sautent les haies. les galops des chevaux de l’hippodrôme reprennent en coeur les chants des cuisiniers. une symphonie fantastique. subitement, julien pousse laura avec une force qu’il ne maîtrise pas. la mariée frappe le sol qui étouffe l’attentat. Le diplomate se jette sur elle, serrant son cou de plus en plus fort. Laura ne se débat pas. Elle se laisse convaincre de sa fin. elle qui a toujours décidée pour deux laisserait cette conclusion à son véritable second coeur.  les regards échangés sont profonds, directs, sans haine. les doigts se resserrent, les genoux compriment le thorax de la fille au tailleur, quand sans remord Julien relâche de la pression. dès lors, le sang circule plus facilement, le teint violacé de Laura s’estompe et Julien demande :

– Convaincs moi de te laisser à lui.

26 Réponses

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  1. Izzie said, on 13 octobre 2009 at 7:44

    Qu’est ce que c’est beau.

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 10:17

      je suis content que ce texte te plaise.🙂

  2. Madame Kévin said, on 13 octobre 2009 at 10:20

    Ce texte est tout simplement magnifique. « L’instinct » littéraire a bien parlé.

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 11:23

      petite échappée de mes tâches quotidiennes pour te dire qu’hier c’était surement la pleine lune.😉

  3. Izzie said, on 13 octobre 2009 at 11:46

    Nos deux amoureux vont peut-être finalement finir par rattraper le coche? J’aime beaucoup cette complicité et le fait que tu aimes vos personnages. Je m’y suis attachée aussi du coup!🙂

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 9:17

      rends les moi ! rends les moi !

  4. Thé Citron said, on 13 octobre 2009 at 5:27

    Comme Izzie, je me suis attachée aux personnages même si, comme je le disais à Mme Kévin, Laura m’agace quelques fois!

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 9:19

      il faudra malheureusement bientôt vous habituer à leur absence. Toute bonne chose à une fin.

  5. Carole said, on 13 octobre 2009 at 8:38

    Très beau… j’aime bien la tournure que ça prend…
    et j’adore le coup du téléphone!

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 9:20

      c’est très pervers le coup du téléphone. Ce qui est marrant c’est que l’histoire, tout à fait sexuelle, s’oriente vers davantage de sentiments.

  6. madamezazaofmars said, on 13 octobre 2009 at 8:38

    Je passe, je repasse, je lis, je relis, je ne trouve rien a dre, j’ aime ton texte voila tout et j’ attends la suite …

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 9:20

      ne t’arrête surtout pas ! et ce, pour mon plus grand plaisir.

  7. Madame Kévin said, on 13 octobre 2009 at 8:50

    @ Carole : moi j’aime tous les petits détails qui font vrai…

    • frichtre said, on 13 octobre 2009 at 9:22

      qui font vrai…ment l’ambiance de leur relation (amoureuse?)

  8. Izzie said, on 13 octobre 2009 at 11:03

    Non, je ne suis pas ton second troll et je ne squatte pas. Mais je ne me lasse pas de ce texte. Je vais finir par le connaître par cœur🙂 Il a un équilibre parfait. Tu touches des choses essentielles.
    Et non, ce n’est pas de la flatterie non plus!
    J’essaie de ne pas revenir ou au moins de me taire!🙂

    • frichtre said, on 14 octobre 2009 at 10:21

      oouuh trop de bons commentaires tue l’auteur ! et je t’enjoins de revenir !!

      • Izzie said, on 14 octobre 2009 at 12:12

        Bon, j’aime pas la photo! Ces masques sont trop flippants! Tu es ressuscité?🙂

  9. Pauline said, on 13 octobre 2009 at 11:59

    Tous les deux vous savez nous envoyer dans un coin de la table de billard, puis l’autre… On ne sait vraiment pas quelle va être la prochaine surprise quand on débute l’un de vos textes.

    Merci de mettre un peu de vous dans chacun de ces écrits et de construire ainsi des portraits en fond, loin des clichés qu’on déteste tous. J’ai été surprise par ce texte très haletant aux règles typographiques peu académiques; c’est rare que cela ne m’énerve pas…

    Cet échange devient de plus en plus intéressant, faites que cela ne s’arrête pas tout de suite.

    S’il vous plaît.

    • frichtre said, on 14 octobre 2009 at 10:22

      je n’aime pas les majuscules ! c’est trop prétentieux !

  10. kabotine said, on 14 octobre 2009 at 9:40

    Sublime texte !
    je suis complétement embarquée dans l’histoire ! Je cours chez m’dame kévin !

    • frichtre said, on 14 octobre 2009 at 10:23

      je suis content que les derniers opus de la série de Madame Kevin et du mien vous plaisent tant. content de vous voir sur mon blog.

  11. bullesdinfos said, on 14 octobre 2009 at 12:24

    Et bien je suis scotchée par ce texte. bravo !

    • frichtre said, on 14 octobre 2009 at 5:06

      vite, de l’eau chaude !! (merci)

  12. Ôde said, on 14 octobre 2009 at 2:03

    Ohlala !!! On voudrait que ça ne se termine ps trop vite… Encore un peu… C’est vraiment bien écrit !!! Je ne me contente pas de lire, je vois le texte et c’est ça qui est génial !!! Encore, encore, encore !!!

    • frichtre said, on 14 octobre 2009 at 5:07

      On pourrait en faire un film ou une pièce de théâtre !?


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