Garçon, de quoi écrire

Il faut être raisonnable

Posted in In a sentimental mood by frichtre on 26 février 2010

Non pas maintenant. Il fallait que je m’en aille. J’avais vraiment autre chose à faire. J’avais promis à Chloé de l’accompagner au ciné ce soir. J’étais à la bourre et elle allait encore m’en vouloir. Elle voulait aller voir ce film, une comédie. Elle m’avait proposé ce film en me disant : « De toute façon tu n’aimeras pas. C’est un film de fille ». Ah… bah écoute… merci. Non mais c’est vrai, c’est agréable ça. Elle m’avait demandé de l’accompagner tout en sachant que ça me ferait chier. Ce n’était pas normal. C’était surtout très méchant. Je ne comprenais pas. Je ne m’en voulais vraiment pas d’être en retard.

Arrivé à Odéon. Elle était furieuse. On devait prendre un verre avant la séance. C’était loupé. On a foncé prendre nos places et on patientait avant la projection. Elle m’avait aussi annoncé qu’il s’agissait de la suite d’un autre film. C’était encore mieux… Je n’étais pas censé aimer et en plus elle saupoudrait le tout en m’annonçant que je n’y comprendrais rien. Décidemment je ne savais pas à quoi elle jouait. Je m’imaginais sur une piste de danse. Statique, elle gesticulait et bougeait en face de moi. Elle semblait dansée avec quelqu’un. Moi ? Mais je ne la voyais pas former un duo. Je me demandais même si on était véritablement ensemble. Je m’efforçais d’y croire. C’était elle qui m’avait téléphoné pour me proposer ce rendez-vous.

On était confortablement assis. Je lui ai offert sa glace. Elle se mit à la croquer, et m’avait proposé de la partager avec elle. C’était symbolique. J’appréciais. J’ai accepté même si elle avait pris une saveur dont je ne raffolais pas. J’aurais préféré la vanille. La vanille est un fruit merveilleusement délicieux. Chloé est délicieuse. Elle a alors commencé à m’interroger sur ma journée. Je lui ai raconté machinalement, comme à une simple amie, mais avec un peu plus de détails. En regardant ailleurs elle essayait d’en savoir plus sur certains moments. Elle commentait la publicité. Je comprenais alors que mon passage n’était pas intéressant. Je me suis arrêté de parler. Elle enchaînait sur la sienne en concluant rapidement que je n’aurais pas du être en retard. Encore une fois je m’excusais. Elle feignait de ne pas les avoir entendus.

Tant pis qu’elle aille se faire voir. Je me suis levé. Heureusement, il n’y avait personne à notre rangée. Je ne me suis pas retourné. Je ne savais pas ce qu’elle faisait. Je ne l’entendais pas m’apostropher. Me regardait-elle?

Tant pis qu’elle aille se faire voir. J’ai quitté la salle. Le film commençait. Je me suis arrêté un léger instant. Assez long pour verser naturellement deux ou trois larmes. Elle était tellement belle. J’aurais aimé la revoir, Chloé. C’était ce que je me disais.

Tant pis, elle n’avait qu’à regarder son film de fille toute seule. Elle pouvait se parler toute seule. Elle pouvait se remémorer ses souvenirs toute seule. Elle ne pouvait que se reprocher de ne pas être celle qui aime. Parce que moi je l’aimais.

Mais je n’aime pas comme ça. Et je n’aime pas comme elle. Encore fallait-il qu’elle m’aime.

C’était vraiment n’importe quoi. Pour qui se prenait-elle?

Je sais maintenant ce qui vient de claquer.

Je n’étais déjà plus dans le cinéma. Heureusement que j’habite le quartier. Mon téléphone s’est mis à vibrer. Je l’ai sorti de ma poche. Il indiquait « Chloé ». J’ai alors décroché. Elle ne comprenait pas ma réaction. Cruellement, je me suis mis à crier, à hurler. Durant dix très longues minutes, je lui ai vantée tous ses défauts. Durant ces dix éternelles minutes, je lui ai scandée tous ses travers. Durant ces dix interminables minutes, je lui ai… Rien. J’étais fatigué. Je l’aimais. Mais je ne voulais pas de cet amour. Pas à ce prix-là. Je me souvenais de la veille, de nos moments intimes. Ce n’était qu’une fois parmi tout ce temps passé ensemble.

J’avais éteint mon téléphone. Et mon histoire s’était finie à ses débuts. Je me suis perdu.

Mais ce matin, c’est Chloé qui s’était retirée.

Elle m’a abandonné, mais je m’en remets. Douloureusement, je veux rétablir le contact. Mes amis le sont par qualification, un choix qui, tragiquement, se retourne parfois contre moi. Alors je m’éloigne d’eux. De moi-même le plus souvent d’ailleurs. Pointé du doigt, uniquement aimé pour ce que je ne symbolise pas, je me représente une vie mal menée. Un but n’est pas une finalité et je peine à trouver les miens. Vous ne m’achèverez pas, vous y êtes pourtant proche. Il fait jour et tout s’assombrit comme si on vous enfermait. Aucun barreau ne sera assez dur pour me retenir. De toute façon ce sont les miens, je m’isole volontairement pour ne pas avoir à subir les foudres d’un jury trop populaire.

J’ai fait confiance comme j’ai aimé. Un pouce au suicide qui n’a rien d’exaltant. Je prends la peine de penser à tout cela, mais ça n’est guère intéressant. Je peine à ressentir tout cela, mais ce qui est merveilleux c’est de me rendre compte que la trahison peut bénéficier à l’accusé. Mes assises sont repoussées jusqu’à une date ultérieure. Je ne la connais pas. Est-ce finalement maintenant ? Je ne crois pas. Je ne veux pas la connaître. Je peux l’éviter alors je m’engouffre dans un solo. Je me sens léger. Libre. Aucune contrainte ne me presse. Mes mouvements ne sont plus guidés par quiconque, je gère ma vie de façon autonome, j’entreprends de nouvelles actions. Plus tranchantes, plus poignantes, elles seront décisives. J’ai aussi et surtout décidé d’effacer des ombres. Bien trop menaçantes.

Je me retrouve dans un monde paranoïaque. Un monde sans amour aussi, mais ça je n’y crois pas non plus. En tout cas, un monde suspicieux et complètement amorphe de sentiments. J’avais deux amours, ils se sont désintégrées.

À trois, je me jette parce qu’un couple à quatre, ego compris, je n’y crois plus.

8 Réponses

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  1. Madame Kévin said, on 26 février 2010 at 6:51

    La liberté se paye du prix de la solitude ?

    • frichtre said, on 26 février 2010 at 7:16

      au prix de vouloir partir quand on le souhaite.

  2. Izzie said, on 27 février 2010 at 12:45

    C’est pas la bonne, c’est tout. On peut avoir l’autonomie, la liberté et l’amour! Et tout ça avec respect. Après j’ai d’autres considérations sur l’amour mais je ne peux pas les exposer ici😉

    • Frichtre said, on 27 février 2010 at 5:41

      il ne te manque plus qu’à écrire un billet pour les exposer !

      • Izzie said, on 27 février 2010 at 6:29

        Ah ah! Je n’ai pas ce talent! Et ce n’est jamais très gai, ni très conventionnel ce que j’écris!
        Je préfère tes textes. Et de plus en plus🙂

  3. Antoine said, on 27 février 2010 at 1:30

    « amorphe de sentiments » je connais ça. J’aime beaucoup ton texte (comme d’habitude^^)
    Continue!

    • frichtre said, on 27 février 2010 at 6:20

      ça ne serait pas raisonnable😉

  4. Antoine said, on 27 février 2010 at 6:30

    Qu’est-ce qui ne serait pas raisonnable?


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