Garçon, de quoi écrire

Aldo-lescence

Posted in Le monde est plat by frichtre on 3 octobre 2011

Si j’aime la littérature, c’est d’abord parce que j’aime les femmes.

Alors que je n’étais qu’au collège, privé, catholique, où les jeunes garçons jouaient aux gros durs et les jeunes filles aux amoureuses, c’est dans la bibliothèque que je trouvais mon intérêt. Posé aux pieds de linéaires organisés, je songeais à la manière la plus délicate de séduire Fanny. J’étais en 6ème, peut-être en 5ème. Elle était dans le public mais nous jouions au basket-ball ensemble. C’est grâce à elle que j’ai fait connaissance avec Charles (Péguy), Paul (Valéry), André (Breton) et Louis (Aragon).

Je me demandais comment lui déclarer ma flamme, lui dire que je l’aimais ou, plus exactement, éteindre la trouille monstre qu’elle me provoquait quand je la voyais. En y réfléchissant bien, et en conservant mon caractère un peu solitaire, je me suis décidé à trouver les plus beaux poèmes des auteurs – devrais-je dire des amis – cités plus haut. Avec plaisir, méthodiquement, je les ai lus. J’ai appris à les connaître, à les reconnaître, à me familiariser avec leurs vers, parfois leurs proses, leur catholicisme aussi et je ne comprenais guère encore leurs références. Alors, du haut de mes douze ans, je réécrivais LEUR histoire. Néanmoins, j’avais l’impression que certains mots ne traduisaient pas avec fidélité mes sentiments sur le papier. Je ne comprenais pas encore leurs sens alors, je m’accordais des libertés mineures avec les textes.

Je possède encore ces ouvrages emplis de souvenirs.

« Une bonne fois éprouver comme à la nage sa folie

Aller jusqu’au bout de sa force aussi loin qu’on peut dans la mer

Comme on découvre le plaisir comme on s’y plonge et s’y oublie

Faire encore une fois l’amour quitte à mourir de le refaire 

Honte à qui trouve sa limite à qui sa limite suffit

Prudemment qui reprend sa mise et décline le défi 

Il y a pour vous jeunes gens toujours une guerre où partir »

Aragon, Les Poètes,  La nuit des jeunes gens.

Une dizaine de poèmes a été déposée dans la boîte aux lettres de ses parents, son prénom écrit lisiblement sur l’enveloppe avec une petite écriture de pré-adolescent. J’arpentais les rues de son quartier, rodais autour de sa maison pour déposer incognito, sans signature, ces énigmes littéraires. Au bout du compte, je me suis aperçu que Fanny n’était qu’une excuse pour lire, pour écrire également. Nombre de fois a-t-elle essayé de m’embrasser, au gymnase ou à la boom de Julien, cet ami que l’on avait en commun du sport. Elle s’approchait, je m’éloignais ; elle me voulait, je lui écrivais. Elle n’était qu’une excuse.

Aujourd’hui, je ne sais guère qui, de la littérature ou des femmes, est une excuse. Et pour quel motif je recherche une excuse. Mais force est de constater que la première nous permet d’aimer plus surement la seconde… Certes avec procuration mais sans complication.

2 Réponses

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  1. Marie said, on 3 octobre 2011 at 8:25

    Je trouve tes lignes d’une légèrété qui t’agrippe au début puis après quelques notes ton style s’impose et enfin nous fait voyager…

    Amicalement

    Une anonyme….

    • frichtre said, on 3 octobre 2011 at 10:37

      Marie… ironiquement, dans ce même collège, c’est Marie qui s’est amicalement refusée à moi. Content de lire ici une anonyme aussi agréable.


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