Garçon, de quoi écrire

Les heureux délabrements (extrait)

Posted in Uncategorized by frichtre on 17 mars 2012

Trente quatre ans plus tard, en 1991, alors que le monde changeait, que les pays s’étaient mués, que les souvenirs vieillissaient sans jamais complètement s’effacer, une première page se tourna. C’était l’année du premier sommet de l’après Guerre froide, la reconnaissance des deux Corées, l’abolition définitive de l’Apartheid, la première guerre du Golf, la fin de l’URSS,  ou encore la naissance du Traité de Maastricht. Le monde s’ouvrait, le communisme battait en retraite. Henri décida, la face contre le sol, à son tour, sans vraiment faire attention à l’heure de la journée, peut-être était-ce la nuit, de se retirer. Il n’avait pas le choix. Pris par surprise par la mort, fauché avec la complicité de ceux que l’on ne verrait jamais, il partit les pieds devant. Il sortit du jeu et abandonna sa famille. Quand on était croyant, on ne jugeait pas. Quand on ne l’était pas, on ne jugeait pas. Personne ne savait où Henri se présenterait pour rendre les armes ; tout le monde s’attendait à ce qu’Élisa se hissât, un jour, peut-être très tôt si elle les aimait, aux côtés de ses deux maris. Elle hésiterait sûrement à les présenter. Franz lui aurait peut-être fait la leçon, mais sans la gronder, heureux de profiter de l’éternité qui leur restait.

 

Deux ans plus tard, en 1993, alors que le monde restait figé, que les peuples se protégeaient, que les prophéties s’accomplissaient sous la griffe des apprentis sorciers, une existence s’acheva. C’était l’année où les Américains installèrent un président démocrate, les Khmers retrouvèrent leur roi, des dictateurs étaient élus confortablement, les Israéliens et les Palestiniens firent un pas vers la paix, et les Français choisirent massivement la cohabitation. Les Hommes se défiaient ; la démocratie connaissait une existence inégale. Élisa décida, lovée de sa couette, le corps réchauffé, les yeux rivés vers l’horloge, de laisser son cœur ralentir. Durant toute une vie, il avait fonctionné, il avait pompé son flux organique sans ciller, sans dissimuler de marques de faiblesse. Il ralentissait parfois, il accélérait souvent, mais jamais il ne s’arrêtait, bien trop fier d’être un cœur solide. Tout au long de sa carrière, il aida Élisa à supporter les épreuves de la vie. Elle aimait tout ce qui tombait rond, sans unité superficielle compliquant les calculs. Silencieusement, dans sa tête, les lèvres remuant, les paumes des mains contre son cœur, la peau sensible pour ne louper aucun battement, elle compta. Puis elle lâcha prise, succombant au trois milliards six cent quatre vingt dix millions quatre vingt six mille quatre centième pulsations. Elle aimait les chiffres ronds.

Correspondance

Posted in Uncategorized by frichtre on 19 octobre 2011

Lors d’une fête sympathique, discutant avec deux jeunes filles sympathiques, nous en sommes arrivés à la sympathique conclusion qu’il était si triste de ne plus recevoir de lettres ! Mais de vraies lettres, une belle lettre digne de ce nom. Même les factures, dorénavant, nous les recevons par courrier électronique. Alors comme j’organise à mon tour une petite fête ce week-end, sans qu’elles sachent que j’aime écrire, elles m’ont demandé de leur adresser une invitation « à l’ancienne ». L’idée n’était pas d’envoyer un carton d’invitation mais de poster un petit billet. Je les soumets à ce blog car je les avais initialement rédigées sous le beau soleil de dimanche, depuis mon blackberry, à la terrasse de Ma Palette habituelle.

Lettre #1

De : Frichtre

Date : 16 octobre 2011 11:58:19 HAEC

À : L’une des deux filles, peut-être la première

Objet : (il n’y en a pas)


Chère Simone,

Si je vous écris cette lettre, c’est pour mieux vous lire à l’avenir. Mais l’occasion de cette missive m’est tout a fait utile. A quoi me demanderez-vous ? Et bien, à vous inviter ! J’aurais bien aimé une promenade au Jardin des Tuileries à vos cotés, mais le terrain est beaucoup trop poussiéreux. J’aurais bien aimé vous proposer d’aller visiter un musée, mais cela nous empêcherait de parler d’autres choses que d’art et de culture. J’ai également songé à des vacances dans l’hémisphère sud, mais nous nous connaissons si peu, cela aurait été un peu exagéré. Le romantisme a ses limites.

Il ne me restait que deux choix, deux possibilités, peut-être davantage mais je ne suis pas aussi cavalier qu’il n’y paraît. Le premier de ces deux choix, donc l’avant dernier de toutes mes possibilités, était un dîner. Néanmoins, je vous rappelle que je ne suis pas kamikaze, évitant les probables refus meurtriers d’une femme séduisante quand il s’agit de la convier pour mieux la connaître. J’ai tranché (car il faut savoir être volontaire). Mon invitation, si vous l’acceptez, se fera dans la foule, on y discutera de tous les sujets légers que vous voudrez et on y dansera également. On ne ménagera pas nos envies de boissons et de mets, sans avoir l’obligation d’un face à face qui, croyez moi, m’aurait tout autant plu.

Ainsi, j’ai le plaisir de vous convier à une petite surprise-partie, chez moi, au 1 place WordPress. Finalement, vous ayant avertie de cette fête, vous me direz qu’il n’y a plus de surprise. Mais celle-ci réside dans la joie de vous compter parmi mes invités et moi, le samedi 22 octobre à partir de 20h30.

Je vous abandonne maintenant pour poursuivre mes occupations quotidiennes, sous le soleil d’un automne qui n’est certainement pas de saison. Si le temps nous trompe, soyez certaine de passer une bonne soirée samedi prochain.

Je vous embrasse, respectueusement.

Frichtre

Lettre #2

De : Frichtre

Date : 16 octobre 2011 12:13:20 HAEC

À : L’une des deux filles, peut-être la seconde

Objet : (il n’y en a pas)

Violette, Violette,Violette,

Oui, je t’apostrophe trois fois ! Peut-etre dans l’idée de te voir apparaître devant moi à l’écriture de cette lettre. Néanmoins, je peux t’assurer que cela n’a pas fonctionné. Je me suis pourtant assuré que la magie opère mais pas de Violette à l’horizon, ni de près, ni de loin, tu restes trop éloignée de moi pour que ce tour de passe-passe ait une quelconque utilité. C’est pourtant un mage très puissant qui m’a confié son secret. Je crois qu’il s’est un peu moqué de moi. J’y mets pourtant beaucoup de convictions quand je prononce, en même temps que je l’écris à la plume de bic,  » Violette, Violette, Violette » (toujours pas de Violette).

Je prends alors le temps de réfléchir à un moyen plus efficace. De plus, l’adage populaire rappelle bien que « tout vient à point à qui sait attendre » et qu’en particulier, ce sont les bonnes choses qui se font désirer.

J’emploie donc une nouvelle stratégie pour avoir le plaisir de te revoir. D’autant que cela serait une troisième fois, et que selon un second adage populaire, rien ne s’y oppose (« jamais deux sans trois »).

Ainsi, permets moi de t’inviter amicalement à une petite fête, en l’honneur de rien, si ce n’est de mon anniversaire non célébré cet été, chez moi. Je vis un petit appartement dans une petite bâtisse, dans une petite rue, d’une petite ville : 1 place WordPress.

Je t’y attends le 22 octobre, à partir de 20h30, belle comme toujours, drôle comme tu dois en avoir la réputation  et enthousiaste comme je t’imagine.

Je t’embrasse.

Bien amicalement vôtre.

Frichtre

ps : bien évidemment, les prénoms ont été changés suite à la non demande des intéressées.

Champs de mars

Posted in Inutile by frichtre on 18 octobre 2011

De : frichtre@wordpress.com

Date : 26 septembre 2011 22:57:12 HAEC

À : Partenaire de squash

Objet : Le sort s’acharne sur moi !

Hey !

Je rejoins hier une amie rue clerc pour un verre (je n’avais pas encore dormi !). On décide d’aller se poser sur le Champs de mars et là, juste devant moi, une fille comme je les aime. S’il fallait décrire un idéal, ce serait elle. Bref, superbe ! Des fesses à tomber, une cambrure folle, une petite poitrine hors compétition !

Elle était avec une copine assez quelconque.

Mon amie, Hélène, la remarque également. On en parle et essayons de trouver un moyen de l’aborder. Je te passe les détails, mais je lui adresse la parole avec un « qui est l’acteur principal de Truman Capote ? ». C’est honteux, n’est-ce pas ? Sa copine quelconque sort son iphone et me renseigne. Fin de la première partie.

Seconde partie, je la veux plus que tout. Elle se lève. Les deux filles se préparent à partir et courageux comme je suis, je reste sur mes fesses à la regarder, Persol sur le nez. D’un air détaché, je demande à son amie un stylo. Elle me le donne. Je reste assi et je note mon numéro sur la serviette blanche du café (je ne sais pas pourquoi j’avais ça avec moi, mais tant mieux).

Je lève la tête, je regarde cette gravure de mode face à moi et je lui demande son prénom. Un peu étonnée, elle est un peu gênée aussi : « Clémence » dit elle en rigolant.

Alors, je lui glisse : « Cela fait 36h que je n’ai pas dormi. J’ai fait la fête tout le week-end et je ne me suis pas encore pris de râteau. Alors au lieu de demander ton numéro, je te donne le mien ».

Elle me regarde, rigole, sort un « c’est une blague! », prend ma serviette blanche, se retourne et part.

5 secondes après je comprends que j’ai été un gros connard. En effet, j’ai réalisé que si je voulais dire : « Je suis fatigué après une nuit blanche, je ne me suis pas pris de râteaux car aucune fille ne m’intéressait. Mais maintenant que je te vois, je veux tout de même bien finir mon dimanche. Alors, au lieu de m’attendre à une fin de non recevoir, je préfère te donner mon numéro. Tu pourras en disposer comme bon te semble. »

Cependant, elle a du comprendre « J’ai baisé tout le week-end, je veux finir comme j’ai commencé alors prends mon numéro de toute façon tu ne pourras que m’appeler ».

On devrait TOUJOURS dire ce que l’on pense AU PREMIER DEGRÉ.

Frichtre

Faveur amicale entre adultes

Posted in Uncategorized by frichtre on 7 octobre 2011

Je suis journaliste, écrivain et critique littéraire. Je cumule les mandats.

Je ne saurais même pas définir mon travail. Je rencontre des auteurs. On discute de leurs écrits, de leurs pensées. Je les lis aussi parfois, jamais entièrement. En tout cas, je sais ce qu’ils rapportent. Quand je dois en interviewer un, c’est la panique. Pas quand c’est une femme. Si c’est un jeune romancier, il n’y a pas long à découvrir. Dans le cas contraire, mes nuits passent à la trappe. J’enfile des pages et des pages, des mots et des mots, je les lis sans vraiment les comprendre. Je corne les feuilles pour feinter ma lecture, mais après vérification, je me rends compte qu’il vaudrait mieux renoncer à l’entrevue.

Mais le naturel revenant au galop, mon rendez-vous s’annule de son propre fait. En quatre ans de critique, je n’ai eu l’occasion de partager les envies que d’une seule romancière. En quatre de critique, je n’ai jamais pensé un seul instant qu’elles pouvaient être positives.  Quand on ne sait pas, on imagine. Il y a de très fortes chances que les coïncidences frôlent l’insolence, c’est d’ailleurs le cas. Mais il est en fait plus simple de maltraiter une nouvelle parution, que de la féliciter. Ensuite, on se souviendra plus spontanément du critique nous ayant descendu, que du gentillet naïf trop complaisant. Tout cela reste très égoïste encore une fois. Mais à chaque défaut est lié inexorablement un souvenir le justifiant. Consciemment ou inconsciemment.

Un défaut paraît à chaque instant comme la résultante d’une frustration. L’éducation ne changera absolument rien à ces états, voire au contraire, dans certains cas, amplifiera les imperfections. Il y a des défauts où l’on s’accorde à dire qu’ils sont à bannir, car bien trop peinant pour l’entourage, pour soi-même aussi. D’autres, selon notre moral, se classeront indifféremment comme bons ou mauvais. La gentillesse peut être une infortune pour une personne trop ouverte ou trop confiante. A en distribuer sans quotas, elle se retrouverait dans l’embarras. L’honnêteté est à inclure dans cette catégorie de qualificatifs dont les excès nous perdent. On a souvent défini mes articles comme, je cite : « Vides, sans intérêt, idiots, sirupeux, mensongers » je m’arrête là pour ne pas être à mon tour vulgaire.

Voilà ce que je me reproche : être trop gentil et trop honnête.

D’ailleurs,  lors d’une soirée au détour d’un table où les bouteilles d’alcool se vidaient aussi vite que ma vessie, une très jolie femme m’a soufflé un compliment en teinte de demi reproche : « vous êtes trop beau pour être honnête ». Je n’ai pas eu assez de temps pour lui prouver ma gentillesse, mais je reste persuadé qu’elle avait raison. Ne devait-elle pas me connaître. Alors quelques minutes plus tard, je lui laissais l’occasion après ces flatteries de s’en rendre compte par elle-même. Un manège a été orchestré pour se retrouver dans l’espace de charmant cabinet. Une fois prêt à recevoir d’autres compliments, elle ne perdit pas de temps à défaire ma ceinture. Ses lèvres actives sur les miennes paralysées, elle força l’entrée de ma bouche pour nouer nos langues au goût de vodka pur. Mes mains se perdaient sans romantisme sur ses petits seins refaits (je l’apprenais sur le moment) avec pour étape de passer violemment sous sa jupe. Je la plaquais sauvagement contre la porte. D’un regard satisfait, comme si nous avions déjà terminé, elle s’éloigna de moi pour avoir suffisamment d’espace afin de se rendre à mon endroit le plus intime. J’hésitais à m’asseoir, pensant lui faciliter le plaisir. L’était-ce vraiment pour elle ? Je m’en souciais guère. Je décidais donc de rester débout, mon pantalon sur les chevilles. Elle me crucifiait. Ma position l’avouait.

C’est qu’elle savait s’y prendre la bougresse.

Une fois sa besogne accomplie, elle se leva pour m’embrasser comme si l’on était amoureux. Cependant, rien n’est totalement gratuit, et surtout pas une fellation. Alors cette jeune fille m’invita à m’asseoir afin de se prêter à de pénétrantes preuves d’affections. Je la bougeais lui réclamant un endroit plus confortable. Elle prit alors position, les mains plaquées contre le mur, ses fesses me réclamant une attention particulière, le visage tourné vers moi, les yeux fermés.

Je sortis.

Arrivé à ma table, une coupe à la main pour me soulager, je la vis surgir. Elle semblait en colère. Elle me gifla, ce qui attestait ma perspicacité. Une flopée d’insultes me submergea. C’était à peu près ce que l’on pensait de moi, les « salaud » en moins.

Cher petit journal intime

Posted in Le monde est plat by frichtre on 6 octobre 2011

Titre d'un ouvrage parfait pour commenter la situation

Je fais un peu suite au précédent billet mais pour ne parler que littérature. Et encore… de petite littérature, en opposition à la grande. La grande est celle qui trône sur notre radiateur de chevet, prête à tout pour nous assommer, on la conserve soigneusement dans notre bibliothèque car, un jour peut-être, nous la lirons… que dis-je… nous la feuilletterons. La petite est celle qui aurait pu ne pas naître.

Sur ce blog, il n’y a pas de littérature car il n’y a pas de projets, ni au singulier ni au pluriel. Seulement quelques textes motivées par une idée, une envie, un état d’esprit, une lecture ou un jeu. Qu’importe. Il n’y a pas non plus de littérature car les textes naissent seulement d’une plume spontanée, sans corrections… peut-être un peu pour traquer des s qui manquent ou des fautes de frappe.

Cela faisait un an qu’une idée de roman me trottait dans la tête. Depuis l’été 2010, peut-être même un peu avant, je prenais des notes. Beaucoup de notes dans plusieurs petits cahiers noirs ou rouges, parfois au crayon de papier, parfois au bic. Je suis très organisé dans mon inorganisation, mais j’ai tout de même réussi à perdre des fiches. À cette époque, je travaillais beaucoup sur un projet personnel alors je ne me suis pas investi dans un quelconque travail d’écriture. Je ne faisais qu’y penser… histoire d’avoir une histoire. Une vraie, une qui tiendrait la route au fil des pages. Malheureusement, le projet a périclité, et heureusement, la mélancolie alimente chez moi souvent l’imagination.

Entre temps, j’ai adressé un synopsis à une connaissance, une ancienne éditrice confirmée made-in-flammarion, pour m’assurer que je partais bien dans la bonne direction. Il est toujours compliqué de s’engager dans l’écriture d’un roman si l’intérêt même de son histoire n’est pas valable. Nous pourrions avoir une discussion intéressante sur ce point là, en particulier au regard du Nouveau Roman, néanmoins je cherchais avant toute chose à RACONTER une histoire. Ainsi, cette quadra en forme m’a apporté de précieux conseils, sur le choix narratif, sur les principales motivations de lecture mais également sur les ressorts existentiels des principaux personnages. Mais nous avons convenu qu’il fallait passer à l’étape de l’écriture.

En prenant en compte ses commentaires, je devais encore travailler sur la construction même de la narration, de l’histoire. Faire des choix importants sur la vie des personnages et les décisions qu’ils prendraient. Mes premiers travaux s’agrémentaient encore de notes. Je changeais radicalement la structure de ce qui n’était encore rien. Ce rien, au bout du compte, il me plaisait. Cela fait longtemps que je n’avais pas écrit. Lorsque j’étais à l’université, j’avais pondu un manuscrit que le directeur littéraire de Grasset, dans une gentille note personnelle, avait qualifié « d’exercice de style ». Il lui paraissait ne pas exister alors d’intrigue ou d’un fil narratif solide. Il semblait se perdre un peu. Est-ce d’ailleurs pour cela que je tiens tant à ce que ce roman base son existence sur une véritable histoire ? En tout cas, depuis, hormis les petits textes de ce blog, je n’ai rien écrit. Je peaufinais donc mes notes essayant de reculer l’échéance, le moment fatidique pendant lequel je devrais bien m’asseoir et taper sur les touches grasses de mon clavier. Je prenais également la décision, une non-décision d’ailleurs car cela s’imposait naturellement, de changer de style. Un jour, quand j’aurais publié 50 romans à succès, on pourra peut-être dire que ce monsieur a un style, mais pour le moment non. Disons qu’il y a plutôt une tendance, et que cette tendance ne serait pas celle du roman.

Donc, un an après les premiers gribouillages, après les dernières corrections, j’ai préparé le terrain.

Ce projet ‘littéraire’ n’avait pas vocation à devenir un pavé. Cela ne se justifiait pas. Par contre, je souhaitais tout écrire en un mois, c’est-à-dire en juillet dernier. Je débuterais le premier lundi du mois et je terminerais le dernier vendredi. Objectif : un chapitre par jour quand il s’agissait de petits chapitres, pour les plus gros je pouvais me permettre d’étaler cela sur deux jours. Et bien, il n’en reste pas moins, qu’au bout du compte, cela ne fait pas moins de 8 heures d’écriture par jour ! Parfois plus quand on sent que les idées pleuvent depuis les pores de ses doigts sur les touches de l’ordinateur. C’est suant, c’est difficile, moralement, physiquement aussi. Je le disais à une amie ce midi : j’étais plus satisfait  du manuscrit avant qu’il n’existât que lorsque j’ai écrit ses derniers mots. Résultat : un énorme lumbago en août, me clouant au lit deux semaines (en fait deux fois une semaine), à cause d’une chaise de travail absolument pas faite pour ça.

Puis, relecture, corrections, relecture, corrections, relecture, corrections, etc. On ne lève pas le nez de son travail, on ne voit pas les fautes, on ne voit pas que cette phrase ne sonne pas juste, et puis ensuite on ne voit que cela. On ne voit plus que les fautes, que les contre-sens, que le manque de fluidité d’un paragraphe, voire d’un chapitre, que le mauvais choix d’un terme… Devant son travail, on est seul… on veut bien avoir des avis mais s’ils sont bons, c’est de l’amitié ; s’ils sont mauvais, c’est qu’ils (les gentils lecteurs ‘amis’) n’ont rien compris.

J’ai beaucoup lu aussi. Mais c’est pareil, on se compare puis on plonge dans un état peu recommendable car si le livre est une perfection, on se dit « à quoi bon, le mien est une grosse merde », et s’il nous parait mauvais, on déprime de savoir que le notre pourrait être encore moins bon (non, c’est pas vrai, c’est démago… on se dit surtout « pourquoi lui et pas moi ?!).

Une amie m’a aidé à dégrossir la bête de ses principales tares de français grâce à des mentions très professorales dans le genre « même mes élèves de troisième savent mieux écrire que toi ». La connaissance dont je parlais plus haut – Miss Flammarion -, elle, m’a envoyé boulé. Après m’avoir idéalement guidé dans la construction du roman en décembre dernier, six mois plus tard elle a refusé de lire le manuscrit. Peu importe, je ne lui en veux pas. Je ne suis pas d’humeur rancunière. Mais quand on se retrouve seul face à un texte, il ne nous reste qu’une seule envie : tout effacer et tout recommencer.

Maintenant, ce manuscrit de quelques 110 pages a été adressé à quelques éditeurs. Il y a deux ou trois maisons qui me plaisent vraiment, non pour leur nom mais davantage pour la personnalité de leur patron-dénicheur.

La publication n’est pas une fin en soi, au contraire, c’est un commencement.

Aldo-lescence

Posted in Le monde est plat by frichtre on 3 octobre 2011

Si j’aime la littérature, c’est d’abord parce que j’aime les femmes.

Alors que je n’étais qu’au collège, privé, catholique, où les jeunes garçons jouaient aux gros durs et les jeunes filles aux amoureuses, c’est dans la bibliothèque que je trouvais mon intérêt. Posé aux pieds de linéaires organisés, je songeais à la manière la plus délicate de séduire Fanny. J’étais en 6ème, peut-être en 5ème. Elle était dans le public mais nous jouions au basket-ball ensemble. C’est grâce à elle que j’ai fait connaissance avec Charles (Péguy), Paul (Valéry), André (Breton) et Louis (Aragon).

Je me demandais comment lui déclarer ma flamme, lui dire que je l’aimais ou, plus exactement, éteindre la trouille monstre qu’elle me provoquait quand je la voyais. En y réfléchissant bien, et en conservant mon caractère un peu solitaire, je me suis décidé à trouver les plus beaux poèmes des auteurs – devrais-je dire des amis – cités plus haut. Avec plaisir, méthodiquement, je les ai lus. J’ai appris à les connaître, à les reconnaître, à me familiariser avec leurs vers, parfois leurs proses, leur catholicisme aussi et je ne comprenais guère encore leurs références. Alors, du haut de mes douze ans, je réécrivais LEUR histoire. Néanmoins, j’avais l’impression que certains mots ne traduisaient pas avec fidélité mes sentiments sur le papier. Je ne comprenais pas encore leurs sens alors, je m’accordais des libertés mineures avec les textes.

Je possède encore ces ouvrages emplis de souvenirs.

« Une bonne fois éprouver comme à la nage sa folie

Aller jusqu’au bout de sa force aussi loin qu’on peut dans la mer

Comme on découvre le plaisir comme on s’y plonge et s’y oublie

Faire encore une fois l’amour quitte à mourir de le refaire 

Honte à qui trouve sa limite à qui sa limite suffit

Prudemment qui reprend sa mise et décline le défi 

Il y a pour vous jeunes gens toujours une guerre où partir »

Aragon, Les Poètes,  La nuit des jeunes gens.

Une dizaine de poèmes a été déposée dans la boîte aux lettres de ses parents, son prénom écrit lisiblement sur l’enveloppe avec une petite écriture de pré-adolescent. J’arpentais les rues de son quartier, rodais autour de sa maison pour déposer incognito, sans signature, ces énigmes littéraires. Au bout du compte, je me suis aperçu que Fanny n’était qu’une excuse pour lire, pour écrire également. Nombre de fois a-t-elle essayé de m’embrasser, au gymnase ou à la boom de Julien, cet ami que l’on avait en commun du sport. Elle s’approchait, je m’éloignais ; elle me voulait, je lui écrivais. Elle n’était qu’une excuse.

Aujourd’hui, je ne sais guère qui, de la littérature ou des femmes, est une excuse. Et pour quel motif je recherche une excuse. Mais force est de constater que la première nous permet d’aimer plus surement la seconde… Certes avec procuration mais sans complication.

Japon : de l’art de la compassion

Posted in Uncategorized by frichtre on 17 mars 2011

Sur ce blog, j’emploie rarement le mot je et quand il est utilisé, il s’agit d’une fiction. Ce qui n’est pas de la fiction, c’est ce qui s’est passé au Japon, ce qui s’y passe et ce qui s’y passera dans le futur.

Après ces tragiques événements, je me suis surpris à avoir de la compassion, de la tristesse, jusqu’à même une effroyable peine. J’ai eu une envie irrépressible (je l’ai toujours) de me rendre au pays du Soleil levant afin d’apporter une aide, même infime soit-elle, les soutenir juste par ma présence à leur côté, anticiper les besoins matériels, humains et financiers dont ils ont immensément besoin.

Les attentats du 11 septembre : près de 3’000 morts.
Près de 14’000 enfants (par jour) meurent de malnutrition dans le monde.
Le séisme d’Haïti a provoqué la mort d’environ 225’000 personnes et d’un million de sans-abris.
8’000 morts par jour, c’est le nombre de décès à cause du Sida dans le monde.
Et les crises humanitaires d’hier ne s’éteignent pas, elles se poursuivent mais s’oublient… constamment chassées par de nouvelles.

La raison pour laquelle j’éprouve cette fois-ci de la compassion, contrairement à ce qui précède, est que 98% des conséquences des crises humanitaires dans le monde sont d’origine humaine. Nous sommes, avec le Japon, dans les 2% restant.

Les attentats du 11 septembre : le terrorisme.
La malnutrition dans le monde : la corruption et le refus des gouvernements de l’OCDE à apporter assistance aux populations vulnérables, et en particulier aux enfants. Sans compter la crise alimentaire de 2007/2008 motivée par la destruction des terres arables, les phénomènes climatiques, l’augmentation du prix du pétrole, la baisse des stocks, les agrocarburants ou encore, et bien évidemment, la crise économique et financière.
Le séisme d’Haïti. Même s’il est du en grande partie à une catastrophe naturelle, ce pays et ses alliés n’ont jamais su prendre la mesure de l’importance de son développement (comme pour la majeure partie des pays en transition). La France a siphonné les maigres ressources financières de ce pays, ce pays a connu des successions de coups d’État et la corruption y régnait en maître (80% de la population vie sous le seuil de pauvreté). Haïti a donc été totalement incapable d’y faire face et de diminuer les risques, et donc le bilan meurtrier, d’un tel tremblement de terre.
Le Sida devrait devenir une maladie qui ne fait plus peur, certes incurable, mais qui se soigne grâce à des traitements antirétroviraux efficaces. Là encore, l’absence de volonté politique, l’absence de politique de santé publique internationale à destination des populations les plus vulnérables renforce la culpabilité des Hommes, tant des gouvernants que des gouvernés, car ce sont bien ces derniers qui mettent en place les premiers.

Je ne peux guère aller plus loin dans mon raisonnement car je ne possède que les informations que les médias, et donc le(s) gouvernement(s), laissent filtrer. Ce qui semble faire l’unanimité est cette humilité, cette capacité à résister au stress, à faire face à la plus grande crise que le Japon n’ait jamais connu, qu’aucun pays n’ait connu. Il y a des hommes au front de la Centrale Fukushima, comme il y avait des hommes au front de la guerre. Un courage unique pour la défense d’une population toute entière… que dis-je ! Pour le monde tout entier. Ils y sont. Ils improvisent, non pas improviser comme un amateur le ferait mais improviser face à des événements d’une dimension tout à fait exceptionnelle.

Le Japon est dans une phase sombre de son histoire et agit comme nul autre pays ne l’aurait fait.

Vivre le Japon. Vive l’Empereur.

Le problème, c’est d’avoir le choix.

Posted in Uncategorized by frichtre on 4 mars 2011

Avoir l’embarras du choix est toujours un problème majeur.

Je me souviens quand j’étais petit, les décisions, ce sont mes parents qui les prenaient. Pour ma part, je me laissais embarquer et grognait quand ça ne me plaisait pas. Savoir ce que l’on ne veut pas est toujours plus simple que savoir ce que l’on veut. « Non, je ne veux pas porter cette salopette ridicule ». « Non je ne veux pas manger ce poisson dégueulasse ». « Non je ne veux pas ! » Par contre, il devient terriblement difficile de choisir entre ses 30 paires de chaussures, entre les 10 restaurants pour y inviter sa moitié ou entre tous les films du box office pour une soirée cinéma. Café ou chocolat ?

Le choix devient donc un problème alors qu’il devrait lever bien des barrières. Cela nous rend-t-il plus malheureux ? Malheureux, je ne sais pas. Frustré, presque. Indécis, certainement.

Toutes ces considérations possèdent des facteurs aggravants : la richesse, la beauté, l’imagination, l’intelligence et toute autre qualité renforçant notre capacité, non pas à faire des choix mais à établir des propositions.

Les destinations potentielles de voyages sont démultipliées, idem pour la dernière voiture de sport à acheter. Je n’en finirais pas de lister cet éventail de possibilités.

Force est de constater que deux choix s’offrent alors aux femmes et aux hommes.
Soit être complètement moche, simple et pauvre. On prend ce que l’on nous donne.
Soit être affreusement riche, beau et intelligent pour prendre tout ce que l’on veut sans autre considération que celle de l’envie.
Ce sont donc encore les classes moyennes qui s’en prennent pleine la gueule !

Mais, avons-nous véritablement le choix ?

Absence

Posted in Uncategorized by frichtre on 30 septembre 2010

Ils sont ensembles, mais pas vraiment. Ils se savent accompagner dans la vie par ce bout de cœur. Ils s’appellent. « comment vas tu ? » « je pense à toi.» « Moi aussi » « Je t’embrasse ». Ils commencent par se voir souvent. Ils se lancent dans une histoire fantastique. Ils se manquent mutuellement, surtout quand ils sont près l’un de l’autre. Les débuts sont toujours prometteurs. Au fur et à mesure que les caresses se font langoureuses, les bras s’allongent. Les yeux se ferment, ils n’ont pas besoin de les avoir béants pour aimer. Puis la vie, qui s’est faite oublier, réapparaît. La chance et ses composantes : son travail, sa famille, ses amis, sa solitude, ses soucis, encore son travail rien que le travail tout pour son travail.

Les lignes éditoriales de la revue « sentiments » proposent en sommaire « relaxation » et « communication ». C’est vrai, ils ne parlent pas assez. Cette double absence de corps et d’esprit. Ils peuvent être là physiquement, la tête ailleurs. Des pensées archivant l’image de leur moitié, loin de cette dernière. Mais sans pensées, ni regard, c’est primitif. L’évolution décadente  des sentiments rend amère l’histoire de leur couple. La progression délicate des émotions rend passionnante la tragédie de ces deux amants.

C’est le mot absence. Une expression parmi tant d’autre. Une arme poignardant Colin. Il a toujours voulu laisser Chloé s’approcher de lui. Il ne voulait pas la brusquer, pas la forcer à faire attention à lui. Pourtant, c’est bien elle qui l’a séduite aux origines de leurs mémoires. Les rôles se sont inversés bien que les sentiments étaient toujours présents. Leur histoire a duré quelques années. Il donne raison à son ami Beigbeder. Oui, c’est comme ça. Beigbeder. Il l’appelle par son nom. C’est moins intime, moins personnel. De toute façon, ils ne se connaissent pas. Un ami, c’est une personne qui nous est intime. Beigbeder n’est donc pas son ami. Alors, il peste contre lui et sa thèse, sa thèse et lui. L’amour semblerait durer trois ans. Ce chiffre, trois, meurtrier. Pourtant trois, c’est le Père, c’est le Fils, c’est le Saint Esprit. Ne sont-ils pas assez à trois pour faire en sorte que l’amour dure plus longtemps ? N’ont-ils aucun pouvoir ? Chacun d’entre eux s’occupent-ils alors d’une année ? Le Père se consacrant à créer cette amour la première, son Fils de le faire perdurer la seconde, et le Saint Esprit prétextant les raisons de sa déchéance durant la troisième ? justement parce que le Fils n’a pas fait son boulot. Celui d’offrir  assez de raison à Chloé et Colin de s’aimer sans raison. Ou est-ce qu’il y a une quatrième force dont Beigbeder ignore aussi l’existence ? Non, on en revient à ce chiffre. Trois. Trois, c’est toujours un de plus quand on vit en couple.

Pour la première fois, elle comprenait ses délires, étrangement pas ses envies. Chloé était habitée par une étrange sensation l’emportant vers une inexplicable cruauté romanesque. A composer, elle sentait une tristesse montée en elle. A croire en cette mélancolie, elle doutait davantage d’elle-même. Des frissons la cramponnaient et ne la lâchaient plus.  Il est difficile de partager un plat vide. Ainsi elle continue de se reclure chez elle.

Alors que Colin pensait toujours être avec elle, Chloé ne partageait plus rien, elle vivait cet égoïsme pathétique en pleurant une fois son amour dépecé.   Trois mois d’absence (on en revient toujours à ce chiffre, c’est inévitable) et un sms faisait vibrer le portable de Colin. Il était vingt-trois heure : « RDV à Notre Dame à Minuit. Chloé. » Colin en était satisfait, heureux. Il n’avait pas le choix, il voulait la revoir. Qu’aurait-il du faire ? Froncer les sourcils et ne pas se rendre coupable d’aimer cette femme qui le manipulait ? Non, il voulait la revoir et il s’en arrangeait. Colin proposait des rencontres, elle en disposait.

Le rythme n’était jamais le même. Il comptait parfois en jours, par en mois, souvent en semaines, rarement en heures. Colin attendait donc à chaque instant des nouvelles de Chloé.

Rien ne le retenait pourtant.

L’inconnue d’en face

Posted in Uncategorized by frichtre on 26 septembre 2010

Tu crois pas qu’on pourrait s’embrasser pour de bon ?

Pourquoi pas.

J’étais assis. Je patientais. J’ai l’habitude d’attendre. Et ce n’est pas une habitude qui me fâche. Je n’étais pas serein, encore moins calme, quelque chose me relançait. Mon corps se plaignait, gémit encore. Je me résous à penser que cela passera. Avec le temps, tout vient à se régler. Puis elle s’est posée. En face de moi, elle était de dos. Ne l’ai-je pas déjà vu ? Ne suis-je déjà pas tombé amoureux d’elle ? Rarement aussi splendide, son visage, ses yeux, son sourire, se dessine, pétillent, s’incruste en un souvenir, en une image inimitable. Elle est à la femme ce que la Campanella de Liszt est à la musique. Comparaison facile mais pas évidente tellement cette œuvre est parfaite, sophistiquée, somptueuse, délicate, vivante, passionnée, passionnante, survoltée, enjouée, majestueuse. Un phénomène ? Non. Une lointaine réalité. Un savant mélange de romantisme et d’air mélancolique. Elle inspire le romantisme. Elle nous confronte à une douleur mélancolique. On jouera notre histoire sur les premières notes.

Je m’affole.

J’en rigole. Pas vraiment.

Je suis seul. Heureusement. Si je ne l’étais pas, je ne pourrais savourer ce doux instant, cette femme, dont je vous avoue ne pas avoir la moindre idée de son prénom.