Garçon, de quoi écrire

Cher petit journal intime

Posted in Le monde est plat by frichtre on 6 octobre 2011

Titre d'un ouvrage parfait pour commenter la situation

Je fais un peu suite au précédent billet mais pour ne parler que littérature. Et encore… de petite littérature, en opposition à la grande. La grande est celle qui trône sur notre radiateur de chevet, prête à tout pour nous assommer, on la conserve soigneusement dans notre bibliothèque car, un jour peut-être, nous la lirons… que dis-je… nous la feuilletterons. La petite est celle qui aurait pu ne pas naître.

Sur ce blog, il n’y a pas de littérature car il n’y a pas de projets, ni au singulier ni au pluriel. Seulement quelques textes motivées par une idée, une envie, un état d’esprit, une lecture ou un jeu. Qu’importe. Il n’y a pas non plus de littérature car les textes naissent seulement d’une plume spontanée, sans corrections… peut-être un peu pour traquer des s qui manquent ou des fautes de frappe.

Cela faisait un an qu’une idée de roman me trottait dans la tête. Depuis l’été 2010, peut-être même un peu avant, je prenais des notes. Beaucoup de notes dans plusieurs petits cahiers noirs ou rouges, parfois au crayon de papier, parfois au bic. Je suis très organisé dans mon inorganisation, mais j’ai tout de même réussi à perdre des fiches. À cette époque, je travaillais beaucoup sur un projet personnel alors je ne me suis pas investi dans un quelconque travail d’écriture. Je ne faisais qu’y penser… histoire d’avoir une histoire. Une vraie, une qui tiendrait la route au fil des pages. Malheureusement, le projet a périclité, et heureusement, la mélancolie alimente chez moi souvent l’imagination.

Entre temps, j’ai adressé un synopsis à une connaissance, une ancienne éditrice confirmée made-in-flammarion, pour m’assurer que je partais bien dans la bonne direction. Il est toujours compliqué de s’engager dans l’écriture d’un roman si l’intérêt même de son histoire n’est pas valable. Nous pourrions avoir une discussion intéressante sur ce point là, en particulier au regard du Nouveau Roman, néanmoins je cherchais avant toute chose à RACONTER une histoire. Ainsi, cette quadra en forme m’a apporté de précieux conseils, sur le choix narratif, sur les principales motivations de lecture mais également sur les ressorts existentiels des principaux personnages. Mais nous avons convenu qu’il fallait passer à l’étape de l’écriture.

En prenant en compte ses commentaires, je devais encore travailler sur la construction même de la narration, de l’histoire. Faire des choix importants sur la vie des personnages et les décisions qu’ils prendraient. Mes premiers travaux s’agrémentaient encore de notes. Je changeais radicalement la structure de ce qui n’était encore rien. Ce rien, au bout du compte, il me plaisait. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit. Lorsque j’étais à l’université, j’avais pondu un manuscrit que le directeur littéraire de Grasset, dans une gentille note personnelle, avait qualifié « d’exercice de style ». Il lui paraissait ne pas exister alors d’intrigue ou d’un fil narratif solide. Il semblait se perdre un peu. Est-ce d’ailleurs pour cela que je tiens tant à ce que ce roman base son existence sur une véritable histoire ? En tout cas, depuis, hormis les petits textes de ce blog, je n’ai rien écrit. Je peaufinais donc mes notes essayant de reculer l’échéance, le moment fatidique pendant lequel je devrais bien m’asseoir et taper sur les touches grasses de mon clavier. Je prenais également la décision, une non-décision d’ailleurs car cela s’imposait naturellement, de changer de style. Un jour, quand j’aurais publié 50 romans à succès, on pourra peut-être dire que ce monsieur a un style, mais pour le moment non. Disons qu’il y a plutôt une tendance, et que cette tendance ne serait pas celle du roman.

Donc, un an après les premiers gribouillages, après les dernières corrections, j’ai préparé le terrain.

Ce projet ‘littéraire’ n’avait pas vocation à devenir un pavé. Cela ne se justifiait pas. Par contre, je souhaitais tout écrire en un mois, c’est-à-dire en juillet dernier. Je débuterais le premier lundi du mois et je terminerais le dernier vendredi. Objectif : un chapitre par jour quand il s’agissait de petits chapitres, pour les plus gros je pouvais me permettre d’étaler cela sur deux jours. Et bien, il n’en reste pas moins, qu’au bout du compte, cela ne fait pas moins de 8 heures d’écriture par jour ! Parfois plus quand on sent que les idées pleuvent depuis les pores de ses doigts sur les touches de l’ordinateur. C’est suant, c’est difficile, moralement, physiquement aussi. Je le disais à une amie ce midi : j’étais plus satisfait  du manuscrit avant qu’il n’existât que lorsque j’ai écrit ses derniers mots. Résultat : un énorme lumbago en août, me clouant au lit deux semaines (en fait deux fois une semaine), à cause d’une chaise de travail absolument pas faite pour ça.

Puis, relecture, corrections, relecture, corrections, relecture, corrections, etc. On ne lève pas le nez de son travail, on ne voit pas les fautes, on ne voit pas que cette phrase ne sonne pas juste, et puis ensuite on ne voit que cela. On ne voit plus que les fautes, que les contre-sens, que le manque de fluidité d’un paragraphe, voire d’un chapitre, que le mauvais choix d’un terme… Devant son travail, on est seul… on veut bien avoir des avis mais s’ils sont bons, c’est de l’amitié ; s’ils sont mauvais, c’est qu’ils (les gentils lecteurs ‘amis’) n’ont rien compris.

J’ai beaucoup lu aussi. Mais c’est pareil, on se compare puis on plonge dans un état peu recommendable car si le livre est une perfection, on se dit « à quoi bon, le mien est une grosse merde », et s’il nous parait mauvais, on déprime de savoir que le notre pourrait être encore moins bon (non, c’est pas vrai, c’est démago… on se dit surtout « pourquoi lui et pas moi ?!).

Une amie m’a aidé à dégrossir la bête de ses principales tares de français grâce à des mentions très professorales dans le genre « même mes élèves de troisième savent mieux écrire que toi ». La connaissance dont je parlais plus haut – Miss Flammarion -, elle, m’a envoyé boulé. Après m’avoir idéalement guidé dans la construction du roman en décembre dernier, six mois plus tard elle a refusé de lire le manuscrit. Peu importe, je ne lui en veux pas. Je ne suis pas d’humeur rancunière. Mais quand on se retrouve seul face à un texte, il ne nous reste qu’une seule envie : tout effacer et tout recommencer.

Maintenant, ce manuscrit de quelques 110 pages a été adressé à quelques éditeurs. Il y a deux ou trois maisons qui me plaisent vraiment, non pour leur nom mais davantage pour la personnalité de leur patron-dénicheur.

La publication n’est pas une fin en soi, au contraire, c’est un commencement.

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Aldo-lescence

Posted in Le monde est plat by frichtre on 3 octobre 2011

Si j’aime la littérature, c’est d’abord parce que j’aime les femmes.

Alors que je n’étais qu’au collège, privé, catholique, où les jeunes garçons jouaient aux gros durs et les jeunes filles aux amoureuses, c’est dans la bibliothèque que je trouvais mon intérêt. Posé aux pieds de linéaires organisés, je songeais à la manière la plus délicate de séduire Fanny. J’étais en 6ème, peut-être en 5ème. Elle était dans le public mais nous jouions au basket-ball ensemble. C’est grâce à elle que j’ai fait connaissance avec Charles (Péguy), Paul (Valéry), André (Breton) et Louis (Aragon).

Je me demandais comment lui déclarer ma flamme, lui dire que je l’aimais ou, plus exactement, éteindre la trouille monstre qu’elle me provoquait quand je la voyais. En y réfléchissant bien, et en conservant mon caractère un peu solitaire, je me suis décidé à trouver les plus beaux poèmes des auteurs – devrais-je dire des amis – cités plus haut. Avec plaisir, méthodiquement, je les ai lus. J’ai appris à les connaître, à les reconnaître, à me familiariser avec leurs vers, parfois leurs proses, leur catholicisme aussi et je ne comprenais guère encore leurs références. Alors, du haut de mes douze ans, je réécrivais LEUR histoire. Néanmoins, j’avais l’impression que certains mots ne traduisaient pas avec fidélité mes sentiments sur le papier. Je ne comprenais pas encore leurs sens alors, je m’accordais des libertés mineures avec les textes.

Je possède encore ces ouvrages emplis de souvenirs.

« Une bonne fois éprouver comme à la nage sa folie

Aller jusqu’au bout de sa force aussi loin qu’on peut dans la mer

Comme on découvre le plaisir comme on s’y plonge et s’y oublie

Faire encore une fois l’amour quitte à mourir de le refaire 

Honte à qui trouve sa limite à qui sa limite suffit

Prudemment qui reprend sa mise et décline le défi 

Il y a pour vous jeunes gens toujours une guerre où partir »

Aragon, Les Poètes,  La nuit des jeunes gens.

Une dizaine de poèmes a été déposée dans la boîte aux lettres de ses parents, son prénom écrit lisiblement sur l’enveloppe avec une petite écriture de pré-adolescent. J’arpentais les rues de son quartier, rodais autour de sa maison pour déposer incognito, sans signature, ces énigmes littéraires. Au bout du compte, je me suis aperçu que Fanny n’était qu’une excuse pour lire, pour écrire également. Nombre de fois a-t-elle essayé de m’embrasser, au gymnase ou à la boom de Julien, cet ami que l’on avait en commun du sport. Elle s’approchait, je m’éloignais ; elle me voulait, je lui écrivais. Elle n’était qu’une excuse.

Aujourd’hui, je ne sais guère qui, de la littérature ou des femmes, est une excuse. Et pour quel motif je recherche une excuse. Mais force est de constater que la première nous permet d’aimer plus surement la seconde… Certes avec procuration mais sans complication.

Enfance

Posted in Le monde est plat by frichtre on 11 juin 2010

Notre vie est une succession de volontés, d’envies, de rêves qui s’entrechoquent laissant place à l’un ce que l’autre n’a plus de palpitant. Alors tout devient changeant, et l’expérience que l’on se fait de notre vie perd de son sens comme il peut en acquérir. C’est comme un disque qui se finit. Mettez du Carla Bruni et elle vous dira que c’est inexplicable voire inacceptable. Mais on souhaite tellement que notre vie explose qu’on ne se soucie plus de son avenir. On s’excite à vivre au jour le jour, à exhiber ce que l’on ne fera sans doute jamais demain. Tout s’exagère quand finalement on veut tout. Quand finalement nous voulons tout faire. Notre vie prend ce tournant. Celui qui nous dirige vers cette malice où se mêlent et s’emmêlent l’aube et le crépuscule. Où l’on s’imagine vivre en même temps des instants si différents aux notions si parallèles. Alors on se laisse reprendre avec nos promesses. Ceux, qui de temps en temps, nous sont étrangers.

Tordons le cou à ces cordes de guitare. Demandons leur de nous jouer des airs attendrissants. Demandons leur de remplacer ces cris. Plus besoin de baisser la tête pour que notre esprit s’aperçoive de la tristesse de notre sphère. Plus besoin de lever la tête pour que notre esprit s’aperçoive de la sagesse de nos disparus. Fermons les yeux pour abandonner nos douleurs. Fermons les yeux pour rejoindre nos joies.

On tourne en rond. On adore étendre ses bras, les sentir rigides jusqu’au bout de ses doigts. Nos yeux ont réussi à se fermer. Cette force qui nous balance de tous les côtés s’apparente à vouloir nous rendre malade. Toutes nos références vaquent en une vision que l’on a plus que chaotique. Heureusement que l’on sourit, que l’on rit même. Car s’enchanter à perdre la tête n’est vraiment qu’un jeu d’enfant.

Il ne suffit pourtant pas de grand-chose pour s’évanouir, mais on préféra inverser le sens de nos délires pour enfin retrouver ce que l’on a perdu : son enfance.

Le féminisme est mort ! Vive le féminisme !

Posted in Le monde est plat by frichtre on 8 mars 2010

Que ce titre doit faire polémique ! Non, le féminisme n’est pas mort, mais elle revêt actuellement une définition archaïque, à l’image des mères nourricières de ce mouvement ! Comment penser que les initiatives nées lors de la révolution française, prônant des valeurs sociales et politiques élevées, lovées dans les droits fondamentaux, puissent encore avoir du sens ?

Olympe de Gouges partageait-elle les mêmes visions que Simone de Beauvoir ? Cette dernière était-elle du même bois que Simone Veil ou Elisabeth Batinder  ? Ces deux grandes intellectuelles sont-elles les inspiratrices des mouvements Chiennes de garde ou Ni putes, Ni soumises ?

À mon sens, chaque génération de femmes développe sa propre conception du féminisme pour tendre toujours un peu plus vers une égalité réelle et vécue des genres.

Je suis moi-même féministe à l’idée même de repenser aux difficultés sans nom qu’éprouvait Marie Curie à l’occasion de ses recherches. Une femme mise au ban de la communauté scientifique : Prix nobel de physique en 1903, Prix nobel de chimie en 1911, transférée au Panthéon en 1995.

Le féminisme, c’est l’action, l’action revendicative. Le féminisme, ce n’est pas penser qu’il est anormal que les femmes ne puissent prétendre aux mêmes droits que les hommes, c’est agir pour dégager – avec les opinions les plus nobles et les qualités les plus rares – ceux qui raflent indûment les privilèges et les fonctions.

Le féminisme, c’est la réflexion, la réflexion militante. Le féminisme, ce n’est pas croire qu’il suffit d’être une femme pour s’imposer dans les conseils d’administration, les hémicycles parlementaires ou les hautes fonctions publiques, c’est réfléchir à la manière de parvenir à des représentations des genres équilibrées et naturelles. Mon postulat repose sur les principes de la probabilité, et dans notre exemple, in fine, rien n’est improbable. En effet, si l’on prend une pièce de monnaie et que nous la lançons, mettons, 577 de fois. Nous obtiendrons, bon an mal an, 288 fois pile et 289 fois face. Remplacez les côtés de la pièce de monnaie par les sexes, et le nombre de tirage par le nombre de siège à l’Assemblée nationale, c’est grosso modo la répartition naturelle que nous devrions atteindre si les lois de la nature étaient respectées : 1 député sur 2 devrait être une femme. J’applique ce principe à tous les métiers, à quelques exceptions près du fait de variables aléatoires (profil des métiers, sociologie, etc.).

Aujourd’hui, très clairement, ce pour quoi il faut se battre, ce n’est pas contre la domination masculine (qui existe toujours dans toutes les strates de notre société occidentale), mais pour permettre aux femmes d’exister et de s’épanouir, individuellement (Je pense que cela pourrait se résumer de cette manière en enfermant toutes les notions relatives aux problèmes contemporains que les femmes rencontrent quotidiennement et qui seraient trop long à expliquer ici).

Enfin, pour que ce billet ne soit pas trop long, je finirai par dire quelques petites choses. Il ne faut pas que le féminisme soit le pendant du sexisme et de la misogynie. Non pas que j’ai personnellement peur d’affronter les affres d’une femme dirigeante me reluquant les miches pendant que je lui servirais le café tout en écoutant ses blagues grivoises. Non pas que les femmes n’aient pas le droit de pester contre la domination masculine. Mais bien parce que tous les mouvements fondateurs d’un renouveau se perdent, se terrent, se développent et s’expriment dans leurs excès.

Mémoires

Posted in Le monde est plat by frichtre on 25 février 2010

« Quatre heures du matin.

Station Palais royal, ou peut-être Tuileries. Je ne sais plus. Ce dont je me souviens, c’est d’entendre claquer cette porte. La mienne ? Mes souvenirs sont vagues et mon esprit divague. Une dispute. Que s’est-il réellement passé ? Je lève les yeux, vois la pyramide. Palais royal, j’avais raison. Mes pas ne me semblent pas lourds, je marche aisément, mais je tourne en vain les mirettes afin de palper quelques souvenirs.

« Mes yeux piquent et je les ferme avec insistance comme pour éviter que le soleil ne me les brûle. Réveille-toi ! Il fait nuit.

« Pourquoi m’a-t-elle fait ça ? Ce  qui a claqué, c’est l’écho de ses pleurs. Elle sanglotait à peine, et ses larmes cristallines coinçaient au-dessus de ses pommettes. D’habitude, ce sont mes baisers qui s’y attardent. Mais ce soir, elle avait fait la connerie de trop sans doute. Mais ce trop ne me revenait pas en mémoire. Tout s’assombrissait alors que Paris a toujours été une ville illuminée.

« Je ne quitterai pas le Carrousel avant de tout comprendre. Tout s’est arrêté en une fraction de secondes lorsque je me suis laissé imaginer que je ne la saisissais peut-être pas.

« Mais c’est elle qui ne me saisit pas.

« Cette situation reflète bien mon état. Un peu outrancier avec ceux qui ne me cernent pas, et mélancolique avec les personnes qui semblent savoir me prendre. Ou est-ce moi qui donne tant d’importance à cette fille pour éviter de me révéler trop brutalement ? Trop de temps vient de s’écouler pour lui montrer ce que je suis. Amer est mon comportement. Il passe bien déguisé et accompagné de brides et de comédies. Mais quand il s’exprime seul, il faut alors savoir le contenir.

« C’est un peu comme l’huile d’olive. Je déteste cette huile. Mais elle s’assaisonne délicieusement. Je n’irais pas jusqu’à dire que l’on me déteste tel que je suis. Cependant, il n’est pas aisé de me saisir. Alors tout de suite les discussions prennent un ton plus sectaire.

« Voilà, il me prend encore à penser et à parler de moi !

« Quand est-ce que cette introspection cessera? Même dans cette condition, je ne fais pas l’effort de la considérer. Quand penserais-je à l’aimer ? Quand la démesure du mien cessera ?

« Rapidement je reprends mes esprits. Je remarque que les rues se mettent à rougir. Déjà ? C’est le reproche que je fais à l’été. Ne jamais nous laisser le temps de digérer la veille.

« Il faut bien que je me lève et regagne l’appartement. Elle doit sûrement dormir à cette heure-ci. J’irais me coucher dans la chambre d’ami sans oublier avant de me doucher et de lui préparer son petit-déjeuner.

« Elle part ce matin très tôt à Lyon pour le week-end. Des amis l’ont invitée. Ça lui fera certainement du bien. Je saurai à mon réveil si elle souhaite que je l’accompagne comme ce qui était prévu. Mais j’en doute. D’ailleurs, le mieux pour nous, est d’avoir ce répit qui ne sera pas de refus, et qui s’inscrira dans une tendance plus que négative depuis quelque temps.

« Sans confiance, j’enfonce la clé dans cette serrure qui, pour la première fois, semble ne pas vouloir m’accepter. Je n’y arrive pas. Elle ne cesse pas de taper contre la porte. La lumière du hall est éteinte et moi aussi. Je ne suis pas plus avancé qu’un aveugle ou qu’un type ayant pris sa cuite. Alors d’une main, je tâte l’orifice voulant bien loger ce qui pend au bout de mes doigts. Puis indélicatement, j’essaie d’ouvrir cette porte qui, quelques instants plus tôt, me refusait violemment.

« J’avais bien pris le soin de me déchausser avant d’entrer. C’est en chaussette que j’avance doucement caressant le sol. Je ne veux pas entendre le talon taper contre le parquet. C’est comme si je me présentais brutalement aux rêves de Chloé. Mais comme elle le fait avec moi, elle continuera de se blottir dans ce qui, rarement, lui inspire.

« Je traverse alors le couloir qui, à ce moment précis, me parait extrêmement long. Quand on se crispe tout prend de l’ampleur, ou au contraire s’amenuise. Les extrêmes se font de la place. Alors je compte les pas entre le seuil de l’appartement et celui du salon. Je vérifierais bien un jour, qu’effectivement, le couloir ne s’est pas allongé par je ne sais quelle magie. Seulement si par malheur je me souviens de cette nuit.

« C’est vraiment drôle, l’alcool fait tanguer notre environnement, nous accable de soixante années grâce à peu de verres, mais la canne ne nous vient pas à l’esprit. Ces soixante années d’apprentissages et d’expériences nous amènent donc à penser que lorsque l’on ne tient plus sur ses jambes, il est préférable d’avoir une canne. Alors, que tous ceux qui, désorientés par ce liquide essentiel, un soir de gorges déployées, pensent à troquer, non pas leur rire, mais ce qu’ils peuvent contre l’objet en question.

« Mais l’alcool change aussi les attitudes. Et j’aime le changement. Mais celui qui a lieu au sein d’une pièce. La voir vivre. Penser que les meubles ne sont pas que des accessoires ayant une fonction bien précise. Même si au-delà de ce qu’ils sont censés nous permettre de faire, l’imagination, lors de diverses situations, multiplie les fonctions de ces occupants peu mobiles.

« C’est donc le mouvement qui anime le salon ainsi que les autres pièces de l’appartement. On ne peut y apprendre à se déplacer sans risque dans le noir. On ne peut s’y déplacer sans apprendre la dernière configuration que Chloé et moi avons imaginée. C’est dans ce nouvel univers que je tente de faire mon entrée. J’arrive près du salon. M’arrête en face. Dépose mes chaussures et rabat mes paupières. Je me plonge pleinement dans le dernier souvenir accueillant le sourire de Chloé. Un sourire qui ressemble étrangement à celui que l’on tire quand on voit un enfant faire une bêtise. Il est sincère. On lui dit que ce n’est pas grave. Mais il s’en veut tout de même, ça se sent. Chloé me sourit de la même manière. Je suis son grand enfant. Elle sait que je ne fais rien de mal, et que la plupart du temps, je ne suis pas conscient. Mais conscient de quoi ? De mes actes ? Se doute-t-elle ? Elle continue de me sourire et son regard appuie mon inconscience. Je ne sais pas ce qu’elle pense de moi. J’ai terriblement peur de lui demander. Mais pourquoi serait-elle avec moi ?

« Je doute toujours des réponses qu’elle pourrait m’apporter. Alors je préfère ne pas prendre le risque d’écouter ce qui me blesserait, que de me féliciter des tendresses qu’elle exprimerait pour moi.

« Malheureusement, elle a dû enfin extirper une partie d’elle-même. Partie dont à l’origine, je suis le seul à pouvoir la libérer. Je me suis terriblement déçu de ne pouvoir me rappeler ces intenses moments avant de me perdre sur à quelques mètres de la seine.

« Je n’étais pas sur de mon coup apparemment.

« Je redécouvre mes pupilles après ces quelques secondes de rêveries. Elles n’ont jamais été aussi grandes. Énorme même. J’ai l’impression de les sentir prendre du volume en même temps que me souvenirs deviennent les seuls locataires de mon esprit. Ma vue s’habitue à l’obscurité.

« J’avance vers le canapé. Je sais qu’il est tout près. Alors je me dirige sans trop savoir si finalement ma vie a changé quelque chose durant cette journée d’absence. C’est ce qui l’amuse. Elle profite que je ne sois pas là pour accomplir son petit plaisir récurrent à chaque nouveau changement. C’est-à-dire mettre à sa convenance ce qui ne me plaisait pas. Il faut dire que c’est moi qui l’ai encouragée la première fois à se prêter à ce jeu. Elle n’était pourtant pas motivée. Elle disait que ça lui plaisait comme c’était, qu’elle ne voyait pas l’intérêt de mettre le lit à la place de l’armoire, le canapé au centre du salon, et dans cette même pièce, la télévision entre les deux entrées. Elle ajoutait même, en retroussant son petit nez, que tout ce remue-ménage angoisserait les poissons. Elle aurait pu inventer n’importe quoi pour que rien ne change.

« Bien qu’elle fut réticente désormais je la laisse seule se prêter à ce divertissement. Je l’aide à soulever les gros meubles, place quelques critiques et lui propose mes idées. Elle acquiesce en boudant timidement, et je lis dans son regard que de toute façon, j’ai beau proposer, c’est elle qui en dispose tout le temps. Elle n’en fait qu’à sa tête. »

Précis d’une journée ordinaire

Posted in Le monde est plat by frichtre on 9 février 2010

23:00

23:23

00:17

00:54

Je dors.

07:07.

Je me lève. J’ouvre les volets. Des gens se trament déjà habillés dans la rue. Direction les toilettes, je pisse. Le dressing, car 4 minutes plus tard, je me pèse. La salle de bain : je me lave les mains, je me brosse les dents, je me lave le visage et la nuque. Je me rase (toujours se raser AVANT manger et APRÈS qu’elle ne ressemble plus à du kevlar). Je me douche. Je me rince, me coiffe, m’habille, me chausse, petit-déjeune, écoute France Info et Poincarré. Il est parfois un peu tranchant, un peu méchant, mais une vraie voix de journaliste radio. Les volets du séjour sont ouverts. J’enfile une écharpe, mon imper. Je chope les clés de la voiture, les clés du bureau, les clés du garage, les clés de l’appartement. Manque plus que celle d’une bonne journée. J’emprunte mon ascenceur privatif, descend de mon hôtel particulier, file sans regarder la boîte aux lettres. Les mauvaises nouvelles, c’est pour ce soir. Je suis en centre-ville et marche 5 minutes pour me rendre au garage. Un coup de passe magnétique, un deuxième puis un troisième. Je déverrouille mon 4 roues, recule puis avance, bipe une 4e fois et je m’engouffre dans la jungle de l’asphalte. À gauche, puis à droite au feu, puis encore à droite au feu, puis encore à droite au rond-point, puis encore ça tourne encore à droite. J’en ai le tournis. Ouf, nouveau feu tricolore, il m’offre un peu de réconfort : à gauche toute. Deux stations services, le réservoir est plein. Deux ronds points pour m’offrir une allée autoroutière. 40km de Poincarré, Duchemin et Fauvelle. Abiker aussi, même s’il ne manque pas d’énergie. Cette route est somptueuse. Elle est fluide, le paysage provençal ravissant : une vue imprenable sur la Sainte Victoire. sur la Sainte Baume. Sur les reliefs entourant Aubagne. Puis Marseille, je déchante. 90km/h, 120km/h, 130km/h, 130,99km/h, 110, 90, 70, 50km/h. Les barrières se lèvent, faut montrer pates blanches, le parking est plein à craquer. Pas de chance pour celles et ceux qui doivent jouer des coudes. Passe magnétique toujours en main (mais pas le même), une large porte s’ouvre vers un très convoité parking souterrain. Place à mon nom, je ne me crois pas plus important que cela. C’est juste très pratique. Je remonte à la surface. On me capte, me propose un café. Je me réfugie dans mon bureau après avoir récupéré le courrier. Puis j’allume la clim’ réversible, j’enlève mon imper mais pas encore mon écharpe. Mon mac m’attend, je l’allume et il me questionne : login/mot de passe. C’est moi crétin, lui dis-je ! Il attend tout de même que je le caresse de mes dix doigts. Macounet sort de son coma et me livre mes emails : autant les pros que les persos. Merde, il est déjà 12h. Promis, je partirai tôt. Puis 13h, puis 15h, puis 17h, je partirai tôt ! puis 18h, puis 19h… il y a des attentats par email, par téléphone, des rendez-vous, des déplacements, des courriers à signer, des notes à (faire) rédiger, des notes à corriger, des fichiers xls à faire tout seul, des flatteries et des reproches à prononcer, des idées qui s’embrouillent et d’autres qui sont claires. Des livres à parcourir, des pages à arracher, des textes à frapper, d’autres à relire, des mises en page foireuses, une traduction mal fichue. Il y aussi des programmes à mettre en place, à organiser, à penser, à revoir, à financer, à rejeter. Il y a des courtisans à brûler, des faux-culs à ignorer et des amis à trouver.

19h15.

On éteint l’ordi, la clim, la lumière, on a écrit un texte sur son blog, content, on file vers sa voiture.

19h30.

Descente au sous-sol, les clignotants rappellent l’ouverture des portières. J’avance, slalome, bipe. Je suis libéré. 20, 0, 15, 40, 50, 70, 90, 110, 129,99km/h. Cette fois-ci, c’est radionova qui m’accompagne en chantant. J’ai shazam en main au cas où elle passerait une nouveauté, mais j’avoue qu’elle est un peu à la traîne en ce moment. Canal+ aussi et le grand journal. Vampire Weekend. Mais ça fait des mois que ça passe en boucle chez moi. Fallait me le demander s’ils cherchaient de la vraie musique. J’oubliais. 3,50 euros aller. 3,50 euros retour. Le prix pour éviter les bouchons et vivre ailleurs qu’à Marseille. Une ville sympathique, mais sans les Marseillais.

20h15.

à droite, encore à droite, à gauche au rond-point, tout droit. à droite, puis ça tourne légèrement à gauche, puis franchement à gauche : je suis au parking. 5 minutes d’une petite ballade aixoise. Arrivé face à mon immeuble : je bipe une première fois, puis une deuxième, puis encore dans l’ascenceur. J’enfonce la clé pour pénétrer dans mon appart. Je jette écharpe et imper sur mon fauteuil Christophe Delcourt. Direction les toilettes, puis la salle de bain, une douche. Je me fais beau pour dîner tout seul. La télé revit, branchée sur la belle Élise Chassaing. Un verre du jus d’orange Andros, mon MacBookPro prêt à l’emploi : twitr montre toi ! Je mange, mate un film pendant que je tweete. Ma promesse du matin *me coucher tôt* ne tiendra pas une fois de plus. Mon séjour s’engouffre dans le noir, moi aussi mais sous la couette, mon mac prenant toute la place dans ce foutu lit trop grand quand on est seul.

23:00

23:23

00:17

00:54

Je dors.

Tu ne tromperas point ! (même en politique)

Posted in Le monde est plat by frichtre on 14 janvier 2010

Pas un seul instant à perdre. Ma journée est chargée, impossible de se garer à aucun endroit de mes rendez-vous, il fait chaud et mon costume se la joue comme ceux des touaregs. Encore quelques mètres à faire avant d’arriver à la Mairie. La politique, je ne m’y suis jamais véritablement vu : serrer des mains, se rendre dans des collectifs avec trois ploucs, assister à des réunions de quartier pour les entendre pestiférer sur les « sauterelles ». Même à gauche le racisme existe, mais je suis obligé de serrer les dents et dire Amen à ces électeurs dont je ne suis même pas sur qu’ils voteront pour moi.

Bref, aujourd’hui, conseil municipal : même baratin, même cirque, même perte de temps, mais les journalistes seront là. Il faut se faire voir. Se faire voir pour que l’on me repère dans la rue et dans les urnes.

J’entre dans le hall de l’Hôtel de Ville, des administrés veulent me serrer la main. Je sue, ma serviette glisse, les dossiers s’échappent, mon portable sonne et on veut me serrer la main. C’est peut-être une forme de promotion sociale pour celles et ceux qui me touchent, une sorte de divinité qui en les effleurant leur rend la vie moins dure. C’est un peu ça la politique tout de même, et c’est bien pour cette raison que je me suis engagé.

Je prends l’ascenseur pour me rendre dans mon bureau. Une fois à l’intérieur, je laisse tout tomber. Ma respiration reprend une fréquence normale sans que mon pouls en fasse autant… pourtant j’étais à des années lumières de penser que cette journée serait aussi sportive. Avant d’arrivé au septième ciel, le « sans-efforceur » fait une halte au 4e, ouvre ses portes mécaniques et laisse entrer, non pas une femme, mais LA femme. Ce cliché me vaut toutes les peines du monde à détourner mon regard de ses jambes, de ses fesses, de ses cambrures, de ses cheveux, de ses mains.

– Monsieur, dit-elle. Monsieur… Monsieur !

Seul le lecteur sait qu’elle m’appelle. Or, je suis comme un sportif de haut niveau enfermé dans son effort incapable d’entendre les hurlements et les encouragements de ses supporters.

– Monsieur ! dit-elle.

Je me réveille avec fracas.

– Oui, dis-je.

– Vous avez fait tomber vos affaires. Voulez-vous que je vous aide à les ramasser ?

– Non, vous êtes gentille.

Alors que je m’apprêtais à reprendre en main mes haltères municipaux, elle se précipite pour m’aider malgré mon refus.

– Merci, lui dis-je. Je peux à mon tour vous aider. A quel étage allez-vous ?

– Le 7e.

Quel coïncidence. Elle m’accompagnera jusqu’à mon bureau, me dira qu’elle a rendez-vous avec moi. Sans tarder je lui ouvre ma porte, je la referme aussitôt. Je sais qu’elle est faite pour moi. De toute façon, le sexe va avec la politique. Quelle contrainte !

– Bonjour Monsieur, vous connaissez l’article 242 du code civile ?

– Non mais rapprochez-vous pour que l’on en parle.

– Je suis le conseil de votre Épouse. Elle demande le divorce… pour faute.

Théorie de la sincérité

Posted in Le monde est plat by frichtre on 13 janvier 2010

Ce n’est pas l’endroit le plus calme. C’est certainement le lieu le plus expérimental. Une cour est improvisée au parc Monceau à l’heure du déjeuner par une école primaire privée. Les surveillants délimitent l’espace de jeux où de jeunes enfants perturbent de drôles et de courageux pigeons. De nombreux jeux sont créés et joués hiérarchisant la notoriété des élèves. 007. On charge et recharge les doigts sur la tempe. Un instant de réflexion par tapement de mains. Trois fois. Ils décident alors de tirer ou de se protéger. L’enjeux : tirer pendant que l’adversaire recharge. A une vitesse folle, les enfants se prêtent à ces règlements de compte blancs prouvant leur force et leur importance.

Laura est arrivée depuis un long moment. Elle est assise. Il fait beau. Il y a du monde dans le parc. Tous souhaitent profiter de cet espace naturel en plein Paris. Les enfants rappellent leur présence. Elle est assise sur ce fameux banc, mains sur les genoux, la tête baissée, elle paraît vouloir se faire discrète. Ceci dit, elle n’est pas encore au courant de l’incident de Chloé.

Son téléphone sonne, mais elle ne répond pas. Une fois qu’il a fini de retentir, elle le manipule pour le passer sur silencieux.

Entre la marche et la course, Colin arrive. Il ne s’est pas rasé, en costume mais sans cravate, la chemise dégrafée de ses deux premiers boutons, son visage est froid. On le sent en colère, furieux, hors de lui, la haine s’empare de cet homme.

Laura se lève. Elle fait tomber son sac. Elle ne le ramasse pas.

Colin s’approche de plus en plus, de plus en plus vite. Dans son élan, il ramasse le sac et le jette sur le banc. Laura suit son sac du regard. La stupéfaction consume son visage.

Ils se fixent. Laura ne comprend pas. Colin non plus à vrai dire. Mais il est bien là pour s’expliquer. Pour mettre fin à une histoire lamentable et pathétique. Pour tenter de débuter une vie sereine, heureuse et ambitieuse.

–       Tu pensais que je ne le saurais jamais ? dit Colin.

Laura détourne son regard.

–       De quoi me parles-tu ?

Elle se rassied.

–       Quand allais-tu me prévenir ? dit Colin.

Colin fusille du regard cette femme qui redevient une inconnue. Cette même inconnue relayant le ton de Colin.

–       Te prévenir de quoi ? Que veux-tu savoir ? dit Laura.

Elle fuit du regard, regarde autour d’elle l’air absente.

–       Tu es si stupide que ça ? dit Colin exaspéré.

–       Ne me prends pas pour ce que je ne suis pas !

Quelques personnes s’intéressent à la conversation.

–       Tu n’es absolument rien. Ou alors quelque chose de lamentable. Tu pensais vraiment pouvoir me le cacher ?

Un SDF passe près de ce couple qui se déchire poussant un caddie bien chargé.

–       Vous formez un très beau couple, dit le SDF.

Colin se tourne pour savoir qui a bien pu dire ça. Il aperçoit le SDF et s’excite.

–       Connard !

Le SDF continue de marcher et ne se retourne pas. Il marmonne pour ne pas être entendu prétextant sa bonne foi.

–       C’est toi le connard.

–       Tous les hommes sont aveugles ! Et toi, en plus d’être aveugle, tu es complètement sourd ! dit Laura au détour de ces insultes.

–       Cet enfant, ce n’était pas le tien. Cette femme, Chloé, ce n’était pas la tienne. Ce n’était pas toi qu’elle aimait ! Pourquoi l’as-tu convaincu d’avorter ? Tu sais qu’elle a essayé d’en finir ?

Colin n’arrive pas à se contenir. Il ne cesse de faire les cent pas. Laura est toujours assise comme si ça ne comptait pas pour elle.

–       Elle t’aimait suffisamment pour te tromper avec une femme en tout cas, avec moi…

Colin la prend par les épaules et la lâche violemment.

–       Et sachant que ça ne durerait plus, sachant qu’elle t’échappait, il ne fallait pas qu’elle me revienne entièrement ? Il fallait qu’elle revienne l’amour de deux êtres en moins… Je préfère être sourd et aveugle, ça ne m’empêche pas d’avoir des sentiments !

Laura commence à être effrayée. Elle n’aime pas qu’on parle de sentiments. Elle ne semble pas comprendre ou alors elle se dote d’une interprétation n’allant pas dans le sens de ceux avec qui elle partage sa vie et ses amitiés.

–       Tu sais que… dit Laura

–       Je sais effectivement que tu n’en vaux la peine pour personne. Fille ou garçon. Tu es comme cette première rencontre, mensongère ! Alors aujourd’hui, ne t’avise plus jamais de me recroiser, ne t’avise jamais de la revoir !

La tête baissée, Laura ne sait plus quoi répondre. Elle ne pense rien et croit deviner en Colin une détresse dépassant la sienne. La mort dans l’âme pour elle, la mort d’un être pour Colin. Il ne s’attend pas à ce que Chloé parte. Un champ s’établit entre Laura et Colin. Celui de l’incompréhension.

–       Tu es déplorable ! dit Laura en bredouillant.

–       Notre histoire l’est encore plus !

Colin ne se contient plus. Il part, c’est un adieu définitif.

Laura ne bouge pas. Elle le voit s’éloigner. Elle reprend son sac et à son tour se retire, de l’autre sens. Laura se retient de verser quelques gouttes lacrymales. Et finalement elle en laisse couler quelques-unes. Pas de pleures, mais seulement une substance déshumanisante.

On peut toujours rêver !

Posted in Le monde est plat by frichtre on 13 janvier 2010

C’est triste, c’est comme ça, pas autrement, ni comme j’en rêvais, pas loin du but pourtant, mais qu’est ce que t’as foutu ? Sale type !

Une chose est sure : quand cela ne fonctionne pas, pas la peine de se creuser les méninges : c’est de ma faute. J’l’ai toujours su.

Une fois au collège, c’est parce que je n’avais pas encore de barbe. Je me souviens de ce mec, Basile. Il sortait avec toutes les filles de l’école. Quand elles lui faisaient la bise on les entendait gémir : « Oh, ça pique! ». Bien sur, Basile ne tardait pas à souligner sa virilité naissante : « C’est normal, c’est ça les hommes ! »

Et moi ? Je n’étais pas encore assez un homme pour sortir avec Marie ?

Une autre fois, en colonie, Myriam. Tout le monde pensait Myriam, rêvait Myriam, parlait de Myriam et se touchait Myriam. À 13 ans, elle était plus grande que tous les garçons, plus expérimentée aussi. Alors que je descendais dans sa chambre, je me suis retrouvé nez à nez avec elle. Debout, droits comme des piquets, nous nous mîmes à nous embrasser. Avec la langue. De droite à gauche. De gauche à droite. Les yeux fermés. Les yeux ouverts. Les mains sages. Le reste aussi, trop angoissé à ne pas faire d’erreurs. Deux jours plus tard elle me largua au motif que je ne savais pas embrasser. Cet échec, c’était une nouvelle fois de ma faute.

L’adolescence ressemblait à toutes ces autres années, entre 3 ans (âge à partir duquel on acquière une certaine conscience, des souvenirs dirais-je) et 14 ans. Tous mes échecs, je me les devais. C’était au tour de Laura de me le faire comprendre. Jamais dans la même classe, je l’avais remarquée dans la cours du lycée. Alors qu’elle bifurquait vers la voie littéraire, les sciences m’évalueraient plus objectivement. Sa meilleure amie devint à la fois ma camarade de classe et mon entremetteuse. Toutefois, je constatais que l’adultère n’était pas une pratique qu’exerçait Laura. Je l’appris à mes dépens. Où est mon échec ? Tout simplement dans mon incapacité à la convoiter, à la charmer, tout simplement à faire connaissance. Imaginez-vous : cette fameuse camarade de classe m’arrangeait des rendez-vous avec sa meilleure amie. Alors que Laura acceptait et m’attendait sur un banc, je me vois encore la regarder à travers les vitres de l’escalier du bâtiment B.

Je ne parle même pas de l’âge adulte, où je m’entraîne davantage à fuir les sentiments que j’éprouve et à capter ceux des femmes qui me laissent indifférent.

Conscient de mes imperfections, j’enchaînai une période calme, sans relation, sans histoire, sans attente. Puis un jour, j’ai bien cru que le mauvais sort que l’on m’avait jeté s’était estompé. Elle était belle, intéressante, intelligente, souriante. Puis un jour, j’ai su qu’il était toujours présent ce mauvais sort et que s’il ne partait pas, ça aussi, c’était de ma faute.

Réunion diplomatrique – deuxième

Posted in Le monde est plat by frichtre on 4 octobre 2009

Lire avant In a sentimental mood #2 de Madame Kevin

(Sur l’air de Mirza, Nino Ferrer)

Z’avez pas vu Laura !

Je la cherche partout !

Où est donc passée cette chienne !

Je la cherche partout !

Où est donc passée cette chienne !

Elle va me rendre fou !

Où est donc passée cette chienne !

Ooohh ça y’est je la vois !

Veux-tu venir ici ! Je ne le répéterai pas ! Veux tu venir ici ! Mmh sale bête va ! Veux tu venir ici !

Elle est repartie !

TU M’AS EU. Comme toujours. Comme toujours tu me ridiculises. Tu te joues de moi. Mais cette fois, j’abats mes cartes, je remporte la main. Et ne pense pas que tu peux m’échapper. Où es-tu ? Elle a du filer dans son bureau. Qu’as-tu voulu prouver ? Que je pouvais bander pour toi ? Devant tout le monde ? Tu voulais te remémorer le bon vieux temps ? Tu as raconté à ton père notre partie de jambe en l’air dans son bureau alors qu’il se trouvait dans le petit salon… en compagnie de ton fiancé ? C’est sur, tu as bien fait de l’épouser cet idiot. Tu avais tes séances shopping avec lui et tes orgasmes avec moi… Tu auras des p’tits cons de moi avec lui et tout le monde sera content.

Je n’en reviens toujours pas.

Je ne bous qu’à l’intérieur. Je ne presse pas le pas. Mon assurance a repris le dessus, l’humiliation est passée. Non. L’offense est confortablement rangée au fond de ma poche. Un mouchoir le recouvrant de toute sa douceur. Cette vengeance, je te la réserve.

Je sors de la salle de réunion, des regards m’accompagnent. « Monsieur… ». Ce silence assourdissant me pousse à continuer tandis que l’on me réclame. Je traverse le péristyle. Je descends les escaliers. Un grand hall, des tableaux de maître, deux huissiers me saluent. Enfin, je me dérobe derrière une porte en trompe l’œil. Je remonte de petits escaliers, enfile un interminable couloir, je ferme la veste avec mon premier bouton. Mes talons frappe le sol, résonne dans tout le bâtiment. Au moins, elle est prévenue. Je te prendrais pas en traître. Je vise la chaise installée près du photocopieur, calmement j’y balance ma serviette Hermès.

Je m’arrête.

La porte est fermée.

B. 1564. C’est ici.

J’attrape le bas de la veste de mon costume de chaque main. Tirant d’un coup sec pour éradiquer le moindre pli, je passe une main dans mes cheveux, les pieds joins, c’est moins facile quand on y est. Te dégonfle pas et ouvre cette porte !