Garçon, de quoi écrire

Et si c’était elle ?

Posted in In a sentimental mood by frichtre on 23 février 2010
© Louise Imagine

© Louise Imagine

Ce que j’aime, ce sont les rencontres. Fortuites, planifiées, dévorantes, moins celles sans intérêt.

Ce que j’aime, c’est observer, ne pas me presser.

Ce que j’aime c’est l’ambiance survoltée d’une soirée tandis qu’un calme absolue règne en moi. Je reste lucide, prêt à saisir les occasions que je ne provoquerai pas.

Et si l’orgueil masculin tend à vouloir faire croire que l’on est le seul maître du monde, il n’en reste pas moins qu’il y a d’autres capitaines dans les parages. Chacun a sa technique, sa méthode, ses plans et ses ambitions. On est toujours plus fort que les autres.

Samedi 20 février 2010. 20h00.

Tout commence à 20h pétante, rue Princesse, au Coffee Parisien. Jérémie occupe le terrain. Deux Bagel Pastrami Deluxe, une assiette de Coleslaw que l’on partage à deux. Coca, eaux et Milkshake pour faire passer le tout. Ça défile. On échange, on planifie et on se vante. On tire des plans sur la comète et l’espace d’un dîner, comme à chaque fois que l’on se voit, les anecdotes fusent pour mettre à jour nos histoires de cul respectives. Lui maqué, c’est tout de suite moins drôle.

Samedi 20 février 2010. 21h30.

Nous filons Chez Georges après un détour métro Mabillon récupérer un vieux pote de la vieille, Cédric. Dans ce haut lieu de la nuit parisienne, arriver tôt n’est pas un luxe dont il faut se priver tant il est difficile de se faufiler dans sa cave légendaire.

Chez Georges, c’est Chez Georges. Un verre de vin à moins de trois euros, élu meilleur bar du monde par The Guardian en 2006, sans compter son serveur, Jimmy, seul et unique homme sur terre pouvant se faufiler entre les hordes de jeunes en chaleur.

Samedi 20 février. 23h59.

Une première bouteille de vin est liquidée, à trois verres seulement. Positionnés à côté de la plus belle place stratégique de l’endroit, la piste de danse, carrefour entre le bar, le vestibule et les tables, les regards se croisent, se nouent, s’évitent. Tout le monde se calcule. Tout le monde planifie son futur coup. Tout le monde danse avec tout le monde. Si les Anglais persistent à dire que le Parisien est trop snob et trop bourgeois, qu’ils viennent. Je ne vous raconte pas ce qu’ils boufferont ici.

Dimanche 21 février. 1h45.

J’ai expliqué à Cédric et Jérémie comment se déroulaient les phases d’approche. Il y a deux règles. La première est de ne pas se précipiter. La seconde est de prendre son temps. Il faut bien ça pour réaliser les deux autres fondamentaux. Le premier est de laisser notre sang se diluer avec l’alcool. Le second est de trouver les yeux qui nous mitraillent le plus.

Dimanche 21 février. 1h52.

Quelques heures auparavant, de jeunes filles nous arrachaient quelques centimètres carré de table. Elles y déposèrent verres, bouteille de blanc et mauvaise humeur. Peu à peu, la frigide, l’excitée, la timide et l’écolière se fondirent dans le paysage, accueillirent les garçons dans leurs balconnets sans oublier de se plaindre de ceux qui ne leur plaisaient pas.

Au milieu de la cave, nous dansions sur de la musique klezmer, du Brel, du Patachou, mais aussi sur du Rolling Stones ou du Madonna. Tous les styles sont dans la nature.

Au milieu de la cave, une poupée vient jouer sa gogo. Elle se déhanche. De haut en bas. Elle se trémousse. Elle porte des chaussettes mi-bas. Elle ressemble à une écolière japonaise. Elle s’infiltre. Elle se cherche. Elle le cherche. Elle se rend aux chevilles de Jérémie. Il est imperturbable. Il ne bouge pas. Il a les mains dans les poches. Il a ce sourire narquois au bout des lèvres. Elle se rapproche de lui. Elle se colle. Elle se lève.

Il la choppe.

Dimanche 21 février. 2h00.

Des signaux nous indiquent qu’il faut partir. Nous sommes déjà dehors.

Dimanche 21 février. 2h05.

A peine sommes-nous sortis de l’antre du bonheur qu’une jeune fille se perd face à nous. La tête baissée, je la sors de sa torpeur en lui adressant quelques mots. Réceptive, nous échangeons rapidement des idioties. Pompette, elle lance une invitation à chasser encore un peu d’ivresse. Séduit, je la vole à tout ceux qui voudraient se mettre en travers de mon chemin. Salué, Cédric comprend les motivations de ma nouvelle aventure. Largué, Jérémie me court après, une fois son écolière abandonnée. Compréhensif, il ne me retient pas.

Dimanche 21 février. 2h21.

Malheureusement, ou heureusement, je ne sais pas, prendre un verre à Paris à plus de 2h du mat’, même un samedi, n’est pas chose aisée. D’autant que les principaux endroits ne sont pas les plus agréables de la capitale. Proposition est faite de se rendre au bar de mon hôtel. Rue Saint Benoît, à 500 mètres de chez Georges, elle accepte sans broncher. Nos échanges sont faits de petites phrases, de brefs regards, de beaux sourires et de peu d’assurance. L’idée n’est pas de baiser. D’abord parce qu’elle est complètement joyeuse. Pas ivre, pas torchée, pas saoule, pas défoncée, pas vomissante. Mais ce n’est pas son état normal. Elle est fragile, désorientée, affaiblie, perdue mais prête à rire. D’ailleurs c’est ce qu’elle demande.

–       On va rigoler hein ?! me dit-elle.

–       Bien sur.

–       Alors ça c’est chouette ! Tu es trop gentil toi.

Ces centaines de mètre se transforment pour elle en kilomètres. Ça nous laisse le temps de faire connaissance. C’est en me tenant par le bras que je sens cette fille honnête et délicieuse.

–       On va regarder un film ? un film comique hein ?!

–       Que veux-tu regarder ? lui dis-je.

–       J’aimerai bien regarder la Grande Vadrouille. Et puis on boirait du champagne.

Arrivé à l’hôtel, le bar était fermé. Chambre 319. On monte. Et tout s’accélère.

–       Mais pourquoi t’habite dans un hôtel toi ?

Dimanche 21 février. 2h48.

Claire réclame sa bouteille de champagne. Ses désirs sont des ordres. Puis elle me dit que sa copine n’est pas loin et qu’avec elle, je pourrais baiser. Je ne sais pas si c’est le jeu que je recherche, mais elle la réclame. Magalie était décrite comme belle, chaude, blonde. Au téléphone, impossible pour elle de se concentrer sur l’énoncé du problème : nous trouver.

–       L’Hôtel est rue Saint Benoît. La rue entre les Deux Magots et le Café de Flore. Je peux venir te chercher au Café de Flore.

–       Non, je ne veux pas que l’on me voit au Flore, me dit-elle.

Ma nouvelle mission est d’aller chercher cette femme sur laquelle Claire compte beaucoup. Rendez-vous est pris immédiatement devant l’Église de Saint Germain des Près. Il y a eu un premier loupé. Puis le second, c’était mes espérances qui loupaient le coche. Si vous imaginez Claire belle, fraîche, volontaire, rayonnante, jeune. Magalie est âgée, incertaine, légère, de nombreuses pages sont déjà écrites.

Sur le chemin, elle me rappelle un fait : c’est une mauvaise idée qu’elle vienne. Cependant, Magali veut savoir si son amie va bien, qu’elle n’est pas entre de mauvaises mains.

–       Je ne sais pas pourquoi je viens, me dit-elle. Je veux juste m’assurer que Claire va bien. C’était ma baby-sitter mais tu sais, même les enfants ont en marre. Tu sais, je ne sais pas pourquoi je te suis, c’est une mauvaise idée. Je viens, mais surtout, ne t’imagine pas que je participerai à votre baise. Je ne serai même pas là. Ou alors, je me mettrai dans un coin. Je me ferai toute petite et je ne regarderai pas.

Forcément, j’essaie de la décourager de venir.

Dimanche 21 février. 3h21.

Finalement, nous sommes tous les trois sur le lit. De gauche à droite, Magalie, Claire et moi. Tandis que nous regardons les jeux olympiques à la télé, Magalie sermonne Claire. Tandis que Claire se blottit contre moi, Magalie continue de plus belle. Tandis que Magalie essaie de faire culpabiliser Claire d’être dans une chambre d’hôtel avec un inconnu (elle n’a pas tord), j’assiste à cette leçon de sagesse par une femme qui pourrait être sa mère. La mienne aussi au demeurant. Tandis que Claire se rapproche de moi, Magalie la relance. Tandis que le champagne devait adoucir les mœurs, une gêne certaine s’installe. Tandis que Claire est dans mes bras, impuissante aux remontrances, j’essaierai de rassurer la moralisatrice.

J’ai compris.

Dimanche 21 février. 3h49.

Ayant pris à partie Magali, je veux lui expliquer que rien ne se passera. Je développe une profonde affection pour Claire.

–       Écoute Magalie, tu as raison. Dans le fond, c’est une situation surprenante mais je la préfère ici que dehors, risquant cette fois-ci de croiser le chemin d’un vrai pervers. Elle est fragile ce soir.

–       Oui elle est fragile, dit-elle.

–       Rien ne se passera. Il faut qu’elle se repose, qu’elle dorme.

Les clins d’œil s’enchaînent. Magali me touche, elle me prend par la main. Subitement, je sens que ses motivations éthiques ont changé. Toutefois, je décide de lui donner ma carte de visite et mon numéro de téléphone portable. Cette assurance aurait du lui faire comprendre que je ne lui veux que du bien.

Dimanche 21 février. 3h55.

Dans le grand lit de cette chambre 319, Claire est sous les draps. Recroquevillée, la tête calée avec un oreiller, elle dort. Nous faisions place à une nuit apaisée. Claire me rendait heureux. C’est un spectacle délicat qui malheureusement ne durera pas. Cette grande maîtresse d’école castratrice tente de la réveiller.

Dimanche 21 février. 3h57.

Sortie de sa torpeur, je peux appeler la réception en vu de commander un taxi. Petit à petit, les minutes filent aussi rapidement qu’elle ralentissait lorsque je contemplais Claire.

Dimanche 21 février. 3h58.

Elles se chaussent.

Elles enfilent leur manteau.

Dans les vapes, Claire me parle de téléphone, de facebook, de contact. Mais je la sais trop éloignée de moi pour qu’elle ait véritablement conscience de ma présence.

Fidèle à cette soirée, elle est câline, délicate. Elle me trouve beau, gentil. Depuis le début de notre soirée, elle m’appelle son Amour ou son Cœur.

Elle reste fidèle à cette soirée, ailleurs.

Elle m’étreint. Puis file comme si elle ne me voyait plus.

Distant, je dépose une bise furtive sur Magalie. Cependant celle-ci s’agrippe, enfonce ses joues contre les miennes, tient fermement mes mains, ne semble pas vouloir se détacher. Qu’elle prenne la porte.

Dimanche 21 février. 4h10.

Elle, c’était Claire. Comédienne. 31 ans. Originaire de Lyon. Un toit dans le 17e. En près de 2h, c’est tout ce que je sais d’elle.

Et elle ?

Saura-t-elle se rappeler de moi ?

18 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Izzie said, on 23 février 2010 at 1:08

    Oui j’espère que ce sera elle.
    C’est nerveux, c’est sorti. Il te reste maintenant à la retrouver et à nous écrire la suite d’un mec bien qui rencontre une fille fragile et émouvante.

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 1:22

      Laisse sortir, ne te bile pas Izzie ! Que Pradel revienne !

  2. Louise Imagine said, on 23 février 2010 at 1:22

    Il faut absolument la retrouver, cette Claire…

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 1:28

      désolé mais… c’est clair !

  3. Madame Kévin said, on 23 février 2010 at 1:33

    Mon intuition me dit qu’elle est « trouvable ».

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 1:39

      à vrai dire, le vrai problème est surtout qu’elle se souvienne de moi.

  4. Marie said, on 23 février 2010 at 12:22

    Et le deuxième problème est que l’état de grâce persiste…

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 1:26

      si état de grâce il y avait.

  5. Izzie said, on 23 février 2010 at 3:38

    Et dites donc arrêtez de me saper mes rêves de midinette! J’ai envie que l’état de grâce persiste, j’ai envie que tu retrouves Claire et que tu lui écrives de jolis dialogues!🙂 Je veux y croire!!!

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 10:31

      moi aussi j’ai bien envie de tout cela ! je t’appellerai Claire pour l’occasion !

  6. Marie said, on 23 février 2010 at 11:19

    Ok, ok, on va faire comme ça, alors…

    Etat de grâce il y avait, il va persister, il va même s’amplifier…

    Et puis, zut, quoi, moi aussi, j’ai envie d’y croire et que tu la retrouves, comme Izzie !

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 10:35

      d’ailleurs, j’en parle mais aucune d’entre vous ne se met à sa place. que feriez-vous ? comment réagiriez-vous ?

      • Izzie said, on 23 février 2010 at 11:50

        Si je savais que quelqu’un fait ça pour moi, étant donné que je suis un peu coeur d’artichaut, je serais plus que touchée🙂 J’ai un garçon qui m’a déjà retrouvée mais c’était beaucoup plus facile et ma copine était très sympa! Un garçon qui écrit bien, c’est déjà presque gagné🙂 Et certaines paroles font complètement craquer même quand tu sais que le fruit est défendu!

        • frichtre said, on 24 février 2010 at 12:28

          je crois que ce qui fait tout, c’est la copine ! ici, pas de chance. je demanderai à carla bruni-sarkozy de chanter chez drucker une chanson. ça aiderait😉

  7. Sofiadomar said, on 23 février 2010 at 10:23

    Tu mérites qu’Elle te REcroise , je te le Souhaites Gentleman🙂 …

    • frichtre said, on 23 février 2010 at 10:37

      C’est gentil. Samedi soir, je me demandais si finalement j’étais aussi gentleman que ça. je me disais qu’il fallait que je la glisse immédiatement dans un taxi. merci de ton commentaire ici en tout cas !

  8. koalaalaa said, on 23 février 2010 at 10:49

    Histoire captivante tu mérites de la revoir et qu’elle se souvienne de toi ! Je te souhaite Bonne chance !

    • frichtre said, on 24 février 2010 at 12:25

      j’aurais du lui écrire partout sur le corps pour qu’elle soit sure d’avoir quelques petits indices sur moi. merci en tout cas. heureux de te savoir sur mon blog.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :