Garçon, de quoi écrire

Absence

Posted in Uncategorized by frichtre on 30 septembre 2010

Ils sont ensembles, mais pas vraiment. Ils se savent accompagner dans la vie par ce bout de cœur. Ils s’appellent. « comment vas tu ? » « je pense à toi.» « Moi aussi » « Je t’embrasse ». Ils commencent par se voir souvent. Ils se lancent dans une histoire fantastique. Ils se manquent mutuellement, surtout quand ils sont près l’un de l’autre. Les débuts sont toujours prometteurs. Au fur et à mesure que les caresses se font langoureuses, les bras s’allongent. Les yeux se ferment, ils n’ont pas besoin de les avoir béants pour aimer. Puis la vie, qui s’est faite oublier, réapparaît. La chance et ses composantes : son travail, sa famille, ses amis, sa solitude, ses soucis, encore son travail rien que le travail tout pour son travail.

Les lignes éditoriales de la revue « sentiments » proposent en sommaire « relaxation » et « communication ». C’est vrai, ils ne parlent pas assez. Cette double absence de corps et d’esprit. Ils peuvent être là physiquement, la tête ailleurs. Des pensées archivant l’image de leur moitié, loin de cette dernière. Mais sans pensées, ni regard, c’est primitif. L’évolution décadente  des sentiments rend amère l’histoire de leur couple. La progression délicate des émotions rend passionnante la tragédie de ces deux amants.

C’est le mot absence. Une expression parmi tant d’autre. Une arme poignardant Colin. Il a toujours voulu laisser Chloé s’approcher de lui. Il ne voulait pas la brusquer, pas la forcer à faire attention à lui. Pourtant, c’est bien elle qui l’a séduite aux origines de leurs mémoires. Les rôles se sont inversés bien que les sentiments étaient toujours présents. Leur histoire a duré quelques années. Il donne raison à son ami Beigbeder. Oui, c’est comme ça. Beigbeder. Il l’appelle par son nom. C’est moins intime, moins personnel. De toute façon, ils ne se connaissent pas. Un ami, c’est une personne qui nous est intime. Beigbeder n’est donc pas son ami. Alors, il peste contre lui et sa thèse, sa thèse et lui. L’amour semblerait durer trois ans. Ce chiffre, trois, meurtrier. Pourtant trois, c’est le Père, c’est le Fils, c’est le Saint Esprit. Ne sont-ils pas assez à trois pour faire en sorte que l’amour dure plus longtemps ? N’ont-ils aucun pouvoir ? Chacun d’entre eux s’occupent-ils alors d’une année ? Le Père se consacrant à créer cette amour la première, son Fils de le faire perdurer la seconde, et le Saint Esprit prétextant les raisons de sa déchéance durant la troisième ? justement parce que le Fils n’a pas fait son boulot. Celui d’offrir  assez de raison à Chloé et Colin de s’aimer sans raison. Ou est-ce qu’il y a une quatrième force dont Beigbeder ignore aussi l’existence ? Non, on en revient à ce chiffre. Trois. Trois, c’est toujours un de plus quand on vit en couple.

Pour la première fois, elle comprenait ses délires, étrangement pas ses envies. Chloé était habitée par une étrange sensation l’emportant vers une inexplicable cruauté romanesque. A composer, elle sentait une tristesse montée en elle. A croire en cette mélancolie, elle doutait davantage d’elle-même. Des frissons la cramponnaient et ne la lâchaient plus.  Il est difficile de partager un plat vide. Ainsi elle continue de se reclure chez elle.

Alors que Colin pensait toujours être avec elle, Chloé ne partageait plus rien, elle vivait cet égoïsme pathétique en pleurant une fois son amour dépecé.   Trois mois d’absence (on en revient toujours à ce chiffre, c’est inévitable) et un sms faisait vibrer le portable de Colin. Il était vingt-trois heure : « RDV à Notre Dame à Minuit. Chloé. » Colin en était satisfait, heureux. Il n’avait pas le choix, il voulait la revoir. Qu’aurait-il du faire ? Froncer les sourcils et ne pas se rendre coupable d’aimer cette femme qui le manipulait ? Non, il voulait la revoir et il s’en arrangeait. Colin proposait des rencontres, elle en disposait.

Le rythme n’était jamais le même. Il comptait parfois en jours, par en mois, souvent en semaines, rarement en heures. Colin attendait donc à chaque instant des nouvelles de Chloé.

Rien ne le retenait pourtant.

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