Garçon, de quoi écrire

Les heureux délabrements (extrait)

Posted in Uncategorized by frichtre on 17 mars 2012

Trente quatre ans plus tard, en 1991, alors que le monde changeait, que les pays s’étaient mués, que les souvenirs vieillissaient sans jamais complètement s’effacer, une première page se tourna. C’était l’année du premier sommet de l’après Guerre froide, la reconnaissance des deux Corées, l’abolition définitive de l’Apartheid, la première guerre du Golf, la fin de l’URSS,  ou encore la naissance du Traité de Maastricht. Le monde s’ouvrait, le communisme battait en retraite. Henri décida, la face contre le sol, à son tour, sans vraiment faire attention à l’heure de la journée, peut-être était-ce la nuit, de se retirer. Il n’avait pas le choix. Pris par surprise par la mort, fauché avec la complicité de ceux que l’on ne verrait jamais, il partit les pieds devant. Il sortit du jeu et abandonna sa famille. Quand on était croyant, on ne jugeait pas. Quand on ne l’était pas, on ne jugeait pas. Personne ne savait où Henri se présenterait pour rendre les armes ; tout le monde s’attendait à ce qu’Élisa se hissât, un jour, peut-être très tôt si elle les aimait, aux côtés de ses deux maris. Elle hésiterait sûrement à les présenter. Franz lui aurait peut-être fait la leçon, mais sans la gronder, heureux de profiter de l’éternité qui leur restait.

 

Deux ans plus tard, en 1993, alors que le monde restait figé, que les peuples se protégeaient, que les prophéties s’accomplissaient sous la griffe des apprentis sorciers, une existence s’acheva. C’était l’année où les Américains installèrent un président démocrate, les Khmers retrouvèrent leur roi, des dictateurs étaient élus confortablement, les Israéliens et les Palestiniens firent un pas vers la paix, et les Français choisirent massivement la cohabitation. Les Hommes se défiaient ; la démocratie connaissait une existence inégale. Élisa décida, lovée de sa couette, le corps réchauffé, les yeux rivés vers l’horloge, de laisser son cœur ralentir. Durant toute une vie, il avait fonctionné, il avait pompé son flux organique sans ciller, sans dissimuler de marques de faiblesse. Il ralentissait parfois, il accélérait souvent, mais jamais il ne s’arrêtait, bien trop fier d’être un cœur solide. Tout au long de sa carrière, il aida Élisa à supporter les épreuves de la vie. Elle aimait tout ce qui tombait rond, sans unité superficielle compliquant les calculs. Silencieusement, dans sa tête, les lèvres remuant, les paumes des mains contre son cœur, la peau sensible pour ne louper aucun battement, elle compta. Puis elle lâcha prise, succombant au trois milliards six cent quatre vingt dix millions quatre vingt six mille quatre centième pulsations. Elle aimait les chiffres ronds.

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Correspondance

Posted in Uncategorized by frichtre on 19 octobre 2011

Lors d’une fête sympathique, discutant avec deux jeunes filles sympathiques, nous en sommes arrivés à la sympathique conclusion qu’il était si triste de ne plus recevoir de lettres ! Mais de vraies lettres, une belle lettre digne de ce nom. Même les factures, dorénavant, nous les recevons par courrier électronique. Alors comme j’organise à mon tour une petite fête ce week-end, sans qu’elles sachent que j’aime écrire, elles m’ont demandé de leur adresser une invitation « à l’ancienne ». L’idée n’était pas d’envoyer un carton d’invitation mais de poster un petit billet. Je les soumets à ce blog car je les avais initialement rédigées sous le beau soleil de dimanche, depuis mon blackberry, à la terrasse de Ma Palette habituelle.

Lettre #1

De : Frichtre

Date : 16 octobre 2011 11:58:19 HAEC

À : L’une des deux filles, peut-être la première

Objet : (il n’y en a pas)


Chère Simone,

Si je vous écris cette lettre, c’est pour mieux vous lire à l’avenir. Mais l’occasion de cette missive m’est tout a fait utile. A quoi me demanderez-vous ? Et bien, à vous inviter ! J’aurais bien aimé une promenade au Jardin des Tuileries à vos cotés, mais le terrain est beaucoup trop poussiéreux. J’aurais bien aimé vous proposer d’aller visiter un musée, mais cela nous empêcherait de parler d’autres choses que d’art et de culture. J’ai également songé à des vacances dans l’hémisphère sud, mais nous nous connaissons si peu, cela aurait été un peu exagéré. Le romantisme a ses limites.

Il ne me restait que deux choix, deux possibilités, peut-être davantage mais je ne suis pas aussi cavalier qu’il n’y paraît. Le premier de ces deux choix, donc l’avant dernier de toutes mes possibilités, était un dîner. Néanmoins, je vous rappelle que je ne suis pas kamikaze, évitant les probables refus meurtriers d’une femme séduisante quand il s’agit de la convier pour mieux la connaître. J’ai tranché (car il faut savoir être volontaire). Mon invitation, si vous l’acceptez, se fera dans la foule, on y discutera de tous les sujets légers que vous voudrez et on y dansera également. On ne ménagera pas nos envies de boissons et de mets, sans avoir l’obligation d’un face à face qui, croyez moi, m’aurait tout autant plu.

Ainsi, j’ai le plaisir de vous convier à une petite surprise-partie, chez moi, au 1 place WordPress. Finalement, vous ayant avertie de cette fête, vous me direz qu’il n’y a plus de surprise. Mais celle-ci réside dans la joie de vous compter parmi mes invités et moi, le samedi 22 octobre à partir de 20h30.

Je vous abandonne maintenant pour poursuivre mes occupations quotidiennes, sous le soleil d’un automne qui n’est certainement pas de saison. Si le temps nous trompe, soyez certaine de passer une bonne soirée samedi prochain.

Je vous embrasse, respectueusement.

Frichtre

Lettre #2

De : Frichtre

Date : 16 octobre 2011 12:13:20 HAEC

À : L’une des deux filles, peut-être la seconde

Objet : (il n’y en a pas)

Violette, Violette,Violette,

Oui, je t’apostrophe trois fois ! Peut-etre dans l’idée de te voir apparaître devant moi à l’écriture de cette lettre. Néanmoins, je peux t’assurer que cela n’a pas fonctionné. Je me suis pourtant assuré que la magie opère mais pas de Violette à l’horizon, ni de près, ni de loin, tu restes trop éloignée de moi pour que ce tour de passe-passe ait une quelconque utilité. C’est pourtant un mage très puissant qui m’a confié son secret. Je crois qu’il s’est un peu moqué de moi. J’y mets pourtant beaucoup de convictions quand je prononce, en même temps que je l’écris à la plume de bic,  » Violette, Violette, Violette » (toujours pas de Violette).

Je prends alors le temps de réfléchir à un moyen plus efficace. De plus, l’adage populaire rappelle bien que « tout vient à point à qui sait attendre » et qu’en particulier, ce sont les bonnes choses qui se font désirer.

J’emploie donc une nouvelle stratégie pour avoir le plaisir de te revoir. D’autant que cela serait une troisième fois, et que selon un second adage populaire, rien ne s’y oppose (« jamais deux sans trois »).

Ainsi, permets moi de t’inviter amicalement à une petite fête, en l’honneur de rien, si ce n’est de mon anniversaire non célébré cet été, chez moi. Je vis un petit appartement dans une petite bâtisse, dans une petite rue, d’une petite ville : 1 place WordPress.

Je t’y attends le 22 octobre, à partir de 20h30, belle comme toujours, drôle comme tu dois en avoir la réputation  et enthousiaste comme je t’imagine.

Je t’embrasse.

Bien amicalement vôtre.

Frichtre

ps : bien évidemment, les prénoms ont été changés suite à la non demande des intéressées.

Faveur amicale entre adultes

Posted in Uncategorized by frichtre on 7 octobre 2011

Je suis journaliste, écrivain et critique littéraire. Je cumule les mandats.

Je ne saurais même pas définir mon travail. Je rencontre des auteurs. On discute de leurs écrits, de leurs pensées. Je les lis aussi parfois, jamais entièrement. En tout cas, je sais ce qu’ils rapportent. Quand je dois en interviewer un, c’est la panique. Pas quand c’est une femme. Si c’est un jeune romancier, il n’y a pas long à découvrir. Dans le cas contraire, mes nuits passent à la trappe. J’enfile des pages et des pages, des mots et des mots, je les lis sans vraiment les comprendre. Je corne les feuilles pour feinter ma lecture, mais après vérification, je me rends compte qu’il vaudrait mieux renoncer à l’entrevue.

Mais le naturel revenant au galop, mon rendez-vous s’annule de son propre fait. En quatre ans de critique, je n’ai eu l’occasion de partager les envies que d’une seule romancière. En quatre de critique, je n’ai jamais pensé un seul instant qu’elles pouvaient être positives.  Quand on ne sait pas, on imagine. Il y a de très fortes chances que les coïncidences frôlent l’insolence, c’est d’ailleurs le cas. Mais il est en fait plus simple de maltraiter une nouvelle parution, que de la féliciter. Ensuite, on se souviendra plus spontanément du critique nous ayant descendu, que du gentillet naïf trop complaisant. Tout cela reste très égoïste encore une fois. Mais à chaque défaut est lié inexorablement un souvenir le justifiant. Consciemment ou inconsciemment.

Un défaut paraît à chaque instant comme la résultante d’une frustration. L’éducation ne changera absolument rien à ces états, voire au contraire, dans certains cas, amplifiera les imperfections. Il y a des défauts où l’on s’accorde à dire qu’ils sont à bannir, car bien trop peinant pour l’entourage, pour soi-même aussi. D’autres, selon notre moral, se classeront indifféremment comme bons ou mauvais. La gentillesse peut être une infortune pour une personne trop ouverte ou trop confiante. A en distribuer sans quotas, elle se retrouverait dans l’embarras. L’honnêteté est à inclure dans cette catégorie de qualificatifs dont les excès nous perdent. On a souvent défini mes articles comme, je cite : « Vides, sans intérêt, idiots, sirupeux, mensongers » je m’arrête là pour ne pas être à mon tour vulgaire.

Voilà ce que je me reproche : être trop gentil et trop honnête.

D’ailleurs,  lors d’une soirée au détour d’un table où les bouteilles d’alcool se vidaient aussi vite que ma vessie, une très jolie femme m’a soufflé un compliment en teinte de demi reproche : « vous êtes trop beau pour être honnête ». Je n’ai pas eu assez de temps pour lui prouver ma gentillesse, mais je reste persuadé qu’elle avait raison. Ne devait-elle pas me connaître. Alors quelques minutes plus tard, je lui laissais l’occasion après ces flatteries de s’en rendre compte par elle-même. Un manège a été orchestré pour se retrouver dans l’espace de charmant cabinet. Une fois prêt à recevoir d’autres compliments, elle ne perdit pas de temps à défaire ma ceinture. Ses lèvres actives sur les miennes paralysées, elle força l’entrée de ma bouche pour nouer nos langues au goût de vodka pur. Mes mains se perdaient sans romantisme sur ses petits seins refaits (je l’apprenais sur le moment) avec pour étape de passer violemment sous sa jupe. Je la plaquais sauvagement contre la porte. D’un regard satisfait, comme si nous avions déjà terminé, elle s’éloigna de moi pour avoir suffisamment d’espace afin de se rendre à mon endroit le plus intime. J’hésitais à m’asseoir, pensant lui faciliter le plaisir. L’était-ce vraiment pour elle ? Je m’en souciais guère. Je décidais donc de rester débout, mon pantalon sur les chevilles. Elle me crucifiait. Ma position l’avouait.

C’est qu’elle savait s’y prendre la bougresse.

Une fois sa besogne accomplie, elle se leva pour m’embrasser comme si l’on était amoureux. Cependant, rien n’est totalement gratuit, et surtout pas une fellation. Alors cette jeune fille m’invita à m’asseoir afin de se prêter à de pénétrantes preuves d’affections. Je la bougeais lui réclamant un endroit plus confortable. Elle prit alors position, les mains plaquées contre le mur, ses fesses me réclamant une attention particulière, le visage tourné vers moi, les yeux fermés.

Je sortis.

Arrivé à ma table, une coupe à la main pour me soulager, je la vis surgir. Elle semblait en colère. Elle me gifla, ce qui attestait ma perspicacité. Une flopée d’insultes me submergea. C’était à peu près ce que l’on pensait de moi, les « salaud » en moins.

Japon : de l’art de la compassion

Posted in Uncategorized by frichtre on 17 mars 2011

Sur ce blog, j’emploie rarement le mot je et quand il est utilisé, il s’agit d’une fiction. Ce qui n’est pas de la fiction, c’est ce qui s’est passé au Japon, ce qui s’y passe et ce qui s’y passera dans le futur.

Après ces tragiques événements, je me suis surpris à avoir de la compassion, de la tristesse, jusqu’à même une effroyable peine. J’ai eu une envie irrépressible (je l’ai toujours) de me rendre au pays du Soleil levant afin d’apporter une aide, même infime soit-elle, les soutenir juste par ma présence à leur côté, anticiper les besoins matériels, humains et financiers dont ils ont immensément besoin.

Les attentats du 11 septembre : près de 3’000 morts.
Près de 14’000 enfants (par jour) meurent de malnutrition dans le monde.
Le séisme d’Haïti a provoqué la mort d’environ 225’000 personnes et d’un million de sans-abris.
8’000 morts par jour, c’est le nombre de décès à cause du Sida dans le monde.
Et les crises humanitaires d’hier ne s’éteignent pas, elles se poursuivent mais s’oublient… constamment chassées par de nouvelles.

La raison pour laquelle j’éprouve cette fois-ci de la compassion, contrairement à ce qui précède, est que 98% des conséquences des crises humanitaires dans le monde sont d’origine humaine. Nous sommes, avec le Japon, dans les 2% restant.

Les attentats du 11 septembre : le terrorisme.
La malnutrition dans le monde : la corruption et le refus des gouvernements de l’OCDE à apporter assistance aux populations vulnérables, et en particulier aux enfants. Sans compter la crise alimentaire de 2007/2008 motivée par la destruction des terres arables, les phénomènes climatiques, l’augmentation du prix du pétrole, la baisse des stocks, les agrocarburants ou encore, et bien évidemment, la crise économique et financière.
Le séisme d’Haïti. Même s’il est du en grande partie à une catastrophe naturelle, ce pays et ses alliés n’ont jamais su prendre la mesure de l’importance de son développement (comme pour la majeure partie des pays en transition). La France a siphonné les maigres ressources financières de ce pays, ce pays a connu des successions de coups d’État et la corruption y régnait en maître (80% de la population vie sous le seuil de pauvreté). Haïti a donc été totalement incapable d’y faire face et de diminuer les risques, et donc le bilan meurtrier, d’un tel tremblement de terre.
Le Sida devrait devenir une maladie qui ne fait plus peur, certes incurable, mais qui se soigne grâce à des traitements antirétroviraux efficaces. Là encore, l’absence de volonté politique, l’absence de politique de santé publique internationale à destination des populations les plus vulnérables renforce la culpabilité des Hommes, tant des gouvernants que des gouvernés, car ce sont bien ces derniers qui mettent en place les premiers.

Je ne peux guère aller plus loin dans mon raisonnement car je ne possède que les informations que les médias, et donc le(s) gouvernement(s), laissent filtrer. Ce qui semble faire l’unanimité est cette humilité, cette capacité à résister au stress, à faire face à la plus grande crise que le Japon n’ait jamais connu, qu’aucun pays n’ait connu. Il y a des hommes au front de la Centrale Fukushima, comme il y avait des hommes au front de la guerre. Un courage unique pour la défense d’une population toute entière… que dis-je ! Pour le monde tout entier. Ils y sont. Ils improvisent, non pas improviser comme un amateur le ferait mais improviser face à des événements d’une dimension tout à fait exceptionnelle.

Le Japon est dans une phase sombre de son histoire et agit comme nul autre pays ne l’aurait fait.

Vivre le Japon. Vive l’Empereur.

Le problème, c’est d’avoir le choix.

Posted in Uncategorized by frichtre on 4 mars 2011

Avoir l’embarras du choix est toujours un problème majeur.

Je me souviens quand j’étais petit, les décisions, ce sont mes parents qui les prenaient. Pour ma part, je me laissais embarquer et grognait quand ça ne me plaisait pas. Savoir ce que l’on ne veut pas est toujours plus simple que savoir ce que l’on veut. « Non, je ne veux pas porter cette salopette ridicule ». « Non je ne veux pas manger ce poisson dégueulasse ». « Non je ne veux pas ! » Par contre, il devient terriblement difficile de choisir entre ses 30 paires de chaussures, entre les 10 restaurants pour y inviter sa moitié ou entre tous les films du box office pour une soirée cinéma. Café ou chocolat ?

Le choix devient donc un problème alors qu’il devrait lever bien des barrières. Cela nous rend-t-il plus malheureux ? Malheureux, je ne sais pas. Frustré, presque. Indécis, certainement.

Toutes ces considérations possèdent des facteurs aggravants : la richesse, la beauté, l’imagination, l’intelligence et toute autre qualité renforçant notre capacité, non pas à faire des choix mais à établir des propositions.

Les destinations potentielles de voyages sont démultipliées, idem pour la dernière voiture de sport à acheter. Je n’en finirais pas de lister cet éventail de possibilités.

Force est de constater que deux choix s’offrent alors aux femmes et aux hommes.
Soit être complètement moche, simple et pauvre. On prend ce que l’on nous donne.
Soit être affreusement riche, beau et intelligent pour prendre tout ce que l’on veut sans autre considération que celle de l’envie.
Ce sont donc encore les classes moyennes qui s’en prennent pleine la gueule !

Mais, avons-nous véritablement le choix ?

Absence

Posted in Uncategorized by frichtre on 30 septembre 2010

Ils sont ensembles, mais pas vraiment. Ils se savent accompagner dans la vie par ce bout de cœur. Ils s’appellent. « comment vas tu ? » « je pense à toi.» « Moi aussi » « Je t’embrasse ». Ils commencent par se voir souvent. Ils se lancent dans une histoire fantastique. Ils se manquent mutuellement, surtout quand ils sont près l’un de l’autre. Les débuts sont toujours prometteurs. Au fur et à mesure que les caresses se font langoureuses, les bras s’allongent. Les yeux se ferment, ils n’ont pas besoin de les avoir béants pour aimer. Puis la vie, qui s’est faite oublier, réapparaît. La chance et ses composantes : son travail, sa famille, ses amis, sa solitude, ses soucis, encore son travail rien que le travail tout pour son travail.

Les lignes éditoriales de la revue « sentiments » proposent en sommaire « relaxation » et « communication ». C’est vrai, ils ne parlent pas assez. Cette double absence de corps et d’esprit. Ils peuvent être là physiquement, la tête ailleurs. Des pensées archivant l’image de leur moitié, loin de cette dernière. Mais sans pensées, ni regard, c’est primitif. L’évolution décadente  des sentiments rend amère l’histoire de leur couple. La progression délicate des émotions rend passionnante la tragédie de ces deux amants.

C’est le mot absence. Une expression parmi tant d’autre. Une arme poignardant Colin. Il a toujours voulu laisser Chloé s’approcher de lui. Il ne voulait pas la brusquer, pas la forcer à faire attention à lui. Pourtant, c’est bien elle qui l’a séduite aux origines de leurs mémoires. Les rôles se sont inversés bien que les sentiments étaient toujours présents. Leur histoire a duré quelques années. Il donne raison à son ami Beigbeder. Oui, c’est comme ça. Beigbeder. Il l’appelle par son nom. C’est moins intime, moins personnel. De toute façon, ils ne se connaissent pas. Un ami, c’est une personne qui nous est intime. Beigbeder n’est donc pas son ami. Alors, il peste contre lui et sa thèse, sa thèse et lui. L’amour semblerait durer trois ans. Ce chiffre, trois, meurtrier. Pourtant trois, c’est le Père, c’est le Fils, c’est le Saint Esprit. Ne sont-ils pas assez à trois pour faire en sorte que l’amour dure plus longtemps ? N’ont-ils aucun pouvoir ? Chacun d’entre eux s’occupent-ils alors d’une année ? Le Père se consacrant à créer cette amour la première, son Fils de le faire perdurer la seconde, et le Saint Esprit prétextant les raisons de sa déchéance durant la troisième ? justement parce que le Fils n’a pas fait son boulot. Celui d’offrir  assez de raison à Chloé et Colin de s’aimer sans raison. Ou est-ce qu’il y a une quatrième force dont Beigbeder ignore aussi l’existence ? Non, on en revient à ce chiffre. Trois. Trois, c’est toujours un de plus quand on vit en couple.

Pour la première fois, elle comprenait ses délires, étrangement pas ses envies. Chloé était habitée par une étrange sensation l’emportant vers une inexplicable cruauté romanesque. A composer, elle sentait une tristesse montée en elle. A croire en cette mélancolie, elle doutait davantage d’elle-même. Des frissons la cramponnaient et ne la lâchaient plus.  Il est difficile de partager un plat vide. Ainsi elle continue de se reclure chez elle.

Alors que Colin pensait toujours être avec elle, Chloé ne partageait plus rien, elle vivait cet égoïsme pathétique en pleurant une fois son amour dépecé.   Trois mois d’absence (on en revient toujours à ce chiffre, c’est inévitable) et un sms faisait vibrer le portable de Colin. Il était vingt-trois heure : « RDV à Notre Dame à Minuit. Chloé. » Colin en était satisfait, heureux. Il n’avait pas le choix, il voulait la revoir. Qu’aurait-il du faire ? Froncer les sourcils et ne pas se rendre coupable d’aimer cette femme qui le manipulait ? Non, il voulait la revoir et il s’en arrangeait. Colin proposait des rencontres, elle en disposait.

Le rythme n’était jamais le même. Il comptait parfois en jours, par en mois, souvent en semaines, rarement en heures. Colin attendait donc à chaque instant des nouvelles de Chloé.

Rien ne le retenait pourtant.

L’inconnue d’en face

Posted in Uncategorized by frichtre on 26 septembre 2010

Tu crois pas qu’on pourrait s’embrasser pour de bon ?

Pourquoi pas.

J’étais assis. Je patientais. J’ai l’habitude d’attendre. Et ce n’est pas une habitude qui me fâche. Je n’étais pas serein, encore moins calme, quelque chose me relançait. Mon corps se plaignait, gémit encore. Je me résous à penser que cela passera. Avec le temps, tout vient à se régler. Puis elle s’est posée. En face de moi, elle était de dos. Ne l’ai-je pas déjà vu ? Ne suis-je déjà pas tombé amoureux d’elle ? Rarement aussi splendide, son visage, ses yeux, son sourire, se dessine, pétillent, s’incruste en un souvenir, en une image inimitable. Elle est à la femme ce que la Campanella de Liszt est à la musique. Comparaison facile mais pas évidente tellement cette œuvre est parfaite, sophistiquée, somptueuse, délicate, vivante, passionnée, passionnante, survoltée, enjouée, majestueuse. Un phénomène ? Non. Une lointaine réalité. Un savant mélange de romantisme et d’air mélancolique. Elle inspire le romantisme. Elle nous confronte à une douleur mélancolique. On jouera notre histoire sur les premières notes.

Je m’affole.

J’en rigole. Pas vraiment.

Je suis seul. Heureusement. Si je ne l’étais pas, je ne pourrais savourer ce doux instant, cette femme, dont je vous avoue ne pas avoir la moindre idée de son prénom.

Figure libre

Posted in Uncategorized by frichtre on 27 juillet 2010

yep yep yep ! non non non non ! qu’est ce que tu fais là mec ? Tu ne devais pas être de sortie ?

L’air absent, Colin ne réagissait pas. Tout juste semblait-il maugréer dans sa barbe jusqu’à ce qu’Alexander entendit un son.

Non je suis resté  à la maison. Mais ça va, ne t’inquiète pas. Plutôt que si j’m’inquiète ! et que fais tu avec cette bouteille à la main ? Je la bois. Enfin, je crois. Laisse moi regarder veux-tu ? Mais pourquoi veux-tu prendre ma bouteille, occupe toi de la tienne ! Tiens, au lieu de m’emmerder, tu ferais mieux d’en prendre une dans la glacière. Le frigo marche plus. Tu sais que je ne suis pas bricoleur, alors j’ai plongé les bouteilles de bière dans la glacière. Mais tu sais qu’il faut y mettre de la glace, dans la glacière. Sinon ça ne sert à rien. Bah tu vois, j’t’ai pas menti. Je ne suis vraiment pas bricoleur. Je ne suis pas grand chose finalement. Je n’ai pas fini la fac. Je n’ai pas de boulot depuis… depuis… bah depuis toujours. Merci Papa. Merci Maman. L’autre pouffe est partie avec l’autre con. Mon proprio me harcèle pour ses loyers ! Mais regarde dans quel état est cet appartement ! Je ne vais tout de même pas lui filer un rond ! Mais je ne comprends toujours pas pourquoi tu es là. Bah si. Bah non. Bah si en fait. Quand tout va mal, tu commences par te dire que ce n’est pas grave. Tu sais que plein de gens sont encore pire que toi. Quand tout empire, tu sais que là, ça va vraiment mal, mais tu ne désespères pas. Mais quand t’arrives à désespérer, c’est vraiment que tout fout l’camp. Et là, tout fout l’camp ! C’est pas une raison. Si si mon grand. C’est une raison ! et une bonne. C’est pas facile tu sais. Faut être un peu croyant dans l’histoire. Mais là encore t’es dans d’beaux draps ! Parce que si t’es pas croyant ! tu flippes de ce qu’il y a après ! Mais si tu es croyant, t’as plutôt intérêt à mériter ton bout d’paradis. Tu risques pas de l’avoir comme ça ! C’est bien ça l’problème mon grand. Mais au moins, à Dieu, j’ai pas de dettes. Juste une ou deux bricoles du temps où je chipais dix balles à ma mère. Ne dis plus de conneries et rentre maintenant. C’est haut. Tu risques de tomber maintenant. Et si je sautais ? File moi ta bouteille d’abord, rentre et après tu pourras essayer de sauter du haut de ton lit ! mais là, t’as au moins 30 mètres sous tes pieds. fais pas le con et rentre maintenant ! Ce que j’aime bien avec le vide, c’est que personne peut l’emmerder. T’as beau frapper, tu lui feras jamais mal au vide. À la limite quelques poussées d’air, mais rien de bien méchant. Donc au moins, pour mourir, je sais que je n’emmerderai pas le vide. Le vent me fouettera juste un peu le visage. Légèrement. Rapidement. Bon, déconne pas. Rentre et on discutera de tes problèmes. En plus j’en une bonne à t’raconter ! Elise ! Tu t’rappelles d’Élise ? Bon, rentre maintenant. Je crois que j’ai été trop longtemps seul.

non non non non !

Et il chuta d’un étage trop haut pour rendre sa chute sans douleurs. Sous les yeux de son ami, il ne se retint pas à la vie car lui même savait qu’elle ne tenait à rien.

Je reviendrai

Posted in Uncategorized by frichtre on 22 octobre 2009

Chloé

Posted in Uncategorized by frichtre on 22 septembre 2009

Et si une idylle devait mal se finir ?

Chloé est dans son salon. Elle est découverte, en lingerie. Trois bougies sont allumées. Une seringue est sur la table basse.

Derrière les bougies, des médicaments, des pilules, ces pilules sont de toutes les couleurs. Elle est affalée sur son canapé. Elle pleure. Ses sanglots ne s’arrêtent pas. Elle nous donne l’impression de suer mais ce sont des larmes qui recouvrent son beau visage. Elle avait tué aussi bien son enfant que l’amour de Colin. Elle avait fait les deux en même temps, mais elle pensait pouvoir faire renaître au moins l’un des deux. Le dernier : la passion qui unissait ces deux êtres. Colin quant à lui, n’était pas prêt à lui confier une autre chance et préférait consacrer son temps à Laura.
Alors sur son canapé, elle ferme ses yeux. Sur son canapé, gris, les jambes écartées, elle se caresse tendrement. Sur son canapé, elle a l’autre main sur son ventre. Elle crie comme si la douleur de son avortement était rétroactive. Aujourd’hui elle a mal et ce n’est pas que pour elle qu’elle souffre. C’est pour son enfant, mort, pour son avenir proie à la destruction sans Colin.
Elle est toujours sur son canapé, seules les trois bougies éclaircissent la pièce, les volets sont fermés, et si Chloé ne gémissait pas autant, le silence régnerait en maître.
La cire des bougies se dépose lentement sur la table basse en verre.

À côté de Chloé, sous les coussins, des correspondances, des photos, de multiples objets appartenant à leur couple. Les enveloppes ne contenaient plus leur lettre, et celles-ci sont éparpillées sur le sol. Certaines lettres sont déchirées, d’autres froissées et enfin quelques-unes s’étalent sans l’ombre d’une pliure. Les photographies sont parfaitement intactes. Mais sur le canapé, elles font soit face au canapé, soit face au plafond. On remarque alors que sur chacune de celles dont on peut apercevoir l’image, elles représentent Chloé et Colin. Sur les autres, au dos blanc, on imagine qu’il s’agit d’eux aussi. Des inscriptions y sont portées. Elles sont numérotées. Il s’agit d’une lettre.

Elle regroupe les photographies. Elle commence par prendre difficilement celles qui exposent leur histoire. Chloé ne cesse pas de pleurer, malheureusement, ses larmes se versent sur certaines inscriptions s’estompant, se diluant subtilement, mais pas totalement.
Chloé les classe selon la numérotation établie. Banalement, elle suit la chronologie de leur vie de couple. Une fois toutes les photos regroupées, elle les pose sur sa table basse, près de la seringue. Elle attrape d’ailleurs cette dernière, s’enfonce dans son canapé, admire cet outil médical, la prend à deux mains, pose l’aiguille sur son ventre. Elle lui file un parcours mimant la découpe de son ventre, comme si une seconde fois, d’un barbarisme, on lui retirait ses organes, son cœur aussi est absent depuis qu’elle a perdu son bébé. Son enfant n’est plus là, alors on ne peut que voler ce qui n’a plus d’importance pour elle.

Elle appuie suffisamment la pointe de l’aiguille pour saigner. Une fois le tour de son ventre accomplit, elle la jette furieusement au fond de la pièce. La seringue se brise sur le mur et tombe sur le parquet du séjour.

Les mains sur son visage, Chloé n’a pas fini de pleurer, elle en est peut-être qu’au début. C’est au tour des autres photographies d’être révélées. Il y en a moins, beaucoup moins, une dizaine. Mais elle n’a malheureusement pas eu assez de place pour écrire tout ce qu’elle souhaitait.
Alors la main tremblotante, hésitante, elle s’empare de ces photographies. Elle les regarde une dernière fois, chose qu’elle n’a pas faite avec la première série. Elle continue de les regarder et pleure de plus belle.
Elle voudrait crier. Elle reprend sa respiration, pose sa main contre son ventre, étale son sang et tente de pousser un ultime hurlement. Mais elle n’y arrive plus.
Alors elle fait face aux illustrations.

Chloé s’effondre. Elle peine à respirer, elle peine à reprendre vie.  Ses délires la perdent.
–    Tu m’as volé à lui, et aujourd’hui tu me l’as volé.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Si tu savais à quel point je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je te hais.
Je…
Je…
Je te… hais.

Chloé ne récupère pas son souffle. Elle a mal au cœur, et cette fois c’est physique. Son cœur le relance, mais il est absent. Alors ça lui fait encore plus mal. Sa main remonte de son ventre à sa poitrine qu’elle presse violement traçant une ligne rouge, une ligne de sang, jusqu’à l’emplacement de ses absences. Elle se met encore plus à larmoyer. Ses lèvres tremblent, son corps tremble, ses jambes s’agitent sans pourvoir les retenir.
Elle pose alors ses photos, ses photos qui la tuent. On peut alors s’étonner d’avoir l’aperçu des images, qu’elle peine à faire face et qu’elle avait retourné sur le canapé pour ne pas avoir à souffrir davantage.

Sur ces clichés, Chloé est présente. Souriante, mais le regard ailleurs. Elle ne regarde jamais l’objectif d’un appareil. À côté d’elle, une femme. À côté d’elle, son ex. Celle avec laquelle elle souhaitait mettre un terme à ses interrogations. Elle a réussi à le faire. Mais si elle est restée autant de temps avec elle, c’est parce qu’elle se sentait bien. Elle était intelligente, douce, à son écoute, et que si ce n’était pas déplaisant de coucher avec une femme, il n’en restait pas moins que cela n’égalerait jamais ses instants partagés avec Colin.
Cette femme, Colin la connaît. Cette femme, c’est Laura et on la découvre sur ces photos, qui a notre tour, nous prennent au cœur. Notre respiration s’affole, et suit le rythme de Chloé. Un tourbillon, ce tourbillon amoureux dont Colin parlait dans son cahier rouge. L’image tourne et enivre les personnes de ces photographies qui par procuration s’aiment et maintenant se détestent. En tout cas, Chloé ne supporte plus cette vie. Celle de voir Laura près de Colin. Elle ne supporte pas de voir Colin innocent. Il refuse toute discussion. Il ne sait pas qui est Laura, lui qui déteste, voire hait, tant cette femme qu’il aime par dessus tout.

Les photographies, évidemment séparées en deux catégories, mais à destination de la même personne, Colin, sont posées sur la table basse. D’ailleurs, avare de mouvements, Chloé attrape en même temps les pilules qu’elle s’est destinée cette nuit. 4 flacons. Chacun de ces flacons contient des pilules avec une couleur propre. Alors, presque à l’image d’une hystérie, mais le stress commandant plus le comportement de Chloé, elle verse le contenu de ses flacons sur le canapé, mélangeant les pilules. Elle trouve que ça fait joli. Elle bascule finement la tête sur le côté, en direction de la table basse, et sourit. Elle passe le bout de ses doigts parmi ces petits éléments ayant l’air absolument inoffensifs. Elle les rassemble ensuite pour faire un tas. Elle s’amuse, hoche la tête rapidement avec une amplitude limitée. Elle aplanit la surface car la formation d’une pyramide de pilules la gêne.

Inexorablement, elle finit par faire de petits tas. 4 petits tas. Autant de flacons. Autant de couleurs.

Elle prend le premier tas dans sa main. Ouvre sa paume et se la présente. Les pilules à l’intérieure de celle-ci, elle récolte pilule par pilule grâce à son autre main, libre, et les jette. Elle balance ses pilules derrière elle, à ses pieds, au fond de la pièce, dans la cheminée, dans le couloir, encore une fois derrière elle. Elle les balance jusqu’à ne plus en avoir.
Chloé reste immobile. Elle observe le reste des pilules et s’interroge. Elle se lève, part dans la cuisine et se sert un verre d’eau qu’elle ramène avec elle sans s’en abreuvoir. Elle s’affale sur le canapé et détruit ses tas qu’elle recompose immédiatement.

Chloé ne pleure plus. Elle tremble.
Elle pose son verre sur la table basse. Elle se lève de nouveau, se rend dans sa chambre et prend son téléphone.
Elle regagne son canapé. Elle numérote le 123. Tombe sur son répondeur.

« Vous n’avez pas de nouveau message
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Pour écouter vos messages archivés : tapez 1.
Pour modifier votre message d’accueil. Tapez 2.
»

Chloé tape 2 et modifie son message d’accueil.
« Au revoir. Nous ne nous reverrons plus. Je vous aime. Je t’aime. »

Une fois son message changé, elle écrit un sms qu’elle envoie à Agathe.

«Passe à l’appart. C’est urgent. Mais n’oublie jamais que je t’aime. Chloé. Milliard de baisers. »

Elle éteint son portable, et comme les premières pilules, le jette derrière elle. Elle se penche pour empoigner son verre d’eau. Elle prend une première poignée de pilules et se motive de s’y prendre rapidement.
Elle l’avale. Quelques gorgées d’eau plus tard, une seconde poignée, puis une troisième, ensuite un peu d’eau pour ne pas avoir à recracher ce qui doit la tuer.

Chloé jette son verre sur son mur.

Il se brise.

Elle est brisée.

Elle est morte.

Son enfant, son compagnon, sa maîtresse, Agathe, ses relations aussi…

Mais en tout honnêteté, c’est partie qu’elle se protège le mieux.