Garçon, de quoi écrire

Cher petit journal intime

Posted in Le monde est plat by frichtre on 6 octobre 2011

Titre d'un ouvrage parfait pour commenter la situation

Je fais un peu suite au précédent billet mais pour ne parler que littérature. Et encore… de petite littérature, en opposition à la grande. La grande est celle qui trône sur notre radiateur de chevet, prête à tout pour nous assommer, on la conserve soigneusement dans notre bibliothèque car, un jour peut-être, nous la lirons… que dis-je… nous la feuilletterons. La petite est celle qui aurait pu ne pas naître.

Sur ce blog, il n’y a pas de littérature car il n’y a pas de projets, ni au singulier ni au pluriel. Seulement quelques textes motivées par une idée, une envie, un état d’esprit, une lecture ou un jeu. Qu’importe. Il n’y a pas non plus de littérature car les textes naissent seulement d’une plume spontanée, sans corrections… peut-être un peu pour traquer des s qui manquent ou des fautes de frappe.

Cela faisait un an qu’une idée de roman me trottait dans la tête. Depuis l’été 2010, peut-être même un peu avant, je prenais des notes. Beaucoup de notes dans plusieurs petits cahiers noirs ou rouges, parfois au crayon de papier, parfois au bic. Je suis très organisé dans mon inorganisation, mais j’ai tout de même réussi à perdre des fiches. À cette époque, je travaillais beaucoup sur un projet personnel alors je ne me suis pas investi dans un quelconque travail d’écriture. Je ne faisais qu’y penser… histoire d’avoir une histoire. Une vraie, une qui tiendrait la route au fil des pages. Malheureusement, le projet a périclité, et heureusement, la mélancolie alimente chez moi souvent l’imagination.

Entre temps, j’ai adressé un synopsis à une connaissance, une ancienne éditrice confirmée made-in-flammarion, pour m’assurer que je partais bien dans la bonne direction. Il est toujours compliqué de s’engager dans l’écriture d’un roman si l’intérêt même de son histoire n’est pas valable. Nous pourrions avoir une discussion intéressante sur ce point là, en particulier au regard du Nouveau Roman, néanmoins je cherchais avant toute chose à RACONTER une histoire. Ainsi, cette quadra en forme m’a apporté de précieux conseils, sur le choix narratif, sur les principales motivations de lecture mais également sur les ressorts existentiels des principaux personnages. Mais nous avons convenu qu’il fallait passer à l’étape de l’écriture.

En prenant en compte ses commentaires, je devais encore travailler sur la construction même de la narration, de l’histoire. Faire des choix importants sur la vie des personnages et les décisions qu’ils prendraient. Mes premiers travaux s’agrémentaient encore de notes. Je changeais radicalement la structure de ce qui n’était encore rien. Ce rien, au bout du compte, il me plaisait. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit. Lorsque j’étais à l’université, j’avais pondu un manuscrit que le directeur littéraire de Grasset, dans une gentille note personnelle, avait qualifié « d’exercice de style ». Il lui paraissait ne pas exister alors d’intrigue ou d’un fil narratif solide. Il semblait se perdre un peu. Est-ce d’ailleurs pour cela que je tiens tant à ce que ce roman base son existence sur une véritable histoire ? En tout cas, depuis, hormis les petits textes de ce blog, je n’ai rien écrit. Je peaufinais donc mes notes essayant de reculer l’échéance, le moment fatidique pendant lequel je devrais bien m’asseoir et taper sur les touches grasses de mon clavier. Je prenais également la décision, une non-décision d’ailleurs car cela s’imposait naturellement, de changer de style. Un jour, quand j’aurais publié 50 romans à succès, on pourra peut-être dire que ce monsieur a un style, mais pour le moment non. Disons qu’il y a plutôt une tendance, et que cette tendance ne serait pas celle du roman.

Donc, un an après les premiers gribouillages, après les dernières corrections, j’ai préparé le terrain.

Ce projet ‘littéraire’ n’avait pas vocation à devenir un pavé. Cela ne se justifiait pas. Par contre, je souhaitais tout écrire en un mois, c’est-à-dire en juillet dernier. Je débuterais le premier lundi du mois et je terminerais le dernier vendredi. Objectif : un chapitre par jour quand il s’agissait de petits chapitres, pour les plus gros je pouvais me permettre d’étaler cela sur deux jours. Et bien, il n’en reste pas moins, qu’au bout du compte, cela ne fait pas moins de 8 heures d’écriture par jour ! Parfois plus quand on sent que les idées pleuvent depuis les pores de ses doigts sur les touches de l’ordinateur. C’est suant, c’est difficile, moralement, physiquement aussi. Je le disais à une amie ce midi : j’étais plus satisfait  du manuscrit avant qu’il n’existât que lorsque j’ai écrit ses derniers mots. Résultat : un énorme lumbago en août, me clouant au lit deux semaines (en fait deux fois une semaine), à cause d’une chaise de travail absolument pas faite pour ça.

Puis, relecture, corrections, relecture, corrections, relecture, corrections, etc. On ne lève pas le nez de son travail, on ne voit pas les fautes, on ne voit pas que cette phrase ne sonne pas juste, et puis ensuite on ne voit que cela. On ne voit plus que les fautes, que les contre-sens, que le manque de fluidité d’un paragraphe, voire d’un chapitre, que le mauvais choix d’un terme… Devant son travail, on est seul… on veut bien avoir des avis mais s’ils sont bons, c’est de l’amitié ; s’ils sont mauvais, c’est qu’ils (les gentils lecteurs ‘amis’) n’ont rien compris.

J’ai beaucoup lu aussi. Mais c’est pareil, on se compare puis on plonge dans un état peu recommendable car si le livre est une perfection, on se dit « à quoi bon, le mien est une grosse merde », et s’il nous parait mauvais, on déprime de savoir que le notre pourrait être encore moins bon (non, c’est pas vrai, c’est démago… on se dit surtout « pourquoi lui et pas moi ?!).

Une amie m’a aidé à dégrossir la bête de ses principales tares de français grâce à des mentions très professorales dans le genre « même mes élèves de troisième savent mieux écrire que toi ». La connaissance dont je parlais plus haut – Miss Flammarion -, elle, m’a envoyé boulé. Après m’avoir idéalement guidé dans la construction du roman en décembre dernier, six mois plus tard elle a refusé de lire le manuscrit. Peu importe, je ne lui en veux pas. Je ne suis pas d’humeur rancunière. Mais quand on se retrouve seul face à un texte, il ne nous reste qu’une seule envie : tout effacer et tout recommencer.

Maintenant, ce manuscrit de quelques 110 pages a été adressé à quelques éditeurs. Il y a deux ou trois maisons qui me plaisent vraiment, non pour leur nom mais davantage pour la personnalité de leur patron-dénicheur.

La publication n’est pas une fin en soi, au contraire, c’est un commencement.

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